Lecture / Ecriture
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In memoriam de Linda Lê

Linda Lê
  In memoriam
  A l’enfant que je n’aurai pas
  Les évangiles du crime
  Lame de fond
  Œuvres vives
  Comment ça va la vie ?

Linda Lê est née en 1963 au Vietnam et fait ses études au Lycée français de Saïgon. Après la chute de cette ville, elle s’installe au Havre avec sa sœur et sa mère françaises puis suit les cours de Khâgne au Lycée Henri-IV. Elle commence à publier très jeune.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

In memoriam - Linda Lê

Plus pour le fond que pour la forme
Note :

   J’ai trouvé ici un roman tout porté par la violence des sentiments qu’il prête à tous ses personnages. La violence des émotions et l’instabilité des personnalités sont leurs marques et les clés de leurs actes. On se laisse captiver par ce flot tumultueux que pour ma part j’ai contemplé avec un certain recul, un peu comme l’observateur fasciné accoudé au quai d’une crue en furie.
   
   Le récit est fait par Thomas. Il vient de perdre la femme dont il était follement épris et qui s’est suicidée. Bien que «la perdre» ne soit pas exactement le terme qui convient car il suppose qu’elle avait été sienne auparavant, mais elle le fut si peu, jusqu’à la partager avec son frère…
   
   Je reprends. Le récit commence après le suicide de Sola. Thomas qui est écrivain, écrit sur son histoire avec Sola, écrivain également. Ce texte, il le détruira sitôt terminé et donc, celui que nous lisons… ?
   
   Thomas a été fasciné par Sola bien avant de la rencontrer. C’est en tant qu’écrivain et à la vue d’une photo qu’il est tombé amoureux d’elle. Il lui a écrit, elle n’a pas répondu mais le hasard les fait un jour se rencontrer.
   
   Sola, de personnalité sans doute déjà fragile, a toujours été séduite par des hommes qui la fragilisaient davantage encore (peut-être pour se venger de l’emprise qu’elle avait sur eux). De l’un d’eux, Thomas dit : “ Comme Sola commençait à connaître des troubles qui la perturbaient au point qu’elle ne sortait plus de chez elle, ces revirements et ces jérémiades aggravaient sa confusion. ” Or, il ne semble pas du tout se rendre compte que “revirements et jérémiades”, c’est exactement ce qu’il lui apporte lui aussi. Tout au long du récit, Thomas n’envisage qu’un point de vue : le sien. Heureusement, l’art de Linda Lê consiste à nous laisser en envisager d’autres. Nous n’avons pas à suivre Thomas dans tous ses jugements. Sans parler de la décision des deux frères de rejeter sans même l’examiner la possibilité de faire appel à la médecine pour aider Sola et, conséquemment, leur responsabilité dans le drame final.
   
   Parallèlement au récit de cet amour tragique, Thomas nous raconte sa non moins dramatique coexistence avec son frère, son ennemi intime de toujours, dont l’emprise a été telle sur sa vie qu’il s’est depuis son plus jeune âge surtout formé en contrepoint de ce frère ennemi, et que l’on peut parler de haine.
   
   Troisième liane de la tresse, Sola détenait le journal intime désespéré de son père qui est mort quand elle était enfant, dans des circonstances jamais clairement comprises. Thomas nous le donne à lire.
   
   Pour la puissance de cette histoire, je dirais que ce livre est un bon roman, cependant, je vois beaucoup louer le style et l’écriture de Linda Lê et là, je dois dire que je ne partage pas cette admiration. Il m’a semblé que cette écriture était trop irrégulière dans son style et qu’elle donnait parfois l’impression d’être artificielle.
   J’ai trouvé gênant que certaines erreurs ou pléonasmes (“... qui s’étirait en longueur”, “…qui donna toute la mesure de sa démesure”, “…je jetais le manche après la cognée”) cohabitent avec des mots nettement au dessus du champ lexical général et qui ressemblaient à des mots arrivés là, suite à un exercice avec contraintes (adamantin, térébrante, palingénésie…).
   
   J’espère que Linda Lê ne se laissera pas griser par ses succès et qu’elle se consacrera à sa vocation d’écrivain pour nous offrir de beaux romans. Mais qui suis-je pour lui donner des conseils ?

critique par Sibylline




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