Lecture / Ecriture
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Une prière pour Owen de John Irving

John Irving
  Liberté pour les ours !
  L'épopée du buveur d’eau
  Un mariage poids moyen
  Le monde selon Garp
  Hôtel New Hampshire
  L'oeuvre de Dieu, la part du Diable
  Une prière pour Owen
  Les rêves des autres
  Un enfant de la balle
  La petite amie imaginaire
  Une veuve de papier
  La quatrième main
  Mon cinéma
  Je te retrouverai
  Dernière nuit à Twisted River
  A moi seul bien des personnages
  Avenue des mystères

AUTEUR DES MOIS D'AOUT & SEPTEMBRE 2007

John Irving est né en 1942 dans le New Hampshire. C’est un enfant naturel à qui sa mère a refusé de parler de son père. Toute son œuvre porte la trace de ce traumatisme. Pourtant, il adora son beau-père qui l’adopta, dont il prit le nom et qui le traita toujours comme son fils.


Après des études assez médiocres, il devint pourtant professeur lui-même, activité qu’il cessa dès que le succès du « Monde selon Garp » le lui permit.

John Irving a toujours été passionné de lutte, sport qu’il a ardemment pratiqué et enseigné.

Depuis les années 80, Irving est un auteur à succès qui vit de son œuvre, qui a été adaptée au cinéma, généralement avec sa participation.

Actuellement, il vit dans le Vermont, à Toronto et à New York.

PS : John Irving semble ne guère priser les Français. Cela transparaît dans certains de ses romans. C’est pure ingratitude de sa part car nous, on l’aime bien. ;-)

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une prière pour Owen - John Irving

Un grand roman américain
Note :

   Nous sommes à l'été 1987. Le soutien accordé aux contras nicaraguayens par le gouvernement Reagan, en toute illégalité et en violation complète des décisions du Congrès, fait la une des journaux, tant au Canada qu'aux Etats-Unis. Et John Wheelwright, professeur de Lettres dans une école privée de Toronto mais américain de naissance, n'est pas en manque de motifs frais pour critiquer la politique étrangère de son pays natal, au grand agacement de ses amis et collègues canadiens.
   
   Mais à vrai dire, l'affaire de l'aide apportée par le gouvernement Reagan aux contras ne fait que fournir à John Wheelwright un prétexte pour laisser libre cours à une colère bien plus ancienne, la colère qui lui est restée de la guerre du Vietnam, de sa jeunesse dans le New Hampshire et de la perte de son meilleur ami, Owen Meany. Un personnage vraiment extraordinaire que cet Owen Meany. Un de ces personnages aux traits exagérés que l'on s'attendrait par exemple à croiser entre les pages d'un roman de Dickens. Un de ces personnages auxquels, en dépit même de sa très petite taille (dépassant à peine le mètre cinquante) et de sa voix restée perpétuellement bloquée en un cri d'enfant, s'applique si bien l'expression anglaise: "bigger than life". Un personnage tout aussi extraordinaire que l'influence qu'il exerça sur la vie de ses proches et en particulier sur celle de John.
   
   "Une prière pour Owen" présente en alternance le récit des années de jeunesse de John Wheelwright au côté d'Owen - récit riche en rebondissements en tous genres, mais dont je préfère ne pas trop parler afin de vous laisser le plaisir de la découverte -, et celui de la vie de John à Toronto aujourd'hui (enfin, comprenez en 1987) qui offre un commentaire en profondeur du premier et une réflexion concernant les questions, surtout politiques et religieuses, qui s'y voient posées.
    A cet égard, "Une prière pour Owen" m'apparaît comme un roman fondamentalement américain. Pas du tout parce qu'il est d'un accès difficile aux lecteurs européens: que du contraire, John Irving a réussi à fournir à ses lecteurs toutes les informations nécessaires pour entrer dans son univers et cela sans même avoir l'air d'y toucher. Mais parce qu'une telle histoire serait totalement inimaginable ailleurs qu'aux Etats-Unis (et c'est que même en plaçant le cadre de ce livre aux Etats-Unis, il fallait déjà une sacrée dose d'imagination!). Et parce que ce roman traite de questions qui sont encore d'une actualité brûlante dans l'Amérique d'aujourd'hui, telles que la pratique religieuse selon une foultitude d'églises de sensibilités très différentes, ou encore le problème d'une politique étrangère "va-t-en guerre".
   
   Mais si "Une prière pour Owen" est au fond un livre très sérieux, grave et par moment tragique, c'est aussi un grand roman satirique - genre littéraire pour lequel John Wheelwright ne cache pas sa prédilection au fil des cours qu'il dispense à ses jeunes étudiantes torontoniennes - où l'humour et l'ironie sont omniprésents. L'écriture de John Irving est prodigieuse d'inventivité. Il se passe sans arrêt quelque chose de nouveau ou d'inattendu. C'est parfois très drôle, et c'est toujours très agréable à lire même lorsqu'on est tout près de tomber dans le cabotinage (auquel je suis personnellement et très subjectivement fort peu sensible...).
   
   Ma précédente tentative pour approcher l'oeuvre de John Irving m'avait laissée, et c'est le moins que je puisse dire, très réservée. Mais il n'est plus question de réserves avec "Une prière pour Owen": voilà un grand roman, et un livre incontournable des Lettres américaines contemporaines.
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critique par Fée Carabine




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Un petit héros
Note :

    Peu d’écrivains ont le courage de placer au centre de leur roman le thème de la spiritualité. Irving le fait et s’en tire indemne. Il réussit même à infuser la possibilité du divin. Son personnage de nain difforme à la voix éraillée (illustrée en majuscule dans le texte) aurait pu être exploité comme une attraction de foire afin de susciter la compassion. Ce n’est pas le cas. Owen Meany est une forte personnalité, capable de commander le respect.
   
   Par la narration de Johnny Wheelright, - dont la mère est tuée par une balle de baseball lancée par Owen – on plonge dans l’enfance, l’adolescence et la vie adulte des deux amis inséparables évoluant dans une communauté cossue du New Hampshire. Que ce soit dans un décor de petite école, ou sur fond de guerre du Viet-Nam, c’est Owen qui prend toute la place alors que Johnny croupit dans son engourdissement avant de devenir un éventuel déserteur au Canada.
   
   Malgré sa condition, il livre un témoignage lucide du passage de son ami sur la planète.
   Car dès le départ, on sait que ce dernier disparaîtra. Owen Meany a vu en rêve sa pierre tombale. Il connaît le moment précis de sa mort sans savoir la manière. Tout n’est que préparation pour cet événement qui s’avérera, évidemment, hors de l’ordinaire.
   
   C’est avec beaucoup de plaisir que j’avançais dans cet univers foisonnant composé de vignettes introduisant petits et grands mystères, ultimement résolus dans les chapitres subséquents. De même pour la découverte des dadas de l’auteur : personnages excentriques, scènes cocasses et obsessions bizarres, par exemple pour les membres absents/perdus. Pourrez-vous remarquer tous les endroits où cela se manifeste ? Le mannequin de couture sans bras, la tante à la jambe amputée, la statue etc.
   
   Bien sûr, certains auront de la difficulté avec l’envergure de la saga intimiste, la périlleuse hésitation sur la frontière séparant le mélo du tragi-comique, la naïveté de l’analyse politique et surtout le discours chrétien déclamé comme un évangile. Il faut aller au-delà de l’enrobage. On y découvre une démonstration magistrale prouvant que tout dans notre monde est inter-relié. Une leçon presque métaphysique ! Mais il n’est pas nécessaire d’aiguiser nos capacités d’analyse pour ce qui est, tout simplement, une histoire drôle, bouleversante et inoubliable.
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critique par Benjamin Aaro




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Owen the saint ♪♫
Note :

   Comme pour «le monde selon Garp», du même auteur, je suis en admiration devant le plaisir que prend cet auteur à raconter. Qu’est-ce qui fait que j’ai accroché sur cette histoire qui a tout pour être repoussante, à mes yeux, au départ? Y’a du religieux, y’a du politique, y’a du personnage farfelu presque inimaginable, y’a du chapitre qui s’étire, qui semble divaguer… Enfin bref un ensemble d’éléments qui pourrait repousser.
   
   Tout est dans le style. Pas de chichis, pas de grande phrase, pas de pathos. De l’originalité, de la folie joyeuse, de l’intimité réaliste et maitrisée.
   
   John nous raconte de longues années après la mort d’Owen la si particulière amitié qu’ils nouaient. Passant du présent du narrateur, professeur de littérature au Canada, au passé de leur amitié, John narre soigneusement l’univers de cette amitié. Les familles respectives, les églises et les traditions auxquelles participaient les deux amis, l’école puis le collège puis l’université.
   
   Le sujet principal reste Owen. Il a tué involontairement la mère de John, d’une balle frappée lors d’un match minime de baseball. De très petite taille, s’exprimant avec une voix agaçante voire insupportable (retranscrite en majuscule dans le livre), Owen fait preuve d’une personnalité remarquable. Il est bien plus intelligent et cultivé que la moyenne. Ceci lui valant une aura, un charisme auprès de ses camarades mais aussi de ses professeurs. Il réussit malgré ses handicaps apparents à se faire respecter et aimer. Son indépendance d’esprit le rend plus qu’attachant.
   Et pourtant, il se dit «instrument de Dieu» dès l’âge de 11 ans. Et pourtant, il veut s’engager dans l’armée pour la guerre du Vietnam. Et pourtant, il critique acerbement toute une réalité insupportable (la télé, la politique…). Il suit sa voie, sa voix, une voie qu’il semble avoir choisie sans l’avoir véritablement choisie…
   « Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques, fait déborder la coupe du souvenir; on comprend qu’on l’a perdue pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante.» P 161

   
   Dans cette histoire, j’ai été pris par le suspense des évènements, j’ai été surpris par la crédibilité du personnage d’Owen mais aussi celui d’Hester ou encore celui de Dan. Le choix minimaliste des titres de chapitre est chouette: "la Voix", "le rêve", "le doigt", "le tir"… Ils participent de la maitrise formelle du livre. Un très bon livre.
   ↓

critique par OB1




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Tiercé gagnant
Note :

   Après "L’œuvre de Dieu, la part du Diable", ayant pris goût à Irving, j'ai lu "Une prière pour Owen". J'ai pris une seconde claque avec ce livre. Qui me hante encore.
   
   J’ai été émerveillée et touchée par ce foisonnant roman et ce personnage extraordinaire, Owen Meany, étrange lutin au charisme indéniable. Owen et sa drôle de voix restera longtemps dans ma mémoire, comme est toujours présent Homer Wells*. Quel autre auteur qu’Irving peut bâtir une histoire, une destinée en fait, sur une robe rouge habillant un mannequin, une balle de base-ball, et des entraînements de basket?
   
   Comment la statue d’une Vierge Marie, le rôle d’un spectre dans une pièce de Noël et la reconstitution d’une crèche vivante vont-ils pouvoir influencer la vie de deux amis, Owen et le narrateur, John Wheelwright?
   
   On peut considérer "Une prière pour Owen" est à la fois l’une des plus belles histoires d’amitié, le roman de la foi, ou encore une diatribe contre le gouvernement américain.
   
   Burlesque et dramatique, ce roman nous permet de faire connaissance avec une galerie de personnages hauts en couleurs, comme toujours, des hommes et des femmes admirables ou grotesques, originaux ou lamentablement médiocres, de la grand-mère Wheelwright, délicieusement tyrannique et sa cohorte de domestiques, en passant par les parents d’Owen, plus que bizarres, les brutaux cousins de John, le proviseur imbuvable à qui Owen rendra la vie infernale (ah, la scène de la voiture montée dans une salle de classe…), la cousine Esther, amoureuse d’Owen et future star du rock. Dès les premières pages, Irving donne le ton, et nous livre, mine de rien, la clé du destin d’Owen que l’on s’efforcera de déchiffrer tout au long du roman en redoutant naturellement les dernières pages qui infligent fatalement un choc au pauvre lecteur.
   
   Plusieurs inconditionnels de cet écrivain m'ont affirmé que ces trois titres** étaient les meilleurs. Maintenant, je me sens prête pour un quatrième Irving. Je n’ai pas encore choisi. Je me souviens, adolescente, d’avoir vu des adaptations d’Irving, qui m’avaient paru étranges, et que je n’ai pas aimées. "L’épopée du buveur d’eau" et "l’Hôtel du New Hampshire". Peut-être des romans à tenter aujourd’hui… Je verrai bien si la magie opère toujours.
   
   
   * "L’œuvre de Dieu, la part du Diable"
   ** "L’œuvre de Dieu, la part du Diable", "Le monde selon Garp" et "Une prière pour Owen"

critique par Folfaerie




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