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Introduction à l’étude de la stratégie littéraire de Fernand Divoire

Fernand Divoire
  Introduction à l’étude de la stratégie littéraire

Introduction à l’étude de la stratégie littéraire - Fernand Divoire

“Étude du milieu”
Note :

   Fernand Divoire serait sûrement bien plus connu aujourd’hui qu’il ne l’est, s’il n’avait pas regrettablement dû répondre après guerre de certains actes de… disons «collaboration». Il ne fut pas seul dans son cas et l’oubli atteint peu à peu tous ces griefs, si bien qu’il est maintenant moins difficile de s’intéresser à ce qu'il a fait «d’autre» et parmi cet «autre», de découvrir une assez belle carrière littéraire et ce petit bijou qu’est son «Introduction à l’étude de la stratégie littéraire» dont je viens de me régaler.
   
   Le but déclaré de cette docte étude est de demander la création d’une chaire de stratégie littéraire (dont l’auteur se verrait d’ailleurs bien détenteur), mais dont les délicates séances « devront être réservées aux étudiants » car, si elles étaient publiques, « elles risqueraient de compromettre le prestige de la littérature .».
   
   On n’en peut pas douter. Car il faut voir comme les littérateurs, salons littéraires et hommes de lettres de tous genres y sont brocardés. Le plus conciliant des adeptes de ce noble art (dont je suis) ne peut s’empêcher de douter peu à peu du bien fondé de sa considération… et l’on en vient à se demander qui sont au juste ces gens que nous admirons.
   
   Aussi, chassons vite ces doutes de nos esprit, répétons nous une fois de plus que F. Divoire parlait du début du 20ème siècle et pas du tout de notre époque qu’il n’a absolument pas connue et où les choses ne se passent plus du tout comme ça et rions de bon cœur.
   Quoique…
   
   Enfin bref. Donc en 1912, Fernand Divoire, poète, homme de lettres aux multiples casquettes et chroniqueur littéraire, s’amusa à nous présenter cette étude très très documentée (et assassine) qui prétend donner des cours de stratégie à tout étudiant désirant faire une carrière littéraire. Car tout est en la matière, affaire de stratégie pure. « Il faut avoir le courage de le dire: le talent est un luxe agréable, mais complètement inutile à la carrière de l’homme de lettres. Pour un romancier qui veut être acheté, rien ne vaut la médiocrité. » Ailleurs, l’auteur ira même jusqu’à nous prouver qu’il n’est pas forcément utile d’écrire. Mais! «Il faut de la stratégie. Note: Le manque de talent ne suffit pas.» 
   
   Ce qui est particulièrement amusant et ne contribua pas peu au succès de cet opuscule, c’est que Divoire tint beaucoup à illustrer chaque manœuvre, astuce et truc dont il vantait les avantages ou dont il avertissait des dangers, d’exemples tirés de l’actualité et dont il nommait les acteurs par de pudiques initiales censées préserver leur anonymat. En fait, ce masque était si transparent, ces initiales et les circonstances dévoilaient si bien les personnes qu’il les dénonçait en réalité; et ce jeu de devinettes devait beaucoup amuser les lecteurs de l‘époque, tout comme il amuse encore aujourd’hui ceux qui sont en mesure de découvrir quelques identités. D’ailleurs, dès la seconde édition une douzaine d’années plus tard, des notes de bas de page donnaient la clé de toutes les énigmes.
   
   Il est vrai cependant que cette moquerie si pointue laisse un petit arrière goût amer. On rit, mais le rictus se crispe aussi un peu quand on se convainc de la justesse des remarques. On a dit que Divoire était un littérateur désenchanté, je n’en doute pas. Et pour en revenir à notre époque, André Billy disait déjà « La société change, les mœurs se transforment, mais la stratégie, immuable en son fond, évolue dans ses méthodes.»
   « Immuable en son fond »!
    Alors à Fernand le mot de la fin:
   «Du sort réel de l’homme qui, pourvu de génie, de modestie et de rentes, veut vivre en dehors de toute vie littéraire et de toute stratégie et se retire préventivement du nombre de ces braillards qui, au nom de la poésie, veulent une place au soleil.(…)
   Hautes questions! Splendides sujets de méditation.
   Mais ceci est un autre livre, qui ne doit pas être imprimé.»

critique par Sibylline




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