Lecture / Ecriture
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Un rôle qui me convient de Richard Russo

Richard Russo
  Un rôle qui me convient
  Le déclin de l'empire Whiting
  Le phare de Monhegan et autres nouvelles
  Quatre saisons à Mohawk
  Le pont des soupirs
  Un homme presque parfait
  Les sortilèges du cap cod
  Ailleurs
  A malin, malin et demi

Richard Russo est un écrivain américain né en 1949. Il a obtenu le prix Pulitzer en 2002 pour "Le Déclin de l'empire Whiting".

Un rôle qui me convient - Richard Russo

Qui dit mieux ?
Note :

   Me manquent les commentaires pour «Un homme presque parfait» (1995), dont j’ai malheureusement vu l’adaptation ciné, que j’ai trouvée tellement bonne que toute envie de lire le roman par après m’a quittée. On ne passe pas après Paul Newman, mon imagination reste bloquée dessus… Et son dernier, «4 saisons à Mohawk» que j’ai – enfin – entre les mains, donc ça ne saurait tarder.
   
    William Henry Devereaux a cinquante ans, et est directeur par intérim du département de lettres d'une petite université de Pennsylvanie. Il s'est construit un réseau de solides inimitiés, tout autant qu'il inspire de vives sympathies : il ne sait jamais lui-même ce qui va sortir de sa bouche, ayant élevé l'art de la répartie moqueuse au rang de seul réponse possible. Il charrie tout et tout le monde, et on ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon.
   
   C'est le genre de personnage hyper attachant qu'on déteste autant qu'on l'aime. Dans un imbroglio de possibilités quant à l'avenir bureaucratique de son université, il décide sur un coup de tête de menacer de tuer une oie par jour tant qu'il n'obtiendra pas son budget pour la rentrée prochaine. Cela sera fortement médiatisé, et ses journées seront extrêmement remplies, entre ses cours, ses parents, sa fille et ses problèmes de santé...
   
   430 pages de pure ironie, qui expriment en même temps aux petits oignons l'atmosphère d'un certain milieu, et ne se dérobent pas quant aux questions existentielles de la cinquantaine. Le plus admirable étant vraiment la vision d'ensemble qui parvient à se dessiner derrière les petits actes de chacun.
   Pas une ligne n'est à sauter, je suis totalement sous le charme de la plume de Richard Russo. Caustique et bon enfant, je l'imagine ricanant et débordant d'amour... Quoi de mieux ?!...
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critique par Cuné




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«Je te connais Al, tu n'es pas le genre d'homme qui...»
Note :

    William Henry Devereaux junior, quarante-neuf ans et des poussières, est professeur de Lettres et directeur par intérim du département des Langues Vivantes d'une petite université de Pennsylvanie. En avril, mois cruel pour le poète et pour les profs qui voient se réveiller leur légendaire paranoïa, il vit un week-end particulièrement éprouvant: on lui demande de faire une liste des collègues à virer pour raisons budgétaires, il a un rhume des foins galopant, une vessie récalcitrante, des collègues pénibles, une fille sur le point de divorcer et des élèves toujours aussi peu intéressés. Heureusement, Hank a depuis longtemps mis au point un système de défense contre le monde entier: une propension à n'en faire qu'à sa tête mâtinée d'humour à froid...
   
   "Un rôle qui me convient" est un excellent roman, chers happy few, qui peint avec beaucoup de drôlerie la crise de la cinquantaine d'un universitaire sans envergure, englué dans une vie professionnelle tout sauf excitante et une vie personnelle un peu morne. Hank a publié un seul roman alors qu'il avait une trentaine d'années et c'est grâce à ce roman qu'il a obtenu un poste de professeur titulaire auquel sa simple maîtrise de Lettres aurait dû l'empêcher de prétendre. Il n'a pas écrit une ligne depuis, ce qui le condamne à rester dans ce coin perdu de la Pennsylvanie, entouré de collègues aussi médiocres que mesquins, tous obnubilés par l'éventualité d'un licenciement. Sa fonction de directeur par intérim contraint Hank à se positionner dans des histoires de budget et de coupes, ce qu'il refuse de faire, prenant des échappatoires plus ou moins évidentes, la plus drôle consistant à menacer devant une équipe de télévision venue pour autre chose, de tuer une oie par jour jusqu'à ce que l'état rétablisse les financements de l'université. Et le pauvre Hank, abandonné pour le week-end par sa femme, a bien d'autres chats à fouetter, comme le retour de son père, universitaire célèbre qui a sombré dans la dépression, ou sa prostate qui fait des siennes.
   
   Il y a une évidente jubilation dans la description ironique de ce petit monde d'universitaires qui "caressent leurs fantasmes paranoïaques de la même façon que les chiens se lèchent les testicules" et qui font des recherches sur "l'imagerie clitoridienne dans l'oeuvre d'Emily Dickinson" tout en rêvant de tromper leur conjoint avec une étudiante consentante. On suit avec plaisir les pérégrinations de Hank, qui revient avec lucidité sur les raisons qui l'ont conduit à se retrouver, à l'aube de la cinquantaine, prisonnier d'un coin de terre qu'il n'a même pas choisi, mais toujours amoureux, "à quatre-vingt dix pour cent" de sa femme.
   
   Cet homme un brin cynique, imprévisible et cultivé, est entouré d'une galerie de personnages attachants (comme Mr Purty, le voisin malmené de sa mère, Rachel, la secrétaire qui termine toutes ses phrases par des points d'interrogation ou Billy, son collègue qui court après l'argent pour payer les études de ses dix enfants) ou horripilants (le geignard Teddy ou la dure June en tête), mais tous profondément humains, qui se débattent dans des vies qui les gênent aux entournures comme un costume trop petit. Certains passages sont fort drôles (Hank se retrouve successivement dans le plafond, en prison puis à l'hôpital) voire carrément jouissifs, comme la réhabilitation tardive de Dickens par William Devereaux senior, qui a passé toute sa carrière à l'éreinter en raison de son sentimentalisme pour lui reconnaître au soir de sa vie "une force... quelque chose de... transcendant, vraiment" et finir par mourir en lisant "L'Ami commun".
   
   Un roman dense, ironique et désabusé, que je recommande plus que chaudement; une chose est certaine, chers happy few, je n'en ai pas fini avec Richard Russo. Oh non.
   
   
   Titre original : The straight man

critique par Fashion




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