Lecture / Ecriture
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Belek, une chasse dans le haut-Altaï de Galsan Tschinag

Galsan Tschinag
  Belek, une chasse dans le haut-Altaï
  Chaman

Galsan Tschinag (en mongol Чинагийн Галсан), né en 1944, est un auteur mongol écrivant en langue allemande.

Belek, une chasse dans le haut-Altaï - Galsan Tschinag

Voyages en Mongolie
Note :

   Les blogs littéraires sont de véritables enfers tentateurs mais aussi une mine de découvertes d'horizons inconnus et surprenants. C'est au détour d'une visite que je suis tombée sur un commentaire d'un roman de Galsan Tschinag «La fin du chant». Lors de ma visite mensuelle à la médiathèque, j'ai cherché si cet auteur faisait partie du fond littéraire. Je n'ai pas trouvé «La fin du chant» mais «Belek, une chasse dans le Haut-Altaï».
   
   Avez-vous vu les films splendides «Le chien jaune de Mongolie» ou «L'histoire du chameau qui pleure»? Si vous les avez vus et aimés, vous plongerez avec délices dans les deux récits composant «Belek, une chasse dans le Haut-Altaï».
   
   La steppe mongole s'étend à l'infini sous la plume de Galsan Tschinag, descendant d'une famille d'éleveurs touvas. Les montagnes du Haut-Altaï dominent la steppe, étendue immense où le regard ne rencontre aucun obstacle hormis les troupeaux et les yourtes.
   
   «Belek, une chasse dans le Haut-Altaï» est un récit où le tragique le dispute à la poésie. Belek, gardien de troupeau, un peu simplet, au service d'un riche propriétaire, se voit un jour confronté à une troupe de chasseurs. Une remarque anodine le fait se retrouver à plat ventre dans la tanière d'une louve allaitante. Il en ressort, tenant cette dernière. Elle s'échappe, s'enfuit, et les chasseurs le somment d'entrer à nouveau dans la tanière pour y récupérer les louveteaux. Ces scènes relatent la peur mystique du loup, cette peur qui rend malade le plus courageux et qui lui donne le courage du couard: envoyer au coeur du danger un subalterne, un plus faible que soi. Seulement, c'est sans compter avec le mythe de la chasse au loup: ne pas s'en prendre aux louves allaitantes et à leurs petits!
   
   Commence alors une quête pour Belek, une quête misérable et belle, touchante et révoltante. Le lecteur est avec lui dans ses veilles au coeur de la steppe, est avec le chevreau sacrifié, est avec le loup qui rôde sans se faire prendre. Belek, un homme exploité, méprisé, à qui on promet beaucoup sans jamais lui donner satisfaction. Belek, symbole d'une classe éreintée par le travail, aspirant à un bonheur simple toujours refusé. Belek, un chasseur de toute une vie, une amertume longue à disparaître. Un chant tragique et poétique, un héros antique dans la steppe mongole en quête du bonheur dans la douleur.
   
   «Une histoire touva» est le second récit du recueil de Gaslan Tschinag et se déroule pendant la seconde guerre mondiale. Dans cette histoire, le tragique est en filigrane, le fil d'Ariane d'une course perdue dans l'immensité de la steppe.
   
   Au cours d'une halte pour s'abriter d'un orage, un journaliste écoute le récit de son guide. Un vieil homme à qui on a volé son âme: la femme qu'il aimait et qui portait son enfant. La steppe et les montagnes sont les paysages de la longue traque menée par le vieil homme pour rattraper un déserteur, son fils. L'auteur met l'accent sur les rouages cruels d'une administration soviétique dénuée de tout sentiment. Rien ni personne ne peut mettre fin à ce qui a été décidé en haut lieu. Même la nature et les éléments n'y pourront rien. L'auteur promène son lecteur dans le froid indicible de l'hiver du Haut-Altaï où sans vêtement adéquat l'homme meurt. Les feux de bouses sèches de chameaux ou de crottin de cheval sont les seules lumières chaleureuses de la nuit. On ne peut qu'être admiratif devant la ténacité et l'humanité du fugitif. Ce dernier, Bajnak, est la métaphore du loup autant vénéré que craint. Ce loup sublime, superbe, en fusion avec son environnement. Ce loup épris de liberté qui ne se rendra jamais sans combattre jusqu'au dernier souffle. Ce loup-homme refusant le carcan inique d'une société arbitraire et brutale qui asservit encore et toujours ceux qui lui résistent et broie les plus faibles.
   
   La steppe est le décor de ces récits, les traditions mongoles y sont présentes, clairement énoncées ou non. Le visible et l'invisible se côtoient, se mêlent, s'enchevêtrent. Le temps est celui de la steppe: les jours de marche scandent la fuite de Bajnak comme la quête de Belek. Les yourtes sont les havres de paix, les refuges rassurants. Les troupeaux sont les richesses de ce peuple nomade, de ces hommes à l'imaginaire immense, à l'image de la steppe infinie.
   
   Chaque récit du recueil est un voyage initiatique, un owoo symbolique pour célébrer la civilisation riche, diverse et sublime des Mongols.

critique par Chatperlipopette




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