Lecture / Ecriture
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Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3 de Philip Kerr

Philip Kerr
  L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
  La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
  Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
  La Mort, entre autres - Trilogie berlinoise - 4?
  Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
  Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
  Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
  Prague fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8

Philip Kerr est un auteur britannique né en 1956 et mort d'un cancer en 2018.

Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3 - Philip Kerr

L'après guerre
Note :

   Troisième volet de la «Trilogie berlinoise».
   
   Nous sommes en 1947, toujours à Berlin. Hitler est mort et la guerre est finie. La ville n'est pratiquement plus que ruines et nous retrouvons notre personnage principal: Bernard Gunther. Il avait fini la guerre comme soldat, sur le front russe. Maintenant, revenu dans les ruines de Berlin, il a repris son activité de détective privé, se faisant davantage payer par le troc que par monnaie peu sonnante. L'époque, là encore, joue un rôle primordial. Elle est à la misère, aux maisons détruites, aux occupants méprisants et omnipotents ainsi que, de chaque côté, à la force qui fait droit. Bref, une situation d'invasion récente. La ville est divisée en secteurs, que les armées des vainqueurs se sont partagés. Le pire, c'est le côté russe, et justement, c'est là que Bernie va devoir mener son enquête.
   
   Engagé par un colonel des forces d'occupation russes afin de prouver l'innocence d'une ancienne connaissance accusée d'avoir tué un officier américain, Gunther est toujours aussi réaliste. Pas de détective qui prend en riant de terribles coups sur le crâne qui le laissent inconscient, mais pas diminué, pas de héros qui vit de l'air du temps, pas de charmeur dans les bras duquel toutes les femmes se précipitent. Rien de tout cela. Un type qui a presque l'air vrai, avec ses difficultés et la misère sordide autour.
   
   Cet après-guerre est, pour notre détective, l'occasion d'un regard sur son passé, sur ce qu'il a pu être amené à faire. Bernie ne se sent pas innocent de tout comme pourrait l'être le héros toujours sûr de lui d'un polar moins fouillé. L'après-guerre est aussi, pour les nazis, l'occasion et plus, la nécessité absolue, de s'organiser un anonymat alors que se déroulent les procès de Nuremberg et que les troupes d'occupation sont à la recherche fébrile des meneurs, tant pour les éliminer que pour, au contraire, les employer (ne nous le cachons pas). L'époque n'est guère à la déontologie.
   
   Kerr, nous conduit ainsi sur la piste d'Heinrich Müller, chef de la gestapo (effectivement disparu en 1945 dans la réalité) et que nous retrouvons ici. Tout comme nous retrouvons Arthur Nebe (chef de la police criminelle) qui, mêlé à l'attentat contre Hitler, est censé avoir été pendu en 1945. Pour la vraie histoire, Nebe a bel et bien été pendu, quant au gestapo Müller, on ne l'a jamais retrouvé. Il devait être sous les ruines de Berlin, mais il y a des contestations à ce sujet et on l'a beaucoup cherché...
   
   Une intrigue compliquée, où personne n'est ce qu'il a l'air d'être, mais passionnante.
   Pour situer l'ambiance, quand le livre se termine, le lecteur passe sur le tournage d'une scène du film «Le troisième homme»?
   
   On peut ne lire qu'un des romans de cette trilogie, ou encore lire les trois dans le désordre. Ils sont parfaitement compréhensibles distinctement. Mais pour les amateurs, je conseille vivement la lecture des trois dans l'ordre. C'est plus agréable.
   
   
   L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
   La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
   Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3

   La Mort, entre autres - Suite Trilogie berlinoise - 4
   Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
   Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
   Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
   Prague Fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8
   Les Ombres de Katyn - Suite Trilogie berlinoise - 9
   La Dame de Zagreb - Suite Trilogie berlinoise - 10
   Les Pièges de l'exil - Suite Trilogie berlinoise - 11
   Bleu de Prusse, Seuil - - Suite Trilogie berlinoise - 12
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critique par Sibylline




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Un cadre historique plus intéressant que l’intrigue!
Note :

   Tome 1 : L’Été de cristal
   Tome 2 : La Pâle figure
   Tome 3 : Un requiem allemand
   
   
   Enfin! Je suis arrivée au bout des 1015 pages de ce pavé! Non sans mal, j’avoue, car l’intrigue prend parfois quelques détours! Mais quelques mots d’abord sur cette "trilogie"…
   
   Philipp Kerr est Ecossais d’origine, et il semble partager avec ses compatriotes britanniques ce goût pour tout ce qui touche à l’histoire nazie. Il a donc choisi de situer cette série de polars dans le Berlin de l’année 1936 pour le 1er tome, de 1938 pour le 2è, et celui de 1947/48 pour le 3ème, encore que ce dernier se passe en vérité bien plus à Vienne qu’à Berlin…
   
   Notre détective s’appelle Bernhard Gunther, "Bernie" pour les intimes. En Berlinois qui se respecte, il a une "grande gueule" (en Allemagne, les Berlinois sont connus pour leur "Schnauze"!). Flic respecté et efficace à la police criminelle jusqu’en 1933, il choisit de quitter celle-ci et de devenir enquêteur privé pour éviter d’avoir à adhérer au parti. Ce choix est moins guidé par des convictions politiques que par un attachement viscéral à son indépendance d’esprit et son refus de se soumettre sans discussion aux nouveaux détenteurs du pouvoir.
   
   Chacune des trois enquêtes de cette trilogie (que je ne révélerai pas ici) le confronte pourtant aux machinations politiques. Dans chacune, il a affaire directement à de grands noms du régime nazi (Göring, Himmler, Heydrich, Julius Streicher, Heinrich Müller…) et touche à des sujets sensibles : luttes de pouvoir intestines, théories raciales, doctrines ésotériques, homosexualité, handicap mental, dénazification et récupération de criminels de guerre par les services secrets alliés après la guerre…
   
   Le cadre de ces romans est donc éminemment historique: les Jeux Olympiques en 1936, les accords de Munich, l’annexion des Sudètes et la Nuit de Cristal en 1938 ainsi que la Guerre Froide et le blocus de Berlin en 1948. A mon avis, l’intérêt du roman réside dans la peinture de ces moments historiques ; peinture qui témoigne d’une très bonne connaissance non seulement de la "grande" histoire, mais aussi de la vie quotidienne des "petits" Berlinois et qui apparaît le plus souvent dans des réflexions ou descriptions tout à fait secondaires. Très convaincant de ce point de vue : la description de Berlin en ruines (tome 3), avec partout ces femmes en train de déblayer les gravats, ces "Trümmerfrauen" , les "femmes des décombres" qui, sans attendre le retour des hommes encore vivants des camps de prisonniers, ont entrepris avec courage la reconstruction du pays au lieu …
   
   Ce qui m’a néanmoins gêné, ce sont de nombreuses invraisemblances : connaissant les méthodes d’interrogatoire et de torture de la Gestapo, il paraît tout de même plus que bizarre qu’il faille un détective privé comme notre Bernie pour résoudre certaines affaires d’ordre criminel… mais bon, sans affaire, pas d’enquête, donc pas de roman de détective… que l’auteur soit pardonné!
   
   Par contre, je n’ai guère apprécié une certaine misogynie qui transforme quasiment toutes les femmes en (dans le meilleur des cas) femmes fatales sinon (disons-le) putes ou assimilées comme ces bonnes épouses allemandes dépeintes comme racoleuses de GI… pas un seul véritable personnage de femme dépeint autrement que par la taille de ses seins, son cul, ses poils pubiens et son comportement de chatte en chaleur… très moyen, tout cela!
   
   Ce qui m’a également mise mal à l’aise, c’est de me retrouver face à des personnages ayant vraiment existé et qui deviennent protagonistes du roman. M’assoir à une table tournante pour implorer les esprits en compagnie de Heinrich Himmler… non merci, je ne peux pas! (Si vous voulez savoir pourquoi, lisez le commentaire que j’ai écrit sur "La part de l’autre" de Erich-Emmanuel Schmitt).
   
   Pour finir, précisons quand même que cette trilogie s’améliore en allant, qu’il s’agisse de l’intrigue, de la psychologie des personnages (sauf féminins, vous l’aurez compris) ou de la langue (assez primitive au début!). Personnellement, j’ai de loin préféré le dernier, "Un requiem allemand", lisible d’ailleurs même sans passer par les deux précédents…
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critique par Alianna




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Troisième épisode de la Trilogie berlinoise
Note :

   Un aparté tout d’abord ; étonnant que ce soit un romancier écossais qui s’empare de cette période de l’Histoire et du lieu, l’Allemagne nazie. Etonnant? Un peu moins quand on apprend que Philip Kerr, outre qu’il est écossais est d’abord historien.
   
    Trilogie? Oui, il y a trois romans ("L’été de cristal", "La pâle figure", "Un requiem allemand") qui se suivent, chronologiquement en tout cas même si des périodes sont sautées, et avec un héros récurrent : Bernhard Günther, alias Bernie pour les intimes, une espèce de Nestor Burma des années 30 – 40, à l’accent totalement germanique!
   
   Philip Kerr fait carrément l’impasse sur les années de la guerre et nous emmène directement en 1947. Berlin est occupé par les quatre nations victorieuses et déjà l’occupation soviétique s’avère la plus terrible. On apprend au fil de la narration qu’en tant que policier Bernie a été versé chez les SS, mais que pour éviter d’avoir à refuser des ordres d’élimination physique de civils, de prisonniers, il a demandé à être transféré au front russe. Il a été fait prisonnier et s’en est sorti. Et maintenant il reprend, vaille que vaille dans une ville dévastée, son activité de détective privé. Mais le syndrome "Nestor Burma" s’estompe, on rentre plutôt dans l’ambiance "Troisième homme", le roman de Graham Greene. D’autant que, dans le cadre d’une intrigue particulièrement sophistiquée évoquant plutôt le billard à… beaucoup de bandes (!), il se fait recruter par un colonel du Renseignement russe pour aller, à Vienne, trouver les preuves de l’innocence d’un ancien collègue de Bernie, Becker, dans le meurtre d’un officier américain.
   
   L’ambiguïté qu’on imagine régner en ces années et en ces lieux, croisements des nations victorieuses qui jouent chacune leurs partitions, est remarquablement rendue. Bernie se retrouve manipulé à son insu et nous assistons en toute fin, lors du retour à Berlin, à ce qui préludera à l’engrenage menant au Mur, le fameux Mur de Berlin – pas si vieux finalement et qui nous apparait pourtant tellement anachronique…
   
   Il y a de la chasse aux Nazis, des actes de simple survie, des manœuvres de barbouzards… On s’y retrouve, avec bonheur. Philip Kerr a signé là de la belle ouvrage!

critique par Tistou




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