Lecture / Ecriture
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Angle d’équilibre de Wallace Stegner

Wallace Stegner
  Angle d’équilibre
  Vue cavalière
  La vie obstinée
  Le goût sucré des pommes sauvages
  La montagne en sucre
  En lieu sûr
  Lettres pour le monde sauvage
  L’Envers du temps

Wallace Earle Stegner est un écrivain et historien américain écologiste né en 1909 et décédé en 1993. Il a été surnommé "le Doyen des Ecrivains de l'Ouest".

Angle d’équilibre - Wallace Stegner

Le saccage de la roseraie
Note :

   Prix Pulitzer 1971 pour ce roman de Wallace Stegner.
   
   Lyman Ward, historien, 58 ans, handicapé et plein d’amertume, retrace en 1970 la vie de ses grands-parents paternels. Oliver Ward et Susan Burling étaient on ne peut plus différents; ils se sont pourtant aimés, et ont à leur façon participé à la conquête de l’Ouest américain.
   
   Susan était une artiste, illustratrice, écrivaine, quaker gentiment snob et victorienne jusqu’au bout des ongles. Oliver était un scientifique, sérieux, mutique, intelligent mais non brillant, fiable à 200 % et très démuni face aux relations humaines.
   
   La naissance de leur amour m’a fait rêver : Alors qu’elle est à plat-ventre sur un précipice pour contempler une chute d’eau, il lui tient les chevilles pour l’assurer; quand elle se relève, elle est amoureuse.
   
   Elle le suivra dans des endroits impossibles, bravera la misère, la honte, le malheur, perdra ses amis, son côté frivole, aura honte de lui et honte d’avoir honte, mais jamais ne cessera de l’aimer.
   
   Lui, pourtant, ne saura pardonner sa seule et terrible erreur : ils finiront leur vie ensemble, mais étrangers.
   
   En une économie de mots juste parfaite, Wallace Stegner nous déroule toute la complexité de la nature humaine, qui ne change jamais, quelle que soit son époque.
   
   On trouve dans ce roman une profonde réflexion sur l’amour, sur toutes les formes d’amour, et le point de vue du petit-fils historien nous serre souvent la gorge.
   
   On trouve aussi différents styles de narration, entre les lettres de Susan et le quotidien des années 1970.
   
   On trouve encore une belle interrogation sur la magnanimité, notion plus ardue qu’il n’y parait.
   
   Enfin un dénouement mystérieux, aux deux époques, de petits pièges dans lesquels on tombe à pieds joints, pour se frapper après devant tant de naïveté.
   
   Dans la droite lignée d’Autant en emporte le vent, avec la même puissance romanesque, le même souffle intemporel et la capacité de nous soustraire au monde réel.
    ↓

critique par Cuné




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L'ouest sauvage
Note :

   Un vieil universitaire, Lyman Ward, professeur d'histoire à la retraite, unijambiste, ronchon et condamné au fauteuil roulant, se plonge dans le passé de pionnier de ses grands-parents. Il épluche, classe, met en mots, recopie les lettres que sa grand-mère adressait à ses amis Thomas et Augusta Hudson, patriciens newyorkais restés dans l'Est.
   
   Oliver Ward est un jeune ingénieur inventif et aventurier qui se lance à corps perdu dans la construction de l'Ouest américain encore sauvage. Il participe à la construction, à la consolidation de mines aurifères ou d'argent, perdues aux frontières montagneuses du monde civilisé: dans le Colorado, le souvenir de Custer face aux Indiens est encore vivace et frais, les hommes sont frustres, peu éduqués, paillards, sans foi ni loi. La dure loi de l'Ouest sauvage règne, les appétits des investisseurs insatiables, l'apport de la civilisation héroïque.
   
   Susan Burling Ward, jeune fille de l'Est des années 1860 éduquée par la littérature et les bonnes manières d'une société américaine encore très victorienne (on se croirait parfois au coeur de Londres bien que l'on soit à New York!) et étudiante aux Beaux Arts, suit son époux dans ces contrées encore brutes et sauvages. Elle rêve d'un avenir radieux de réussite et de reconnaissance professionnelle pour son Oliver, hélas toujours en avance sur son temps. En effet, la vie rêvée de succès et d'établissement stable et durable fait long feu: Susan suit la vie errante de son ingénieur de mari, ses angoisses, ses échecs, ses éternels recommencements dans des territoires toujours en devenir. Cependant, en femme déterminée et talentueuse, elle profite de ses pérégrinations de pionnière pour croquer cet Ouest en construction, pour rédiger une correspondance abondante, détaillée et émaillée des menus comme des grands faits de son quotidien.
   Elle est la reporter privilégiée de ce monde neuf qui se bâtit à la sueur des hommes et des femmes qui ont tout laissé derrière eux. Elle envoie dessins, croquis et textes à diverses revues de l'Est et sans doute offre ainsi à ceux qui demeurent au coeur de la civilisation des frissons d'aventure!
   
   Le lecteur part à la découverte des bâtisseurs de civilisation, de villes, d'états, d'infrastructures. Il suit, sous la plume épistolaire de Susan et l'oeil fasciné de Stegner, la progression du chemin de fer, la conquête des cols des Rocheuses à la sueur et la mort des animaux de bâts qui crèvent de fièvres et de froid: les chevaux, les ânes et les mules sont les véhicules précieux annonçant la venue du cheval de fer, les chevaux, le chapeau et les pistolets sont les accessoires vitaux de ces pionniers frustres, vivant à la dure et violents.
   
   Stegner, par les yeux et les mots de Susan, peint l'avidité brutale des humains assoiffés de gloire et de richesses: rien ne les fait reculer, pas même la tromperie ni le meurtre, pour accaparer les concessions! Le mythe américain de tous les possibles est à nouveau sur les rails. A travers le regard de son héroïne, si victorienne si Est des Etats-Unis, il nous parle de ces rêves qui font avancer et vivre certains bien que le monde tente, sans relâche, de leur mettre les bâtons dans les roues pour qu'ils ne réalisent pas: Oliver est l'icône de l'idéaliste qui ne pense en aucun cas à son enrichissement mais toujours à l'avancée du progrès et de la civilisation (pour transformer, grâce à la construction d'un canal, un désert en champs fertiles).
   
    On se demande comment fait Oliver pour survivre à la lente destruction de ses rêves alors que le monde neuf et sauvage n'est que merveilles et richesses! Sans doute Oliver est-il un homme qui ne pense qu'au bien-être d'autrui et à celui de l'Humanité? C'est à dire, un homme qui ne fera jamais fortune sonnante et trébuchante et qui sera, aux yeux des pionniers, assoiffés de gloire et d'or, figure de «raté» alors que ce qui l'intéresse est la richesse intérieure que procure la satisfaction d'un travail bien fait avec honnêteté! Un extra-terrestre en quelque sorte!
   
   Wallace Stegner fait partie des écrivains de l'école du Montana et est considéré par Jim Harisson et Thomas Mcguane comme «leur initiateur à une certaine vision du monde».
   
   Il a reçu le prix Pulitzer pour «Angle d'équilibre» en 1972 et quelques uns de ses romans sont publiés en français:
   «Angle d'équilibre» «La vie obstinée» «Vue cavalière» et «L'Amérique redécouverte» (recueil de textes de Wallace et de photographies d'Eliot Porter).
   
   Un écrivain à découvrir avec enchantement et une lecture jubilatoire de bout en bout! Je ne peux que vous recommander chaudement de tenter l'aventure littéraire Stegner.

critique par Chatperlipopette




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