Lecture / Ecriture
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Le Cantique de Meméia de Heloneida Studart

Heloneida Studart
  Le Cantique de Meméia
  Les Huit Cahiers
  Le bourreau

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Cantique de Meméia - Heloneida Studart

Une sacrée famille
Note :

   Heloneida STUDART est une brésilienne que je considère comme une très grande femme de lettres et qu'on ne connaîtrait même pas en France sans les québécois des Allusifs, éditeur qui nous a aussi fait lire H.C.Moya.
   
    Ce bref roman de 176 pages, publié au Brésil en 1975, est une pure merveille.
   
    Une extraordinaire galerie de portraits et de petits riens révélateurs de la société brésilienne du Nordeste, puisque cette famille de grands propriétaires, les Carvalhais Medeiros, vit à Bahia. Trois générations de femmes cohabitent dans une immense villa entourée d'un jardin luxuriant. Le chef du clan c'est grand-mère Menina, la centenaire, dont le testament est attendu par ses filles Nini et Luciana.
   
   La grand-mère se voit comme la gardienne d'un temple de traditions et de vertus chrétiennes. Le récit envoûtant est conduit par Marina, l'une des deux filles de Luciana. Une fois veuve d'un pauvre facteur, Luciana est revenue vivre dans la villa familiale, avec ses filles et sa bonne, la bonne Meméia qui connaît d'autres traditions, celles des remèdes de bonne femme, celles des divinités du candomblé et celles des saints populaires.
   
    Mais la réalité dérape hier comme aujourd'hui. Hier, c'était Guiomar, la tante internée au couvent : «On la traîna jusqu'à l'oratoire où elle dut reconnaître, en présence de toutes les statues baroques de l'église, qu'elle s'était donnée à un amant, nuit après nuit, durant six mois…» Hier encore l'oncle Lucas, qui se disait «poursuivi par des sorcières [qui] avaient des seins et des visages de vieilles femmes, des pieds et des becs d'oiseau» qu'il exorcisait en confectionnant des centaines de cerfs-volants, après quoi il fallut l'interner dans un hôpital psychiatrique.
   
    Aujourd'hui c'est à cause de Pablo, le réfugié politique qui ne parle plus, recueilli par la foucade de la grand-mère, qui va par sa présence au grenier créer le trouble et causer la perte de la tante Nini avant d'être exfiltré vers une terre de liberté (la dictature militaire dura au Brésil de 1964 à 1985). Ce Pablo a été envoyé à la villa par João, le petit ami de Marina, celui-ci croupit en prison, et y dépérit malgré les sucreries bahianaises apportées par Marina, seule sensible à la misère environnante. Finalement seule héritière, Marina ne peut empêcher la mort de João en prison.
    «Le moineau est un oiseau bleu» disait-il, et c'était subversif.

critique par Mapero




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