Lecture / Ecriture
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Arlington park de Rachel Cusk

Rachel Cusk
  Arlington park
  Les variations Bradshaw
  Contrecoup

Auteur anglaise née en 1967.

Arlington park - Rachel Cusk

Les nouvelles femmes de Stepford* ?
Note :

   Le roman de Rachel Cusk commence par un long travelling très maîtrisé qui survole la banlieue résidentielle d’Arlington Park, non loin de Londres. Le décor est planté , placé sous le signe d’une pluie obstinée et agressive, presque voyeuriste, instaurant d’emblée un vague sentiment de malaise.
   
   Unité de lieu donc,Arlington Park,ses "bonnes" adresses et les autres, où le mal est tenu à distance (le terrorisme est à Londres) mais où les allusions à l'enlèvement d'une petite fille qui reviennent en leitmotiv signalent qu'il rôde quand même...
   
   Unité de temps, vingt-quatre heures dans la vie de femmes au bord de la crise de nerfs, voilà qui donne un cadre au roman.
   
   L’auteure s’intéresse donc à des habitants de cette banlieue, leur consacrant successivement un chapitre, en se focalisant davantage sur celles qui sont l’âme de ce lieu déserté la journée par les hommes.
   
   Ces femmes dont une seule travaille (à mi-temps dans un lycée de filles) vont nous livrer leurs pensées les plus intimes, parfois mélancoliques, parfois pleines de ressentiment, l’une d'elle ayant le sentiment qu'elle a été assassinée par son mari, au demeurant le plus charmant des hommes, sorte de saint laïc. Elle se sent "lourde", "pleine du dépôt des jours gâchés", une autre, sorte de Bree van de Kamp, se rendra compte de l'image qu'elle projette et qui n'est pas forcément celle qu'elle espérait.
   
   D’autres, au contraire se rassurent en disant que le confort dont elles profitent, elles l'ont bien mérité même si la seule escapade quelles s'accordent est une virée au centre commercial le plus proche... Centre commercial où elles vont croiser celles qu'elles auraient pu devenir, du moins pour certaines d'entre elles : des filles de seize ans déjà mère de famille.
   
   Les enfants, les leurs et ceux des autres, sont bien sûr au coeur de leurs réflexions mais c'est surtout sur elles mêmes, qu’elles se penchent, sans indulgence, essayant d'être au plus près de leurs vérités.
   "C'était un endroit dangereux où vivre, une famille: aussi tumultueux que la pleine mer sous un ciel traître, avec ses allégeances passagères, ses rafales de cruauté et de vertu, ses grandes vagues d'humeur et de mortalité, son incessante alternance de tempête et de bonace" (p. 228). Ou bien encore
   "C'est ici que Maisie se sentait le plus éloignée de ses aspirations, voyait son mari et ses enfants comme les étrangers qu'ils étaient de temps à autre. C'est ici qu'elle sentait le plus souvent qu'il étaient dans une pièce de théâtre, et que ce n'était pas une pièce de théâtre qu'elle appréciait"(p.214).
   
   L'auteure ne stigmatise pas pour autant les hommes, ils sont souvent pleins de bonne volonté et mettent volontiers la main à la pâte.
   
   L'auteur se moque comme d'une guigne du politiquement correct, les hommes, la famille et les valeurs de la plus ou moins petite bourgeoisie sont joyeusement passées à la moulinette, le tout avec un style sensible, imagé et puissant. Rachel Cusk sait créer son propre univers et j'attends déjà avec impatience la traduction de ses autres romans. Une vraie auteure.
   
   * Roman d'Ira Levin dans lequel des femmes tout à fait normales au départ se transforment mystérieusement en parfaites petites ménagères pour le plus grand bonheur de leurs époux...
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Plus desperate que housewives
Note :

   Les femmes d’Arlington Park ont en apparence tout pour être heureuses. Maris, enfants, maisons… Et pourtant… Pourtant la frustration, l’envie, le désespoir, la jalousie et la dépression règnent en maîtres derrières les sourires. Juliet Randall, Maisie Carrington, Amanda Clapp, Solly Keir-Leigh ont toutes le sentiment d’être passées à côté de leur vie. Rachel Cusk raconte 24 heures de leur vie quotidienne, de leur enfer quotidien, 24 heures au cours desquelles l’inanité et le non-sens de leurs existences leur saute au visage.
   
   J’ai abordé ce roman de la rentrée littéraire avec les a priori dictés par ce que j’en avais entendu dire et les critiques que j’avais lues. «Un Desperate Housewives dans la banlieue londonienne». Je comprends mieux après lecture l’énervement de l’auteur lorsqu’on qualifie son roman ainsi. Rien de la série télévisée ici. Pas d’humour, pas de situations rocambolesques, pas de gaffes. Rien que le glauque, le sordide du quotidien.
   
   J’ai trouvé la construction de la journée assez intéressante. On commence à les suivre à la fin d’une soirée, on les quitte à la fin d’une autre. Entre temps, nous aurons découvert Arlington Park. D’entrée de jeu, l’auteur donne le ton. Il n’y aura pas grand-chose de rose : une banlieue endormie sous la pluie, des détritus dans un caniveau, la pluie qui tombe sur des humains qui s’agitent. Quelques pages qui dressent le portrait d’une prison sans barreaux, impression renforcée par le chapitre qui coupe le roman en deux. Décrivant le parc d’Arlington Park en fin d’après-midi, il confirme tout ce que l’on pouvait avoir appris sur ce lieu et sur les personnages qui le peuplent. Le malaise s’installe progressivement, lentement, mais sûrement.
   
   C’est avant tout le portrait de femmes qui se sentent enfermées dans la vie qu’elles mènent entre mari et enfants. Des femmes qui avaient un avenir prometteur avant de se marier. Des femmes qui ont le sentiment de se mouvoir dans un monde irréel, dans la ouate d’un confort qui les aliène. Le regard qu’elles portent sur ce monde qui est le leur est empreint de dégoût, de noirceur. Le regard qu’elles portent les unes sur les autres est empreint d’une dureté folle, de jalousie, d’incompréhension, de fiel. L’amertume et l’aigreur dont elles font preuve soulèvent le cœur par moment. Petites vengeances contre les amies et les maris, remarques blessantes, elles n’épargnent rien ni personnes, surtout elles-mêmes dans leurs moments de lucidités.
   
   Mais le pire est sans doute que tout en étant conscientes de leur prison, elles sont incapables d’en sortir, incapables de se révolter autrement qu’en passant, finissant par se convaincre elles-mêmes que la vie qu’elles mènent n’est pas si mal que ça.
   Leur vie les empêche de voir la beauté du monde qui les entoure, malgré quelques moments de grâce. Tout y passe.
   
   C’est aussi le portrait au vitriol d’une classe moyenne et d’une classe supérieure contente d’elle, imbue de sa situation et de ses privilèges.
   
   C’est très bon, bien écrit, bien construit. Mais définitivement très mauvais pour le moral. J’en avais l’estomac retourné par moment, et j’en suis ressortie avec la ferme intention de ne jamais prendre mari ni avoir d’enfants ! J’ai eu un peu de mal à le terminer du coup. Mais c’est sans aucun doute un coup de poing.
   
   Extrait :
    «Elle se demanda si les livres qu’elle aimait la consolaient précisément parce qu’ils étaient les manifestations de son propre isolement. Ils étaient pareils à de petites lumières sur une étendue déserte, une lande : de loin ils semblaient serrés les uns contre les autres, innombrables, mais de près on voyait que des kilomètres et des kilomètres d’obscurité et de vide les séparait.
   
   Etait-ce cela que Juliet serait un jour ? Vide, entièrement déversée en Katherine, en Benedict et Barnaby ? Morte et pourtant vivante ?
   
   On se rend compte qu’on attend quelque chose, dit Juliet, qui n’arrivera jamais. La moitié du temps on ne sait même pas ce que c’est. On attend la prochaine étape. Puis, à la fin, on comprend qu’il n’y a pas de prochaine étape. Il n’y a rien de plus que ça.
   
   Elle vivait maintenant dans une sorte de boucle ou de circuit qui la faisait passer par les mêmes endroits et la ramenait sans cesse aux mêmes choses.»

    ↓

critique par Chiffonnette




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Femmes au bord de la crise de nerfs
Note :

   D'un œil à la fois cinématographique et chirurgical, l'auteure décrit 24 heures dans la vie de 4 femmes. Anglaises trentenaires, mariées et mères de famille. Femmes au foyer ou profs, on les suit chez elles, chez leurs voisines ou au supermarché. La pluie anglaise, comme un personnage à part entière, accompagne chacune de ces femmes. Une pluie comme des larmes sur la vie de ces femmes, - qui ont tout pour être heureuses - mais ne le sont pas. Pluie dehors et tempête à l'intérieur du crâne de chacune de ces femmes. Enervées... donc. Mais il y a de quoi.
   
   D'une plume virtuose et quelquefois déroutante, Rachel Cusk s'insinue dans les méandres de leurs pensées qui s'effilochent et s'assombrissent à mesure que l'heure avance. Qu'est-ce qu'un destin de femme dans une banlieue chic anglaise ? Accompagner les enfants à l'école, les ramener, les nourrir, les habiller, mais aussi nettoyer la cuisine, discuter autour d'un café dans la cuisine de choses et d'autres, avec ses voisines, s'engueuler avec le mari...
   
   
   Ce livre me rappelle curieusement une chanson de Jean Ferrat, pendant mon adolescence : « On ne voit pas le temps passer »
   "...Faut-il pleurer, faut-il en rire
   Fait-elle envie ou bien pitié
   Je n'ai pas le cœur à le dire
   On ne voit pas le temps passer
   
   Une odeur de café qui fume
   Et voilà tout son univers
   Les enfants jouent, le mari fume
   Les jours s'écoulent à l'envers..."

   
   Sous d'autres cieux et à diverses époques, ce même sentiment de vide dans un environnement rempli de tâches mécaniques et répétitives. Morosité ? Oui. Amertume ? Oui !
   Qu'a-t-on gagné, au final, nous autres, les femmes ?
   Dans cet univers clos, se joue en quelque sorte, l'avenir du monde à travers la vie de couple mais aussi la perplexité face à la maternité.
   
   J'ai mis pas mal de temps à lire ce livre pourtant pas très épais (292 pages) car l'écriture de Rachel Cusk m'a déroutée et ce, du début à la fin. Très précis et très introspectif - ce qui peut donner l'impression d'une certaine lourdeur -, il révèle pourtant quelques perles comme cette description d'un parc public avec ses ados, ses femmes "bien habillées" autour des balançoires...
   Une plume ciselée très finement, pointant du doigt le détail qui tue, Rachel Cusk, dont on compare le style à celui de Virginia Woolf, ne juge pas... Elle constate. A nous, si besoin est, d'en tirer les conséquences.
   
   Extrait :
    «Pourquoi l'engagement solennel qu'elle avait pris de passer sa vie avec James, Jessica et Eddy était-il récompensé par les dessous sales de son mari dans le bac à linge, les poils de sa barbe dans le lavabo, par les émotions refoulées de ses enfants ?»
   ↓

critique par Evanthia




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Femmes au bord du désespoir
Note :

   "Et c'est comme ça qu'elle l'avait attrapée, cette vie qui n'était pas la sienne."
   
   Juliet rencontre un jour Christine avec qui elle était à l'école. Cette dernière ignore que Juliet habite Arlington Park, un quartier résidentiel de la banlieue de Londres. Quatre ans déjà pourtant que Juliet, l'excellente élève promise à un brillant avenir est mariée et rentre à pied en portant ses courses car son mari prend la voiture pour se rendre au travail. Lors de leur dîner chez les Matthew, ce dernier lui a d'ailleurs reproché d'avoir été odieuse pour avoir dit à Matthew qu'il était illégal de ne pas embaucher de femme pour cause de maternité comme il le fait. En fait, Juliet se rend compte qu'elle ne s'épanouit pas dans cette vie qui ne lui ressemble pas. Elle a en effet suivi son mari et elle travaille comme professeur dans un modeste collège, elle s'épanouit juste au club littéraire qu'elle anime une fois par semaine, le vendredi. Ses deux enfants ne lui apportent guère de satisfactions, son fils la traite comme une bonne et les femmes à la sortie de l'école ne lui adressent même pas la parole.
   
   Amanda n'est guère plus épanouie. "Haut perchée sur le siège de sa Toyota argent", elle n'attend qu'une chose que son fils puisse aller à l'école afin qu'elle n'ait plus à s'en occuper. Elle se sent étrangère dans cette banlieue et ses cafés avec d'autres mamans ou ses escapades au centre commercial ne sont qu'une faible bouffée d'oxygène dans cette vie qu'elle n'aime pas.
   
   Solly, quant à elle, loue des chambres à des étudiantes ce qui la change un peu et Maisie, insatisfaite de sa vie, pique des crises avec ses filles et attend impatiemment le retour du travail de son mari.
   
   Nous ne sommes pas à Desperated House Wife mais à Arlington Park. Derrière ces beaux portraits de femmes qui ont raté leurs vies, toutes dévouées à une famille où elles ne s'épanouissent pas, ayant laissé leurs objectifs et mis leurs ambitions de côté, Rachel Cusk nous livre les états d'âmes secrets de femmes au bord du désespoir. Et le portrait des hommes ou des enfants qui les entourent, plus égoïstes que compréhensifs, n'est guère flatteur.
   
   Il ne fait pas bon vivre à Arlington Park mais sans doute est il bon parfois que la littérature s'intéresse à ces femmes dont les vies de dévouement ne sont pas toujours épanouissantes.
   
   Un livre agréable à lire, sur un thème rarement traité, avec une ambiance particulière, amère, triste et presque désespérée. Et pourtant on tourne les pages en espérant que ce livre servira peut-être à se mettre dans la peau de certaines femmes qu'on qualifie de nanties et qui ne le sont pas toujours. Car derrière les apparences se cache beaucoup de ressentiment et le sentiment d'être passée à côté de sa vie.
    ↓

critique par Clochette




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Mort d'ennui
Note :

   Autant l’avouer tout de go, ce livre m’a rasé. En venir à bout fut une véritable punition et ce n’est que motivé par la résolution de commettre ma note de lecture que je ne l’ai pas refermé avant le mot fin...
   
   Rachel Cusk nous emmène sans talent dans une chic banlieue londonienne. Une banlieue où les maris travaillent, ont en général une belle situation et une belle maison. Une banlieue où les femmes sont des épouses et des mères qui se sont sacrifiées pour la réussite du mâle dominant. Une banlieue où l’on s’ennuie ferme derrière un écrin chic et vert. Où les femmes et mères se réunissent autour d’une tasse de thé pour imaginer comment peupler la vacuité de leurs journées.
   
   A croire qu’il n’y a que des déprimées parmi ces trentenaires. Des déçues de l’amour qui ne savent plus pourquoi elles partagent un peu de la vie d’un homme qui leur est devenu inconnu, pourquoi elles doivent s’occuper du linge sale, de la cuisine et des enfants. Un monde de la non communication au sein des couples en crise et où l’alcool coule abondamment pour rendre l’existence moins triste et vide. Un monde sans espoir, sans perspectives, d’esclavage moderne et où l’argent est censé rendre le vide plus plein...
   
   Le seul talent de l’auteur est d’arriver à imaginer de multiples variations sur le même thème pendant près de 300 pages.
   
   Le reste n’est que lieux communs, propos vides, considérations sans intérêt. Bref, à fuir... Une déception rare chez cet éditeur dénicheur de talents.

critique par Cetalir




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