Lecture / Ecriture
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Trois carrés rouges sur fond noir de Tonino Benacquista

Tonino Benacquista
  Les morsures de l'aube
  Trois carrés rouges sur fond noir
  La maldonne des sleepings
  Quelqu'un d'autre
  Saga
  Malavita
  La machine à broyer les petites filles
  B comme: Le serrurier volant
  Homo erectus
  B comme: La Commedia des ratés
  B comme: Les cobayes
  B comme: L'outremangeur

Auteur français, né le 1er septembre 1961.

Trois carrés rouges sur fond noir - Tonino Benacquista

Accrocheur !
Note :

   Benacquista, qui a pratiqué pas mal de petits boulots pour faire chauffer la marmite à l'époque où l'écriture ne lui permettait pas encore de vivre, les a tous réutilisés dans ses romans, ou du moins, si je ne puis être certaine que ce soit le cas de tous, je vois bien que c'est celui de beaucoup. Et déjà, rien que cette réutilisation de qualité me rend l'auteur extrêmement sympathique.
   
   Tout comme il a raconté l'histoire d'un pique-assiette mondain et celle d'un couchettiste sur le «Paris-Venise», il fait aujourd'hui de son personnage principal un «accrocheur de tableau» dans les galeries, et c'est dans le monde de l'art moderne qu'il situe l'action de ce roman.
   
   Les biographies semblent dire qu'il a écrit ces «trois carrés rouges» avant «Les morsures de l'aube», mais celui dont je parle aujourd'hui me semble pourtant être plus abouti, plus maîtrisé que «Les morsures». En tous cas, je l'ai encore mieux aimé et, le lisant d'affilée après un autre auteur de polar sur lequel j'avais peiné plutôt lourdement, j'ai encore mieux vu la différence de qualité de style. C'est que Benacquista est un vrai écrivain et, quand il rédige ces «trois carrés», il maîtrise parfaitement son métier. C'est que encore, «Trois carrés rouges sur fond noir» est un vrai roman. Un roman à part entière qui n'a pas à se limiter au qualificatif de «polar» car il ne fait pas que raconter une intrigue, un mystère, une enquête. Il nous parle aussi de bien d'autres choses qui touchent plus profondément au sens que nous donnons à notre vie C'est ce que font en fait tous les romans de Tonino Benacquista, mais je souligne que là, le sujet étant particulièrement délicat (handicap), il le fait avec une particulière réussite.. Il nous en parle d'une façon simple et vraie qui touche et convainc. Il nous en parle avec intelligence.
   
   Je vous situe l'action : Un jeune homme, le narrateur, mène la double vie d'accrocheur ou d'installateur d'?uvres d'art dans les galeries d'art moderne et de virtuose passionné de billard français. Une agression, survenue alors qu'il assure la permanence dans la galerie d'art où il travaille, fait de lui un handicapé dont tous les espoirs et les projets sont brisés. Fort désireux de comprendre son agression et de retrouver son agresseur, il entreprend des recherches.
   
   Une lecture très vive, un récit sans temps mort et sans faille, une profondeur de point de vue que je conseille vivement à tous les amateurs.
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critique par Sibylline




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Au plus près de la cruauté : dérision et fatalisme…
Note :

   On connaît Benacquista pour sa plume acérée, son style cynique «autodérisoire», piquant mais tellement drôle. Ses romans noirs le sont généralement du fait des situations extrêmes, limites, qu’il instaure et impose à ses personnages.
   
   Dans «Trois carrés rouges sur fond noir» ce génie va plus loin : Antoine est un homme banal, à la vie banale, morne diront certains. Oui, tristement banale. Il monte et démonte des expositions dans une galerie d’art contemporain. Il a un collègue sympa pour rire du… boulot. Il n’aime pas vraiment l’art. Il l’accroche. Sa raison de vivre ? Ce qui l’anime une fois le travail terminé ? Le billard, l’art des boules sur le tapis vert. Il prise cet art et tend à la perfection. Il pense peut-être pouvoir devenir champion et vivre de sa seule et unique passion.
   
   La situation la plus cruelle au monde est là : cet homme n’a qu’une passion et ce n’est qu’elle qui le fait tenir debout chaque jour. Et parce qu’il sera au mauvais moment au mauvais endroit, tout va s’effondrer : il perd sa main droite et avec elle tout avenir dans le billard.
   
   C’est sous la pression de la haine, sous l’énergie d’un désespoir final que l’anti-héros va au bout d’une aventure qui le dépasse. L’homme de la rue qui court après cette frayeur qui tenaille tout être humain : perdre la faculté, l’attribut sans qui sa seule passion ne peut être assouvie. Que ferait un joueur de billard sans sa main droite ? Un mélomane frappé de surdité ? Un athlète paralysé suite à un banal accident dans lequel il n’a aucune responsabilité ?
   
   C’est cette horreur en soi qui effraie nos sociétés que Benacquista dépeint avec son talent habituel dans un roman prenant duquel on ne ressort toutefois pas indemne

critique par Kassineo




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