Lecture / Ecriture
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Déneiger le ciel de André Bucher

André Bucher
  Déneiger le ciel
  Le cabaret des oiseaux
  Fée d'hiver
  La Vallée seule

Écrivain-paysan, André Bucher est né en 1946. Après avoir exercé mille métiers (bûcheron, docker, berger), il s’installe en 1975, dans la Drôme, où il vit toujours. Il est un des pionniers de l’agriculture bio en France.

Déneiger le ciel - André Bucher

Allons chercher le froid et la neige qui nous manquent
Note :

   C’est le matin du 23 Décembre 2004, David, soixante ans, vit seul dans sa petite maison isolée dans les montagnes au-dessus de Sisteron, depuis que sa femme est morte, en 1992.
   
   C’est lui qui déneige, d’habitude, pour toutes les communes environnantes, mais son tracteur est en panne cette année. Voici Antoine, la trentaine, son presque-fils, qui annonce son arrivée, mais en stop. Le soir venant, et Antoine n’étant toujours pas là, David décide de partir à pied à sa rencontre. Le temps de la nuit, et pendant 16 longs kilomètres dans le froid glacial et l’immensité blanche, il va se porter au secours de différentes personnes et animaux, sans oublier ses propres fantômes…
   
   C’est un roman tout délicat, dans lequel on s’enfonce profondément et dont on savoure la simplicité, en appréciant au passage le joli langage. Pas d’action ni de grandes théories, juste un homme en accord avec lui-même, qui avance et qui n’est pas fermé aux autres.
   
   Il donne envie de bons gros gâteaux rustiques, avec des noix et du miel, de ragoûts qui mijotent des heures sur un coin de fourneau, de prendre des nouvelles autour de soi de ceux qui vivent seuls, sans céder un instant à la guimauve ou aux bons sentiments galvaudés.
   
   C’est avec beaucoup de poésie et dans une nature superbement décrite que l’on évolue, et ça fait du bien !
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critique par Cuné




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160 belles pages !
Note :

    "David en général, regrettait que la poésie et la magie n'interfèrent pas davantage dans nos actes. Il aimait regarder et lire. Pour lui, la poésie, c'étaient le feu et la lumière intensifiés sur les sentiments, les faits ordinaires. Un éclat particulier les transformait en biens rares et précieux. Il pensait souvent que malgré cette époque de jeunisme un peu pathétique, toute cette avidité, ce besoin effréné de célébrité ou de reconnaissance, il était encore possible d'accomplir de belles choses à l'écart est dans le silence, sans toutefois en tirer gloire."
   

   A la lecture de ces quelques lignes, je me suis tout de suite sentie en phase avec David et j’ai eu ce sentiment instinctif que ce livre ne pourrait que me plaire.
   
   Nous sommes à la veille du 24 décembre, David qui s’occupe de déneiger les routes des petites communes en montagne ne pourra pas s’acquitter de sa tâche à cause d’un problème de tracteur A soixante ans, veuf depuis quelques années, il a toujours connu la montagne et c’est lui qui débloque les routes enneigées et permet aux habitants de différents hameaux de ne pas vivre isolés. Sauf qu’Antoine (qui est comme un fils pour lui) le prévient à la dernière minute de son arrivée. Il vient en stop et finira la route à pied. Mais à la nuit tombée, Antoine n’est toujours pas arrivé alors David s’emmitoufle et part à sa rencontre malgré le froid. Ces paysages, ces champs qu’il connait comme sa poche, couverts de neige et dans la nuit, le conduisent à l’introspection, à penser à ceux qui ont compté ou comptent pour lui, mais réveillent également des blessures. Tout au long des kilomètres qu’il va parcourir, il va aider hommes et bêtes.
   
   Un roman où la nature est un personnage à part entière avec une écriture sans fioritures mais poétique, une très belle simplicité qui permet de faire ressortir avec beaucoup de délicatesse les émotions. Un livre dans lequel on se sent bien, qui apporte de l’apaisement, du réconfort également. Impossible de ne pas penser à Marie-Hélène Lafon car on ressent chez André Bucher ce même amour de la terre, ce même respect pour les hommes et les femmes qui en vivent. Et les descriptions de ce pays montagneux m'ont remis en mémoire "Les adolescents troglodytes" d’Emmanuelle Pagano.
   
   "Cheminer dans l'obscurité se révélait toujours délicat, au début. Un peu inquiétant. Il fallait assimiler cette noirceur en tant que propriété physique, le temps que la rétine s'habituât. Après quelques minutes on s'adaptait et on parvenait à se mouvoir parmi cette tache aveugle, comme si l'on suivait un départ de piste dans un labyrinthe, qui s'ouvrait subitement."

critique par Clara et les mots




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