Lecture / Ecriture
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Leurs vies éclatantes de Grégoire Polet

Grégoire Polet
  Leurs vies éclatantes

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Leurs vies éclatantes - Grégoire Polet

Virtuosité
Note :

   Il y a vraiment des choses très intéressantes dans la production de cette rentrée littéraire 2007, et ce roman en fait partie.
   
   Ça commence de façon un peu facile. Le récit se propage de proche en proche, passant d’un personnage à l’autre qu’un hasard géographique ou des liens familiaux ont unis. Évidemment, les bornes de la vraisemblance sont rapidement dépassées. Si peu de chances qu’à Paris cette vingtaine de personnes ait des liens si étroits… ou même le moindre lien.
   
   Ça aurait pu être artificiel (j’avoue que je l’ai craint tout d’abord) et puis peu à peu, l’artifice se mue en virtuosité et c’est là que mon intérêt s’est vraiment éveillé. J’avais bien fait de passer outre cette première impression négative.
   C’est invraisemblable, ok, très bien, et alors? Est-ce vraiment un problème? Non, si cette licence permet d’aborder des thèmes intéressants et de donner vie à des personnages posant question.
   
   Cette progression de proche en proche permet donc ici de croiser les existences de personnes qui sont nos contemporains. Certains de ces personnages sont à un tournant de leur vie, d’autres suivent leur cours avec ou sans satisfaction, beaucoup espèrent quelque chose, qu’ils obtiendront ou non, quelque chose de majeur ou d‘anecdotique. Beaucoup aussi veulent faire quelque chose, réaliser une action ou créer une œuvre. Beaucoup de ces personnages sont des artistes.
   
   Grégoire Polet met ici l’accent sur des liens étroits unissant la vie à l’art, aux arts plutôt: musique, littérature, peinture etc.… l’art est le noyau de l’existence de beaucoup de ces personnages, parfois leur thérapie, leur sauveur. Dans un sens, il est le thème central du livre et à mon goût son intérêt principal.
   
   Autre thème central de cet ouvrage: la filiation. Plusieurs relations père/fille-fils s’établissent et je n’ai pas trouvé cela très bien vu car ce sont toujours des pères libres et âgés qui élisent des «héritiers» selon leur cœur. La filiation, ce n’est pas cela. C’est un bébé auquel on a donné vie et éducation, auquel on a sacrifié sa liberté au moins en grande part et on ne choisit pas ce que l’on obtient au bout du compte. Traiter ce thème de cette façon et non de manière idyllique aurait, à mon sens, eu plus d’intérêt et de profondeur humaine.
   
   Revenons à la virtuosité de l‘agencement: Le livre est organisé en une semaine. Sept jours qui voient se côtoyer ces gens et pour certains, se jouer leur destin. Sept jours qui nous amènent, nous-mêmes à les côtoyer. Les chapitres sont de longueurs inégales, parfois très brefs De temps en temps, un chapitre reprend en une suite de courts paragraphes les actions de la plupart des personnages rencontrés, pour renforcer la simultanéité des actions et des vies suivant diverses directions.
   
   Parfois aussi, un chapitre plus long, un dialogue, se transforme en véritable exposé philosophique, que j’ai trouvé parfois convaincant… parfois non. Dont deux ou trois élans mystiques que pour ma part, j’ai regrettés. Mais tout le monde n’est pas obligé de partager ce point de vue et d’autres sujets m’ont semblés mieux vus. Mais enfin, tout de même, ce n’est pas d’une extraordinaire transcendance philosophique. Il m’a semblé que les idées sur l’art étaient plus intéressantes.
   
   Cependant, une habileté certaine permet à G. Polet de faire coexister d’aussi nombreux personnages sans qu’on les oublie ou les confonde et d’inclure des progressions tout à fait géographiques ( bâtiments, appartements voisins, itinéraire avec des rues de Paris) et divers éléments comme des listes, des études d’œuvres d’art. Il a bien dû penser à Perec, parfois…
   
   La semaine (et le roman) se termine par un tour d’horizon des différentes situations (parfois peut-être pas avec toute la clarté qu’on aurait souhaité, on voudrait être mieux fixé) en de brefissimes chapitres, tels des points de suspension qui nous mènent à la dernière page, sachant que les vies de ces gens-là, elles, continuent.
   
   
   PS: Vous admirerez l'édition tout à fait collector présentée ici en couverture. On n'en trouve plus des comme cela.

critique par Sibylline




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