Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les empires normands d'Orient de Pierre Aubé

Pierre Aubé
  Éloge du mouton
  Les empires normands d'Orient

Les empires normands d'Orient - Pierre Aubé

Quelle mafia ces Hauteville !
Note :

   Pierre Aubé a consacré cet ouvrage aux empires que les Normands de la branche des Hauteville ont conquis dans le monde méditerranéen à compter du XIe siècle. Le livre expose les hauts faits de Guillaume Bras-de-fer, Robert Guiscard (c'est-à-dire le rusé) et Roger. Leurs descendants (Roger II, Guillaume Ier, Guillaume II, Tancrède et Frédéric II) règnent sur la Sicile et l'Italie du sud, avec des tentatives plus ou moins réussies pour s'établir plus au Sud et plus à l'Est. Le récit est plus particulièrement éclairant et détaillé en ce qui concerne la vie de Roger II roi de Sicile (1095-1154).
   
   Des chevaliers normands revenus en 1016 d'un pélerinage à Jérusalem débarquent à Salerne. Ils deviennent indispensables dans des conflits locaux. Bientôt Robert Guiscard s'est emparé d'une grande partie de l'Italie du Sud au détriment des Byzantins. Le pape lui en reconnaît la possession en 1059. Son jeune frère Roger de Hauteville est envoyé conquérir la Sicile sur les émirs musulmans en profitant de leur division. Palerme tombe en 1072. Neuf siècles plus tard, le maire de Hauteville-le-Guiscard assistera, aux côtés des autorités locales, à la commémoration de cette conquête normande qui a doté la Sicile d'une richesse artistique qui en fait la "perle" de la Méditerranée.
   
   Ces souverains ont en effet érigé un grand nombre de bâtiments civils et religieux qui témoignent aujourd'hui encore de la rencontre de plusieurs civilisations. À l'évocation du Palais des Normands et de la Zisa, d'une procession d'églises allant de la Martorana et San Cataldo à San Giovanni degli Eremiti, du duomo de Monreale et de son cloître à l'immense cathédrale de Cefalu, nous reviennent les images d'arcs entrecroisés, de mosaïques dorées, de Christs pantokrator — autant d'illustrations qui manquent à une édition de poche. Les Normands n'apportent pas tout : les lettrés et artistes musulmans se retrouvent à la cour de Palerme. Al-Idrissi dresse la carte du monde et de ses sept climats pour Roger II. L'île baigne dans le multiculturalisme et la diversité linguistique. Petit-fils de Roger II, Frédéric II y fera son éducation d'humaniste avant l'heure.
   
   Il ne faut pas se voiler la face, cette culture raffinée, ces œuvres d'art sont la partie glorieuse d'une époque pleine de carnages, de trahisons et de vengeances sanguinaires. Les rois normands ont régné par la terreur : prisonniers aux yeux crevés, décapitations, rapts et pillages. Non pas que leurs gênes se souvenaient de la grande peur qu'ils avaient véhiculée de l'Atlantique (les Vikings) à la Volga (les Petchénègues), mais parce que leur pouvoir qui tendait à imposer une monarchie mieux administrée était sans cesse remis en question par des barons vengeurs et des cités volcaniques prêtes à se révolter pour peu qu'un pape ajoute sa bénédiction à leurs convoitises.

critique par Mapero




* * *