Lecture / Ecriture
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Quatre saisons à Mohawk de Richard Russo

Richard Russo
  Un rôle qui me convient
  Le déclin de l'empire Whiting
  Le phare de Monhegan et autres nouvelles
  Quatre saisons à Mohawk
  Le pont des soupirs
  Un homme presque parfait
  Les sortilèges du cap cod
  Ailleurs
  A malin, malin et demi

Richard Russo est un écrivain américain né en 1949. Il a obtenu le prix Pulitzer en 2002 pour "Le Déclin de l'empire Whiting".

Quatre saisons à Mohawk - Richard Russo

Des heures de bonheur
Note :

   Il s’agit en fait du second roman de Richard Russo, écrit en 1988, et seulement traduit récemment en France. De fait, on se retrouve immédiatement en terrain familier, dans cette petite ville imaginaire de Mohawk.
   Quand Ned Hall nait en 1947, son père revient juste de la guerre après avoir débarqué en Normandie, et a l’impression que la grossesse a duré à peine une semaine. Ce qu’il veut, lui, et de façon permanente et durable, c’est boire, courir les filles et jouer aux courses. Sa femme, constatant qu’il ne se calmera pas, s’en sépare et élève seule le petit Ned.
   
   Seulement quand elle traverse une grave dépression et doit être hospitalisée, Sam Hall héritera d’un fils de 10 ans qu’il a vu une fois.
   
   Mais à Mohawk Sam est une figure, et à sa traîne le P’tit Sam va se coltiner la vie selon l’angle de vue très middle-class mais néanmoins hautement réjouissant d’un gamin de l’Amérique des années 60 …
   
   Encore une fois c’est savoureux du début à la fin, Sam est un Sully aussi tête de cochon que charmeur, Ned un mignon petit mou, et on ne peut qu’aimer la galerie de personnages qui leur gravitent autour. Que l’on aille à la pêche aux poissons ou aux balles de golf perdues, que l’on chaparde dans les magasins ou qu’on rencontre le premier Marxiste par instinct, à aucun moment on ne lit, en fait, on est partie prenante de l’aventure, et on a complètement oublié ces histoires de morale, de il faudrait ou ne faudrait pas.
   
   A noter qu’on ne prend pas encore de leçons de conduite ici, par contre on a déjà notre personnage qui collectionne les insolites, les coquilles et bizarreries.
   Enfin depuis quelques jours je réponds à toute question par «Eh ben ?», et me demande bien quelle est l’expression exacte traduite ainsi. «so what ?» Si quelqu’un a le livre en VO, j’aimerais vraiment savoir !
   « J’ai opiné. Splendide journée en effet.
   Le premier jour du reste de nos vies, a poursuivi Mme Ward, en s’asseyant sur la troisième chaise. J’ai entendu ça quelque part et ça m’est resté dans la tête. Voilà comment il faut regarder les choses, surtout les vieilles.
   - Absolument, ai-je dit.
   - Tu vois ? a dit Mme Ward à sa fille. Il n’y a que toi pour jouer les rabat-joie.
   - Je ne rabats rien du tout, maman. Je suis réaliste, c’est tout.
   - Une affreuse réaliste. Dieu merci monsieur… n’a rien d’un réaliste, sinon il ne mangerait pas avec autant d’appétit.
   Nous avons mangé avec beaucoup d’appétit jusqu’à ce que Tria, pour oublier peut-être son affreux réalisme, remarque que les kiwis étaient merveilleusement bons.
   - «Absolument» ai-je dit en me jurant de ne plus utiliser cet adverbe pendant au moins une demi-heure. Et en me demandant lesquels de ces fruits étaient des kiwis.
   Il s’est ensuivi un long moment pendant lequel nous paraissions nous rendre compte qu’il serait difficile de poursuivre une conversation normale. Nous étions sur une scène et, l’un de nous ayant laissé passer sa réplique, nous ne savions plus à qui revenait la prochaine. Nous avions l’air de songer, que, peut-être, ce brunch était une mauvaise idée dès le départ, et nous puisions dans nos coupes avec un intérêt renouvelé, comme si le kiwi et les fruits de la passion allaient naturellement nous sauver du naufrage.
   - Quel bonheur d’être vivant par une si belle journée, a dit Mme Ward.
   - Absolument.»

critique par Cuné




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