Lecture / Ecriture
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Histoire médiévale de la Péninsule ibérique de Adeline Rucquoi

Adeline Rucquoi
  Histoire médiévale de la Péninsule ibérique

Histoire médiévale de la Péninsule ibérique - Adeline Rucquoi

A la lumière de l'héritage wisigothique et de la Reconquête
Note :

   "Histoire médiévale de la Péninsule ibérique" est un livre ambitieux, qui s'attache à retracer plus de 1000 ans d'histoire de la Péninsule de l'Antiquité tardive (au début du Vème siècle ap. JC) à l'entrée des Habsbourg sur la scène ibérique (au début du XVIème siècle), tout cela en mettant en évidence les spécificités de la région en comparaison de ses voisins européens.
   
   C'est peu de dire que l'histoire de la Péninsule ibérique et de la mosaïque d'états qui y ont vu le jour - états dont les relations furent souvent conflictuelles - est extrêmement complexe. La seule et unique lecture que j'ai pu jusqu'à présent consacrer à cet ouvrage ne peut suffire à en faire le tour, qu'il s'agisse des invasions des Suèves, Alains et autres Vandales au Vème siècle ap. JC, ou du patchwork des principautés qui prirent leur essor dans le sillage de la Reconquête de l'Espagne musulmane (Navarre, Catalogne, Aragon...).
   
   Au terme d'une première lecture, ce sont bien plutôt les périodes d'unification de la Péninsule au temps du royaume wisigothique (au VIème siècle ap. JC) puis à l'époque des Rois catholiques (Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon: unification dynastique, mais où chaque état conservait ses lois et ses traditions) qui s'imposent à l'attention, tant ces deux périodes ont joué un rôle essentiel dans la création de la singularité de la Péninsule ibérique.
   
   Le statut particulier reconnu aux juifs et plus tard aux musulmans convertis au catholicisme, mais qui ne furent jamais vraiment assimilés aux catholiques "de souche", est par exemple un héritage direct des codes de lois wisigothiques, tout comme les relations privilégiées entre l'Eglise et le pouvoir royal, et par la même occasion, la relative indépendance de l'Eglise ibérique vis à vis de l'autorité pontificale.
   
   Par ailleurs, certaines spécificités de la société ibérique témoignent de l'influence durable des effets de la Reconquête, au premier rang desquels on peut mentionner un découpage de la société en deux classes: nobles (capables de porter les armes et de participer ainsi aux combats de la Reconquête et à la défense des territoires chrétiens) et non-nobles, deux classes séparées par une frontière relativement mouvante et poreuse, contrairement à la structure sociale - en trois états, et nettement plus fermée - qui s'est imposée en France à la même époque. Le clergé ne constituait pas alors un état à part entière, mais reproduisait plutôt en son sein le découpage de la société entre nobles et non-nobles. Il ne jouissait pas non plus d'un statut privilégié d'intermédiaire entre les fidèles et leur Dieu, rôle rendu superflu parce que les chrétiens pouvaient assurer le salut de leur âme en participant à l'effort de reconquête de la Péninsule sur les infidèles.
   
   Ceci pour donner un aperçu très succinct d'un livre à la lecture exigeante - je crois vraiment qu'il mérite plusieurs (re)lectures - mais en définitive passionnant parce qu'il permet la découverte d'un monde d'une très grande richesse culturelle, artistique et intellectuelle, bien trop peu connu de notre côté des Pyrénées.

critique par Fée Carabine




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