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La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2 de Philip Kerr

Philip Kerr
  L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
  La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2
  Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
  La Mort, entre autres - Trilogie berlinoise - 4?
  Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
  Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
  Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
  Prague fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8

Philip Kerr est un auteur britannique né en 1956 et mort d'un cancer en 2018.

La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2 - Philip Kerr

La nuit de cristal
Note :

   Et voici «la pâle figure». Le deuxième volet de cette trilogie berlinoise nous amène deux ans après le premier. Nous sommes en 1938, toujours à Berlin. Hitler n'a fait qu'augmenter son pouvoir. Il règne sur l'Allemagne et en est maintenant à étendre son hégémonie au dehors de ses frontières. Au moment où se passe cette histoire, il louche sur les Sudètes, puis les envahit.
   Nous retrouvons le détective Bernard Gunther, découvert dans «L'été de cristal». Il n'est toujours pas nazi, mais il se retrouve employé par le général Heydrich et le Reichskriminaldirektor Arthur Nebe. Réintégré de force (chantage) dans la police, il se voit attribuer le grade de Kriminalkommissar, qui lui permet de naviguer assez à sa guise parmi les nazis de son service qui se retrouvent être ses subalternes. Ceci pour expliquer qu'il puisse être à la fois un personnage plutôt sympathique (quoique sans scrupules) et au service des pontes hitlériens.
   
   Pour commencer l'histoire, il est engagé par une femme riche qui subit les pressions d'un maître chanteur qui dispose de documents permettant de faire envoyer son fils en camp de concentration avec un triangle rose.
   Pour la corser, il est donc nommé commissaire pour découvrir l'assassin en série qui perpétue des meurtres apparemment rituels sur de jeunes vierges aryennes. Les présumés coupables sont les Juifs et le mobile de Gunther, qui sent monter la catastrophe, est d'empêcher la «Nuit de cristal». On sait déjà s'il a réussi.
   
   Tout comme pour le premier volet de la trilogie, l'époque est un personnage à part entière de ce récit (excusez l'image un peu audacieuse, j'en conviens). J'ai trouvé passionnant de pouvoir m'identifier ou reconnaître pour mes alter égaux des gens de ce monde à la fois si proche (moins de 70 ans, ce n'est rien!) et si étrange(r). Il est facile de déclarer: «Moi, je n'aurais pas accepté, ou fait, cela!» Trop facile pour être juste. Il est bien plus intéressant de ressentir «de l'intérieur» comment les gens ont pu le vivre.
   
   Gunther a évolué depuis «La nuit de cristal». Il est devenu plus carré, plus brutal. Il semble bien représenter la mentalité de l'Allemand non nazi en train d'essayer de survivre dans son pays à cette époque là. Il fréquente ici, dangereusement, des personnages que l'histoire enregistrera comme tristement célèbres et cela ajoute de l'intérêt au récit sans que la part d'imaginaire en soit encombrée. D'autant que la réalité, avec ses hommes de pouvoir «fondus» d'occultisme, n'avait pas tant que cela besoin d'être aidée.
   
   L'intrigue m'a semblée un peu compliquée, mais là, c'est peut-être ma faute. Je n'ai pas fait assez attention quand les personnages se sont mis à devenir nombreux et je m'y suis un peu perdue à un moment.
   
   En conclusion, un vraiment excellent deuxième volet, qui justifie tout à fait la poursuite de cette «trilogie berlinoise».
   
   
   PS:voir fiches «L'été de cristal» et «Un requiem allemand»
   
   
   L'été de cristal - Trilogie berlinoise - 1
   La pâle figure - Trilogie berlinoise - 2

   Un requiem allemand - Trilogie berlinoise - 3
   La Mort, entre autres - Suite Trilogie berlinoise - 4
   Une douce flamme - Suite Trilogie berlinoise - 5
   Hôtel Adlon - Suite Trilogie berlinoise - 6
   Vert-de-gris - Suite Trilogie berlinoise - 7
   Prague Fatale - Suite Trilogie berlinoise - 8
   Les Ombres de Katyn - Suite Trilogie berlinoise - 9
   La Dame de Zagreb - Suite Trilogie berlinoise - 10
   Les Pièges de l'exil - Suite Trilogie berlinoise - 11
   Bleu de Prusse, Seuil - - Suite Trilogie berlinoise - 12
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critique par Sibylline




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De 36 à 47
Note :

   La trilogie Berlinoise se compose de "L'été de cristal", "La pâle figure" et "Un requiem Allemand", trois romans inclus dans le même ouvrage. Je vais tout de suite mentionner une petite chose qui me parait gênante dans la traduction des titres : le premier volume aurait dû s'intituler "Les violettes de Mars" (en raison de ce mouvement citoyen, je devrais dire cette ruée pour s'inscrire au Parti et obtenir des cartes avec une date d'ancienneté la plus lointaine possible...), et le second "L'été de cristal", en référence à ces fameuses nuits où le bon peuple allemand cassait les vitrines des commerçants juifs... Je ne sais par quelle bizarrerie le traducteur n'a pas suivi cet ordre, mais c’est dommage...
   
   Dans "l'été de cristal", le lecteur fait connaissance avec le détective privé Bernie Gunther. Il possède toutes les caractéristiques que sa profession exige, au moins sur le plan littéraire : désabusé, cynique, courageux et chanceux, coureur de jupons, aimant travailler en solitaire, amateur d'alcool et doté d'un sens de l'humour particulier, n'hésitant pas à sortir une blague ou un bon mot (quoique, certaines des expressions employées par ce brave Gunther m’ont parfois laissée perplexes, je n’en ai pas toujours saisi le sens…) dans les situations les plus dangereuses.
   
   Jusqu'ici rien que de très banal pour un polar. Mais voilà, Kerr a eu la bonne idée de situer le roman en 1936 à Berlin. Un fonds historique des plus intéressants.
   
   Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne faisait pas bon vivre à Berlin en 36, et remarquez, après non plus.
   
   A cette date, on assiste à la montée en puissance du parti national-socialiste, les lois de Nuremberg ayant été adoptées en 35. Et Berlin se prépare à accueillir les J.O...
   Autant dire que le climat est quelque peu trouble dans cette ville. D'ailleurs, Bernie s'est fait une spécialité : la recherche de personnes disparues, activité que l'on devine aisément prospère...
   Bernie doit donc enquêter sur la mort de la fille d'un riche industriel, Hermann Six. Et accessoirement retrouver des bijoux et des dossiers compromettants.
   
   Par chance, Gunther est un bon détective qui a deux atouts : c'est un vétéran de la guerre contre les Turcs et un ancien policier (de la Kripo). Les rebondissements seront nombreux et les chausses-trappes fréquents. Le privé aura même droit à un petit séjour à Dachau, lieu de sinistre mémoire…
   Deux ans plus tard, dans "La pâle figure", Gunther a réintégré provisoirement la Kripo pour tenter d'arrêter un serial killer qui s'en prend à de jeunes et blondes Allemandes. Il fait équipe avec deux ou trois policiers dont le violent Becker que nous retrouverons en mauvaise posture dans le troisième volet. Gunther est bien évidemment manipulé, devant se garder des faux-amis et des traîtres. Un vrai panier de crabes…
   
   "Le requiem allemand".1947 : Bernie Gunther vit chichement et marié (!) à Berlin où tout n'est que ruines. Il a traversé la guerre sans trop de dommages et le voilà qui reprend du service pour un gradé Russe, lequel désire sauver une vieille connaissance du détective, Becker, emprisonné à Vienne pour le meurtre d'un Américain. Vienne comme Berlin ploient sous le joug des Alliés : Anglais, Américains, Russes et Français contrôlent, surveillent, manigancent, complotent, bref, c'est l'anarchie la plus totale. "Le requiem allemand" m’a paru être un clin d’œil au "Troisième homme" de Graham Greene. L'intrigue est compliquée à suivre, les nombreux protagonistes mènent double jeu et Gunther va se retrouver embarqué dans une drôle de société secrète composée de nazis...
   
   Je n’en dirai pas plus sur les multiples intrigues, car il n’y a rien de pire, en chroniquant un polar, que de dévoiler trop de faits ou de mentionner des personnages clés. Pour ma part, ce ne sont pas les enquêtes qui font le sel de ces romans mais bien le contexte historique. Philip Kerr a une connaissance étonnante du Berlin d’avant-guerre, suivant son personnage principal dans les rues de la ville, dans les principaux lieux où les nazis opéraient, dans les bars sordides… La faune rencontrée n’est pas très différente de celle qui peuple les pages des romans d’Ellroy : prostituées, riches industriels, actrices, indics, policiers véreux… mais à ceux-là s’ajoutent des personnages moins courants : espions, membres du parti nazi et certaines figures tristement inoubliables comme Himmler, Goebbels ou Müller. Dans l’ensemble la plupart des personnages possèdent tous un fonds de cruauté remarquable…
   
   Je n’ai pas particulièrement goûté les incontournables scènes de sexe ou les dialogues fort crus entre les différents protagonistes mais enfin, ce ne sont pas ces petits détails qui m’ont empêchée d’aimer ces livres. Plus dérangeantes en revanche furent les scènes de torture. En dépit de cela, j’ai été scotchée par les descriptions du quotidien des Berlinois à cette époque. Ce qui est glaçant, c’est que Kerr a bien su rendre les comportement aussi bien du peuple que des nantis : ce mélange d’indifférence, de faiblesse, d’orgueil qui a conduit à la montée en puissance du nazisme. Evidemment certains allemands n’appréciaient pas la tournure des événements, la façon dont les juifs étaient traités mais il n’y eut point de mouvement populaire pour s’opposer à cette escalade. Du reste, le troisième roman qui se passe en 1947 est peut-être encore plus effrayant. Non seulement certains hauts dignitaires nazis continuent à passer à travers les mailles du filet avec la complicité des Alliés, fait déjà écœurant en soi, mais les Berlinois, comme les Viennois d’ailleurs, ne semblent pas avoir la pleine mesure des atrocités commises par leurs nations respectives (à ce propos, l’Autriche en prend pour son grade…). Les Russes se comportèrent de manière tout aussi moche, et finalement, le sort des Berlinois fut moins enviable encore après 1945 que durant le nazisme.
   
   Je suis donc ravie (même si cette trilogie remets en mémoire des événements qui laissent un goût amer) d’avoir découvert la série de Kerr et je crois que je me laisserai tenter par un quatrième volume, d’autant qu’il se passe en Amérique du sud, lieu de prédilection des nazis qui échappèrent à la justice européenne.
   
   
   Note sur l'auteur : Philip Kerr est un écossais comme son nom ne l'indique pas. Déjà auteur d'une trilogie pour la jeunesse qui m'a l'air bien intéressante : "Les enfants de la lampe magique"
    ↓

critique par Folfaerie




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Second épisode de la Trilogie berlinoise
Note :

   Un aparté tout d’abord ; étonnant que ce soit un romancier écossais qui s’empare de cette période de l’Histoire et du lieu, l’Allemagne nazie. Etonnant? Un peu moins quand on apprend que Philip Kerr, outre qu’il est écossais est d’abord historien.
   
   Trilogie? Oui, il y a trois romans ("L’été de cristal", "La pâle figure", "Un requiem allemand") qui se suivent, chronologiquement en tout cas même si des périodes sont sautées, et avec un héros récurrent : Bernhard Günther, alias Bernie pour les intimes, une espèce de Nestor Burma des années 30 – 40, à l’accent totalement germanique!
   
   Nous sommes maintenant en 1938, un petit bond dans le temps après le premier épisode qui se déroulait en 1936. On ne peut pas dire que les choses s’arrangent pour les Allemands et Bernie en particulier. La chape de plomb ne prend même plus la peine de se camoufler. Ça sent clairement le début de la fin et la grande habileté de Philip Kerr c’est de nous suggérer de nous glisser dans la peau d’un "méchant", un Allemand réticent mais qui réintègre néanmoins la Kripo, au moins provisoirement, avec le grade de Kriminalkommissar.
   "Parce qu’en plus de la différence de salaire, lui fit remarquer Heydrich, Herr Gunther ne veut pas voir des officiers supérieurs lui mettre des bâtons dans les roues. Et il a parfaitement raison. Ce grade lui sera indispensable pour affronter les grincements de dents que suscitera son retour dans les rangs de la Kripo. J’aurais dû y penser moi-même."
   
    A vrai dire il n’a pas eu le choix, Bernie. Et ses qualités d’enquêteur reconnues, le Général Heydrich veut se les réapproprier ; de mystérieux et récurrents meurtres de vierges teutoniques sont tus à la population mais trop c’est trop et… apparemment seul Bernie est considéré comme le policier compétent qui pourra…
   
   Enquête, atmosphère, rien n’est à jeter dans ce second épisode. Comme dans les autres d’ailleurs!
   ↓

critique par Tistou




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Documentation parfaite
Note :

   Le titre est inspiré de Zarathoustra (le Pâle criminel)
   
   Bernd enquête en l’été 1938, de sinistre mémoire, sur les crimes en séries de jeunes filles de 16 ans, présentant un profil particulièrement "aryen" suivant les critères du régime national-socialiste. Ai-je besoin de développer?
   
   Il découvre que dans la revue "Stürmer" un politique bavarois très offensif, attribue ces crimes aux Juifs, et suspecte ce monsieur d’avoir orchestré ces exactions pour trouver un prétexte afin de se débarrasser des Juifs encore plus sûrement que d’ordinaire.
   
   Mais au sein de la police du Reich les criminels ne manquent pas, il n’y a que l’embarras du choix. Bernard travaille pour des gens qui sont eux-mêmes des délinquants (Himmler est chef de la police) et jusqu’à quel point ces crapules veulent-elles que les coupables soient découverts ?
   
   Le détective sait jouer des mésententes entre ces messieurs pour se tirer d’affaire et tenter de faire régner un petit minimum de justice. Son métier est devenu très risqué : du jour au lendemain, sur un caprice de ses supérieurs il peut se retrouver "KZ" (interné dans un camp) comme cela lui est déjà arrivé, dans son enquête précédente, "l’Eté de cristal", que j'ai lu également, sans en faire de chronique.
   
   Philip Kerr s'est beaucoup documenté afin de retracer la situation politique et l'atmosphère du troisième Reich, et nous avons là de l'excellent polar qui fait froid dans le dos...

critique par Jehanne




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