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Enchantement de Orson Scott Card

Orson Scott Card
  Le cycle d'Ender
  Ender Wiggin, Premières rencontres
  Enchantement

Enchantement - Orson Scott Card

C’est la Baba Yaga!
Note :

   L’année dernière, au spectacle de fin d’année de mon fils, les classes de CM1 avaient préparé une chouette interprétation de cette chanson, « La Baba Yaga », et c’était vraiment quelque chose à voir, leurs mines horrifiées tout en exagération, ah, ils avaient grand peur de cette sorcière de l’Ouest. Et si c’était parce qu’ils savaient, tout au fond d’eux, que les contes recèlent de grandes parts de vérité que l’on occulte à l’âge adulte ?
   
   Car ici, elle est vraiment super méchante, Baba Yaga. Et monstrueusement puissante. C’est bien simple, même traverser onze siècles, prendre l’avion et en détourner carrément un, ça la fait doucement rigoler tellement c’est facile.
   
   Alors quand un jeune blanc-bec russe-américain juif et chrétien de vingt ans réveille la Belle au bois dormant dans les années 2000, elle se dit que c’est du gâteau, et qu’il ne va jamais faire le poids au neuvième siècle. C’est quand même pas de veine si justement il parle couramment la langue disparue de l’époque grâce à son père, brillant universitaire, et si sa mère est une sorcière cachée, une vraie de vraie…
   
   Mais avant de réaliser leur destin, nos tourtereaux auront quand même quelques sérieux problèmes d’adaptation à leurs univers respectifs, et le lecteur fera bien de prêter attention à tous les détails…
   
   C’est facilement mille pages qu’il aurait du faire ce roman-là, parce qu’on arrive beaucoup trop vite à la phrase finale, tellement on s’amuse, on est à fond dedans, c’est un pur bonheur à s’offrir sans aucune hésitation !
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critique par Cuné




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Enchanté, dit l’ours
Note :

   Ivan découvre un jour au cœur de la forêt ukrainienne une jeune fille endormie sur un autel. Terrifié par le lieu et la présence étrange qu’il recèle, il prend la fuite mais ne pourra jamais totalement oublier cette vision. Au point que des années plus tard, étudiant en anciennes langues slaves et en contes, il revient. Il revient et trouve bien la belle endormie. Mais il ne fait pas bon oublier que derrière les contes se cache toujours un brin de vérité. Car embrasser sa belle va le projeter mille ans en arrière dans un monde où la magie n’est pas un vain mot et ou ma sorcière Baba Yaga menace de sa mauvaiseté le petit royaume de Taïna. Contraint au mariage avec la princesse, errant dans un monde dont les codes lui sont inconnu, Ivan va devoir comprendre et se battre.
   
   Le moins qu’on puisse dire c’est qu’Orson Scott Card est un sacré conteur. Pourtant, le principe de départ n’est pas forcément très enthousiasmant : un jeune héros plutôt mignon embrasse la belle au bois dormant et se retrouve au 9e siècle. Certains en ont fait Les visiteurs, d’autres en font un exercice assez magistral.
   
   Orson Scott Card réutilise un certain nombre d’éléments de contes traditionnels juifs et slave avec une liberté qui rend le tout plutôt réjouissant. Outre la découverte d’un folklore que je connaissais un tout petit peu, j’ai aussi eu le plaisir de rire. La Belle au bois dormant se révèle être un princesse belle comme le jour certes, mais aussi courageuse, un brin acariâtre, assez solide pour faire les moissons comme tout le monde et chrétiennement prude. Le prince charmant débarque tout nu chez son futur beau-père, n’arrive pas à tenir une épée et se demande comment planquer les précieux manuscrits qui pourraient lui permettre de devenir un chercheur connu. Et je ne vous parle là que des personnages principaux ! Baba Yaga est moche et méchante mais très maligne et abominablement cinglée, son époux (sous contrainte) est le dieu de l’hiver lui-même et travaille à contrarier une épouse qu’il ne peut pas ne pas aimer, sortilège aidant. Quand au petit peuple, il cultive son blé, potine à tout va et tente de défendre son monde. Le tout a un effet assez comique. Mais en même temps, Card sait introduire le suspense à travers les enjeux des premiers pas d’Ivan dans ce monde, ses amours compliquées avec la princesse. C’est assez attendrissant ces deux grands enfants qui s’aiment mais qui n’arrivent pas à se le dire. En plus de tout ça, la réflexion de fond sur la rencontre des cultures, le regard que l’on porte sur un Autre dont les habitudes et les coutumes sont différentes est plutôt bien menée. Et le rappel du fait que les contes de fée, les traditions populaires et orales (retranscrites certes, mais orales au départ) ont toujours un fond de vérité ne peut que faire du bien.
   
    Du rire, de l’action, de la cervelle que demande le peuple !
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critique par Chiffonnette




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Loin des clichés
Note :

   Allez, le jeu de mot est facile, mais tant pis: ce livre est un véritable enchantement.
   
   Malgré les apparences, Card ne se contente pas de "repomper" le mythe de La Belle au bois dormant. Ce conte est un prétexte à une histoire originale, pleine de magie, d'humour (beaucoup d'humour!),et d'émotion. Card joue avec les figures traditionnelles des contes, les détournant habilement pour nous donner finalement un roman loin des clichés.
   
   Parachuté loin, très loin, de son époque, le pauvre Ivan a bien du mal a s'adapter, gagnant ainsi le mépris de la princesse : ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ? Que nenni ! Mariage, peut-être, mais pour sauver le royaume de la belle, peu désireuse de s'unir avec un gringalet quasiment nul au combat... Et quand Baba Yuga s'en mèle...
   
   Bref, un excellent roman qui m'a permis de passer un très très bon moment.
   
   Les premières lignes: "J'ai dix ans et m'avez toujours appelé Vanya. Dans mes dossiers scolaires, sur mes papiers d'identité, mon nom est Ivan Petrovitch Smetski; et vous me dites maintenant que je m'appelle en réalité Itzak Schlomo. Mais je suis quoi alors? Un agent secret juif ? "
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critique par Morwenna




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Baba Yaga ne vit pas tous les jours une existence de conte de fées
Note :

   Le prince dépose sur ses lèvres un doux baiser, la princesse s’éveille, libérée du sortilège, et ils n’ont plus qu’à couler ensemble des jours heureux…C’est bien ainsi que s’achève la Belle au Bois Dormant dans l’imaginaire populaire.
   Perrault, un peu plus malin, pressentait bien que ça ne pouvait pas être aussi simple: le Prince se révélait assez inquiet à l’idée de présenter sa Belle à ses parents (il faut dire que sa maman était une ogresse), à juste titre puisque sa femme manquait de peu de passer à la casserole et d’être servie à la sauce Robert.
   
   Orson Scott Card, lui, dans «Enchantement», remplace la belle-mère anthropophage par la sorcière par excellence des contes russes: Baba Yaga elle-même, si puissante qu’elle tient en son pouvoir un dieu de l’hiver, Ours, qui la déteste autant qu’il lui est soumis. Mais ce n’est pas tout: la belle princesse, endormie depuis des siècles dans une clairière et réveillée par un jeune universitaire sportif qui n’est pas vraiment son genre, n’est pas si facile à conquérir. Ivan l’a embrassée, mais pour gagner son cœur, il lui faudra accomplir bien des épreuves…
   
   La quatrième de couverture le disait, c’est vrai! Orson Scott Card est un excellent conteur, et «Enchantement» se lit avec beaucoup de plaisir. Parce que les personnages sont pleins de fantaisie, et même les méchants paraissent sympathiques tant Baba Yaga et Ours sont vivement croqués, malgré leurs nombreuses cruautés (nous découvrons Baba Yaga alors qu’elle est en train d’énucléer une victime). Du côté du couple vedette, nous nous repaissons des atermoiements amoureux des deux jeunes gens, du dégel progressif de leurs rapports (du mépris bien senti à la compréhension affectueuse) et du prévisible happy end de leur romance (tout de même!).
   
   Tout étudiant en histoire ou en langues anciennes a dû rêver de se trouver projeté dans l’univers qui occupe ses études, de l’arpenter de l’intérieur au lieu de se laisser guider par des textes et des points de vue; et bien sûr tout lecteur a fait l’expérience de l’identification à un héros de roman. Eh bien c’est ce qui arrive réellement à Ivan, le héros, un universitaire versé dans le vieux slave, entraîné magiquement dans la Russie du Moyen Âge (après le fameux baiser à la princesse endormie). C’est l’occasion, certes, de pratiquer cette langue trop tôt disparue et d’observer la société, ses coutumes, sa hiérarchie… mais aussi de mesurer la distance entre la civilisation du 20e siècle et cette petite tribu où le métier de scribe est réservé aux hommes inaptes au combat et où l’homme remarquable est celui qui manie le mieux les armes (autant dire, parfois, la brute la plus épaisse). L’initiation sera réciproque puisque la princesse découvrira à son tour (avec stupéfaction) le monde d’Ivan ; le roman est donc aussi un hymne souvent comique à la tolérance et une démonstration de la relativité des coutumes. On rit beaucoup des préjugés de chacun, on s’attendrit de leurs progrès, on prend conscience (au-delà de l’atmosphère fantastique) de la rudesse des conditions de vie de nos lointains ancêtres…
   
   Orson Scott Card a une délicieuse façon de redonner chair aux contes, aux fictions, en les lestant d'une bonne dose de réalisme (c'est ainsi que Baba Yaga détourne un avion - visualisez un avion sortant ses roues pour atterrir, et cet avion explique la maison à pattes qui est un attribut de la sorcière dans le folklore!).
   
   Le charme opère, donc, jusqu’à l’ultime combat opposant le peuple de la princesse à la terrible Baba Yaga!

critique par Rose




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