Lecture / Ecriture
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Le chat dans le cercueil de Mariko Koike

Mariko Koike
  Le chat dans le cercueil

Mariko Koike est une auteure japonaise de romans policiers ou à suspense. Elle est née en 1952.

Le chat dans le cercueil - Mariko Koike

Ne touchez pas au chat!
Note :

   L'atmosphère est celle des lointains souvenirs, celle des clichés aux couleurs passées que l'on feuillette dans un album. Une grande maison, une petite fille, un champ de blé que l'on aimerait peindre inlassablement, une jeune fille artiste en devenir, un homme, jeune, beau, artiste et professeur d'université, subjugué par la culture américaine, une jeune femme, sculpturale et d'une beauté époustouflante, une chatte blanche, aérienne et d'une douceur de velours; le lecteur sait que tout n'est que façade, que ce tableau sera terni par le malheur.
   
   Hariu est engagée comme professeur particulier par Gôro, artiste et professeur d'université, pour tenir compagnie à sa petite fille Momoko. Cette dernière est réservée, secrète, solitaire depuis la disparition de sa mère. Son unique amie et confidente: Lala, une adorable chatte blanche, sociable, belle, qui la suit partout et passe son temps à jouer avec elle. Une complicité, une symbiose, qui parfois peut irriter le lecteur car un peu contre nature (mais pour un féru des félins, cela ne pose pas problème). En effet, la fusion entre la fillette et la chatte est telle que la première considère la seconde comme le substitut maternel et que la seconde câline et rassure, telle une mère, la première. Leur relation est observée par Hariu, oeil extérieur mais oeil désireux d'entrer dans ce cercle intime et rassurant. Momoko ne laisse rien transparaître de ses sentiments, des ses états d'âme sur son visage, lisse miroir pur. Les émotions se devinent derrière les mots, derrière les gestes, sous certains soupirs doucement exhalés.
   
   Par une nuit d'orage, Hairu entend Momoko sangloter sa peur et la perte de sa mère. Hairu aurait pu ignorer les pleurs et rater cette infime ouverture du monde intime de Momokochan (j'aime cette particule affectueuse «diminutif» japonaise). Elle entre dans la chambre et va partager la tendresse maternelle de Lala et comprendre son importance dans la vie et le bonheur de Momoko. Plus rien ne sera pareil pour Hairu: elle partage les jeux et les promenades dans le champ de blé, tableau zen derrière la maison, elle découvrira l'existence d'un puits oublié, ombre muette égarée dans la blondeur champêtre.
   
   La vie coule, douce, sous la couleur sépia des souvenirs. Mais, parce qu'il y a toujours un mais, l'harmonie fragile va se fendiller avant de sombrer dans le chaos. Chinatsu, sublime jeune femme, apparaît dans la vie de Gôro puis dans celle de Momoko et Hairu. Chinatsu qui fait tout pour plaire voire complaire à Momoko. Chinatsu qui offre à tout instant un visage lisse, transparent où les émotions les plus infimes sont ensevelies. Mais Momoko reste hermétique aux tentatives de rapprochement, aux efforts pathétiques car sonnant toujours faux de Chinatsu. Elle qui conquiert sans cesse les coeurs, se heurte à une muraille imprenable. Une silhouette blanche et délicate éloigne les désirs de Chinatsu: elle ne parvient pas à aimer Lala qui le lui rend bien par son indifférence d'abord puis sa violence ensuite (la scène du coup de griffe est d'une délicate beauté sauvage...à la japonaise). Dès lors, Lala devient un sérieux obstacle pour l'acceptation par Momoko de la présence définitive (un mariage est en projet) de Chinatsu: Momoko n'a-t-elle pas lancé à cette dernière que Lala était sa mère et donc qu'elle n'avait pas besoin d'une autre... Lala, écharpe de fourrure blanche qui danse dans les blés, telle un lutin facétieux.
   
   Le lecteur s'interroge quant à l'approche du chaos pressenti depuis le début, une légère impatience le gagne, mais il se rappelle très vite que l'écriture japonaise aime l'attente, la montée en crescendo de l'angoisse et de la peur.
   
   Un roman noir d'autant plus oppressant que l'angoisse monte au fil du récit. Une question s'impose à l'issu de la lecture: doit-on tout cacher aux enfants, notamment ce qui les touche au plus profond d'eux-mêmes? Il est des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire, mais il en est d'autres qu'il ne faut surtout pas céler sous peine de déclencher le pire des chaos.
   
   Le rôle du chat dans tout cela? Une allégorie de la mort, de ce qui n'est plus, de la perte (de l'innocence, de l'enfance..)? La couleur du deuil, au Japon comme en Chine, est le blanc, Lala est blanche et ondule telle une étole endeuillée... Le chat occupe une place importante dans l'imaginaire nippon: chaque maison japonaise possède son chat porte-bonheur ou Maneki Neko. Aussi, Lala, chatte blanche, ne peut-elle être porteuse de bonheur mais le grain de sable tragique. Lala, victime et clé inattendue de ce roman noir.
   
   A lire si on aime et les romans à suspense et les chats!
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critique par Chatperlipopette




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La maman de Momoko
Note :

    Koike Mariko évoque excellemment les chats. Voici donc un chat très sale qui apparaît dans un jardin sous les tourbillons des fleurs de cerisier. Une servante lui donne du lait, puis du jambon et des sardines. Lavé, il se révèle d’un blanc immaculé et bouleverse la maîtresse de maison: il semble la résurrection de la chatte Lala, la confidente de la petite Momoko dont elle était le professeur particulier des années auparavant…
   
   Soit donc un drame à 5 personnages: Hariu, la jeune fille au pair aux rêveries enflammées et naïves; Momoko l’enfant mystérieuse; son père veuf, séduisant et volage; Chinatsu, la belle jeune femme qu’il veut épouser en secondes noces, à condition que Momoko l’apprécie… et Lala, la chatte blanche que la petite fille prend pour sa mère.
   
   "Le Chat dans le cercueil" se présente comme un roman policier; il s’agit plus exactement d’un suspense psychologique (on sent qu’un drame se prépare), mêlé à un soupçon de fantastique. La chatte et son «enfant» semblent des forces de la nature en communication mystérieuse, et la narratrice, attirée au sein de la «famille» que s’est donnée Momoko, ne sera que le jouet d’un destin qui la dépasse.
   
   Les personnages évoluent dans un milieu artistique et occidentalisé qui m’a rappelé les romans «japonais» de Kazuo Ishiguro. On est juste après la deuxième guerre et les enfants s’émancipent de la tutelle des pères, ces vieilles badernes qui ont frayé avec le régime et deviennent encombrants. La jeune Hariu est par ailleurs l’élève du père de Momoko, peintre de son état. Toute une faune de starlettes se pressent aux garden-parties du dandy, et il est fasciné par le mode de vie américain, rompant avec les coutumes japonaises, rupture que le roman se chargera de nous expliquer.
   
   Le roman est habilement construit et se lit sans déplaisir; comme tous les romans à intrigue il me laisse même l’impression d’un engrenage presque trop bien huilé. Ce que j’ai apprécié c’est surtout cette atmosphère de conte noir, avec, dans le rôle du chat botté serviable et maléfique, une chatte blanche, maternelle et inquiétante.
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critique par Rose




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Confusion des sentiments
Note :

   Polar japonais. Années 90.
   
   
   Juste après la seconde guerre mondiale, Hariu, fille d’une modeste fleuriste de province qui rêve de devenir peintre, trouve à se faire embaucher à Tokyo, comme employée de maison par un artiste qu’elle admire, Gôro, qui promet de l’initier à son art.
   
    Gôro est un jeune veuf séduisant, Hariu se met à rêver à des lendemains qui chanteraient. En même temps, elle cherche à conquérir la petite fille du maître, une enfant de huit ans, solitaire et secrète qui, outre son père, ne se plaît qu’en compagnie de Lala sa chatte blanche à qui elle voue une passion véritable.
   
   Le maître lui paraît déconcertant ; Hariu se lie à Momoko et à sa chatte.
   
   Elle se considère comme assez heureuse, lorsque survient Shinatsu, jolie femme que fréquente Gôro…
   
   La blancheur immaculée de la robe féline dissimule bien de la noirceur.
   
   Quelques heures de plaisir assuré pour un roman psychologique noir bien construit et qui apporte un retournement de situation final, une chute intéressante.
   
   L’auteur a construit sur le thème rebattu de la vengeance, une histoire simple et captivante qui tient en haleine.
   
   On admet finalement que Momoko n’avait pas surmonté l’abandon de sa mère (surtout qu’il lui fut dissimulé).
   Son comportement renfermé et son adoration pour sa chatte, cachent une sorte de schizophrénie qu’elle fait partager à Hariu, elle-même assez confuse. L’attitude de Shinatsu, personnage très ambigu révèle autant d’animosité que de maladresse à l’égard de l’enfant et précipite le drame.

critique par Jehanne




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