Lecture / Ecriture
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Les sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra

Yasmina Khadra
  Morituri
  Les agneaux du seigneur
  Cousine K
  Les hirondelles de Kaboul
  Double blanc
  L'imposture des mots
  L'attentat
  L'écrivain
  Les sirènes de Bagdad
  A quoi rêvent les loups
  Ce que le jour doit à la nuit
  La part du mort
  L’automne des chimères
  L'équation africaine
  Les anges meurent de nos blessures
  La dernière nuit du Raïs
  Dieu n'habite pas la Havane
  L'outrage fait à Sarah Ikker

Yasmina Khadra est le nom de plume (formé des deux prénoms de son épouse) de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul. Il est né en 1955 dans le Sahara algérien. Militaire jusqu'en 2000, ce n'est qu'en 2001, après sa démission de l'armée et à la sortie de son 14ème roman, qu'il se démasque comme étant un homme. C'est que ce 14ème roman, "L'écrivain", était d'inspiration autobiographique.

Les sirènes de Bagdad - Yasmina Khadra

Antagonisme
Note :

   Kafr Karam. Petite bourgade dans la province de Bagdad. Ici, pas de guerre. Elle semble avoir oublié ce petit bout de terre au milieu de nulle part. Mais pas de travail non plus. Alors on s’occupe. Que ce soit chez le barbier ou aux cafés, les discussions vont bon train. Depuis que les sbires de Saddam ont disparu, les langues se dénouent, se délient….Si pour les aînés, l’heure est au débat sur la situation précaire du pays, sur qui est responsable et de quoi, pour les jeunes c’est l’ennui qui rythme leurs journées. Certains profitent de ces moments de paix qu’ils savent fragiles, pour d’autres, cette lassitude, cette morosité va laisser place à l’agressivité, les tensions sont palpables, certains aimeraient bien en découdre avec le «GI»….
   
   Mais les forces américaines aussi sont sous tension, et tout Irakien devient un terroriste potentiel, les méprises ne sont pas rares. Comme cet accident malheureux dans lequel des militaires américains abattront de plusieurs balles un handicapé mental qui refusera de se soumettre à un ordre qu’il ne comprendra pas, ou ce mariage qui sera pris pour cible par un missile….
   
   L’erreur de trop viendra une nuit, lorsqu’une escouade de «GI» investira Kafr Karam. Ce jeune bédouin qui sera littéralement arraché de son lit, violemment pris à parti, parce-que soupçonné de cacher des armes, verra l’ensemble de sa famille se faire brutaliser, les enfants en pleurs, la nudité de ses sœurs, de ses propres parents… Cette nuit, l’honneur des siens, son honneur, est irrémédiablement taché et ne sera lavé que par le sang… Celui de ceux qui ont osé commettre cette injure…
   
   Dans ce dernier roman, Yasmina Khadra, nous entraîne dans cet énorme fossé qui sépare les uns et les autres. Dans ce dialogue de sourds qui oppose l’Orient à l’Occident, dans ce qui ne semblera jamais finir et qui existe depuis que l’histoire à une mémoire. Une guerre où s’opposent l’honneur et la déchéance, la foi et le profit…
   
   Toujours fidèle à son style, avec la même force dans l’écrit, on ne peut qu’apprécier (ou pas)… Mais on ne peut que reconnaître ce talent qui est le sien.
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critique par Patch




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Kafr Karam
Note :

   Kafr Karam est un village perdu sur la frange des étendues désertiques de l’Irak; trou du c… de l’Irak. L’atmosphère et la vie, indolente et comme figée, avant l’arrivée de la guerre et des Américains, nous sont parfaitement décrites par Yasmina Khadra qui excelle dans cette connaissance. Mais la réalité va rattraper Kafr Karam. La réalité c’est la guerre, c’est l’intrusion d’étrangers occidentaux – des Américains en l’occurrence – qui va tout bousculer au mépris des codes de vie locaux. Et quand la machine à tuer est lancée…
   
    «Si Bagdad avait survécu à l’embargo onusien juste pour narguer l’Occident et ses trafics d’influence, elle ne survivrait assurément pas à l’affront que lui infligeaient ses propres avortons.
   Et j’étais venu, à mon tour, y sécréter mon fiel. J’ignorais comment m’y prendre, cependant j’étais certain de lui porter un vilain coup. C’était ainsi depuis la nuit des temps. Les Bédouins, aussi démunis soient-ils, ne badinaient pas avec le sens de l’honneur. L’offense se devait d’être lavée dans le sang, seule lessive autorisée pour garder son amour-propre. J’étais le garçon unique de la famille. Mon père étant invalide, c’était à moi qu’échéait la tâche suprême de venger l’outrage subi, quitte à y laisser ma peau. La dignité ne se négocie pas. Si on venait à la perdre, les linceuls du monde entier ne suffiraient pas à nous voiler la face, et aucune tombe n’accueillerait notre charogne sans se fissurer.»

   
   Et donc, voilà notre gaillard en perte complète de repères parti pour Bagdad, capitale qui a déjà sombré dans la folie et l’irrationnel. Yasmina Khadra a un peu de mal, je trouve, à nous faire comprendre ce basculement de jeune adulte équilibré qui se livre progressivement aux forces déterminées à tuer à tout prix, à tuer tout. Il est plus à l’aise dans les épisodes qui amènent ce basculement, plus factuels et qui illustrent la maladresse, l’absence de psychologie des G.I. et des occidentaux en général probablement vis à vis de ces peuples orientaux. Il y est plus crédible aussi.
   
   Une chose est sûre néanmoins au sortir de ce livre; l’incompréhension, l’arrogance et l’impunité des soldats occidentaux a créé un fossé qui n’est pas prêt d’être résorbé!

critique par Tistou




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