Lecture / Ecriture
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Le livre de Dina de Herbjørg Wassmo

Herbjørg Wassmo
  Voyages
  Le livre de Dina
  La fugitive
  Un long chemin
  Mon péché n'appartient qu'à moi (Karna, t.1)
  La Véranda aveugle
  Cent ans
  La chambre silencieuse
  Ciel cruel
  Thesaurus (tome 2)

Herbjørg Wassmo est l’auteur d’une œuvre considérable, des livres pour enfants à l’écriture théâtrale en passant par la poésie. Œuvre inscrite aux programmes scolaires et universitaires, et qui, traduite en de nombreuses langues, connaît un succès populaire exceptionnel. Elle est, en Scandinavie, l’écrivain mondial le plus lu, et Dina a pris place aux côtés des grandes héroïnes de la littérature.(source l’éditeur)

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le livre de Dina - Herbjørg Wassmo

Epopée norvégienne.
Note :

   L'histoire commence par la voix intérieure de Dina"Je suis Dina, qui regarde le traîneau et sa charge dévaler la pente". Femme d'un sang-froid à vous glacer le vôtre …
   
   J'ai aimé ce livre d'une surprenante originalité et ponctué des citations de la Bible. Le livre de Dina est une saga en trois volets (Les Limons vides suivi de Les vivants aussi et Mon bien-aimé est à moi ). C'est un tableau brossé au vitriol, dans les fraîcheurs de la Norvège, celle du nord, hostile aux allures de fin du monde, et qui raconte l’histoire d’une enfant abandonnée et livrée à elle-même qui devient une jeune femme impétueuse et obstinée.
   
   Déjà toute enfant, j'étais fascinée par l'Omelette Norvégienne. Cette appellation est magique, l'allure du gâteau improbable, ses goûts rêvés comme le mélange détesté. L'Omelette norvégienne sans alcool n'existe pas … et enfant, je ne pouvais donc que regarder ce fabuleux dessert et m'imaginer l'engloutir.
   Depuis, je me suis mise au régime ;-D, et je lis Le Livre de Dina, l'Omelette norvégienne de la littérature …
   
   J'ai été fascinée par le personnage de Dina. Tour à tour, femme-enfant, enfant sauvage, déesse démoniaque, toujours imprévisible et insatiable, Dina au destin tragique, gare aux hommes qui la quittent, Dina est une femme d'action ! Et voilà le tour de force littéraire qui rend l'horreur de Dina si respectable … Dina a peu de paroles, elle ne s’exprime qu’à travers ses actions et ne raconte rien. Elle régit sa vie, elle régit les êtres, elle lit dans les pensées, elle s'affranchit des conventions, elle lit la Bible comme le diable le ferait, elle y trouve ce qu’elle y cherche. Elle est étonnamment libre ! à faire peur …
   
   Vous l'aimerez aussi
   En plus de l'incroyable originalité de ce personnage, en visitant la Norvège du XIXème, on découvre par le "Nord du Nord" les prémices de notre Europe comme ceux de la Russie, les liens obligés entre l'homme et la nature, l'homme et les saisons polaires. C'est une réflexion par le haut à laquelle nous sommes peu habitués.
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critique par Alexandra




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Comme un torrent
Note :

   L'histoire se déroule dans le nord, non loin de la Laponie. On comprend mieux en regardant une carte l'importance des bateaux (tout se fait par voie maritime, même le transport des cercueils) et de la pêche, unique source de revenus.
   
   Nous sommes dans le Norland, près du cercle polaire, au début du XIXème siècle. Dina, la fille du commissaire, a cinq ans quand elle ébouillante accidentellement sa mère parce qu'elle a joué avec le mécanisme de bascule de la lessiveuse. Traumatisée par les conséquences de son acte et l'horrible agonie de sa mère, considérée dès lors comme une espèce de démon, rejetée par son père qui fait comme si cette enfant n'existait plus, Dina perd pendant longtemps l'usage de la parole et devient un petit animal sauvage et indomptable. Pour se débarrasser d'elle, son père la vend à seize ans au premier homme qui veut bien l'épouser, Jacob Gronelv, un riche veuf sympathique, beaucoup plus âgé que Dina...
   
   Je suis ravie que ma dernière note de lecture de l'année, chers happy few, porte sur un roman que j'ai vraiment beaucoup aimé! L'histoire de Dina est à son image et à l'image de ce rude pays qui l'a vue naître : âpre, dense et douloureuse. L'enfant sauvage devient une femme qui a des comportements dérangeants pour le reste de la société, que ce soit son habitude de fumer le cigare et la pipe, sa façon de monter à cheval (à cru et en pantalon), le fait qu'elle choisisse ses amants à sa guise ou sa conduite des affaires une fois son mari mort (elle se révèle intraitable et habile dans le commerce)... C'est une femme éternellement blessée, qui communique avec les esprits des morts, surtout celui de sa mère, Hjertrud, qu'elle tente d'apaiser et de comprendre, personne ne lui ayant jamais dit qu'elle n'était pas responsable de la mort de sa mère. Elle a un comportement qui frôle parfois l'autisme, s'enfermant dans la musique, son seul véritable réconfort, et dans les chiffres, les seuls éléments de la réalité qui ne mentent pas : elle compte les arbres, les nuages, les fleurs... pour apaiser son âme tourmentée.
   
   Les personnages, tous très intéressants et très attachants, que ce soient les domestiques de la grande maison de Reinsnes (Oline, qui règne sur la cuisine, et qui était amoureuse de Jacob, Stine, la nourrice lapone qui a enfanté deux bâtards et que Dina protège bec et ongles...), les membres de la famille de Dina, comme sa belle-mère, Mère Karen, très belle figure maternelle et féminine, cultivée et tolérante ou les gens de passage (car on rencontre beaucoup de monde à Reinsnes, qui est sur le passage du caboteur), évoluent dans un décor à la fois beau et terrible. C'est un roman rythmé par le passage des saisons et la pêche au stockfish, dans lequel on ressent physiquement la morsure du gel et du froid et l'étrangeté des nuits boréales qui rendent parfois fous...
   
   Enfin, il faut dire un mot du style, assez particulier et qui m'a beaucoup touchée : la narration est poétique, remplie de très belles images, à l'inverse des dialogues, rédigés dans un langage familier, avec un vocabulaire assez pauvre et une étrange façon de s'adresser les uns aux autres : les personnages se parlent à la troisième personne...
   
   Un très beau et bon roman, chers happy few, parfois tragique, que je vous recommande chaudement!
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critique par Fashion




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Le dit de Dina
Note :

    De Herbjorg Wassmo je n'avais lu que "La véranda aveugle", "Le livre de Dina" me donnait l'occasion d'aller plus avant dans l'approche de son univers. Une trilogie aux accents épiques et au rythme d'une intense poésie.
   
   Norvège, XIXè siècle, bords de mer, le Grand Nord n'est pas si éloigné que cela, Bergen est à une épique traversée de Reinsnes. Dina, jeune femme fougueuse, imprévisible, sauvageonne beauté, regarde les restes d'un traîneau tombé dans la rivière impétueuse: Jacob, son mari gît désarticulé. L'étalon noir, Lucifer, effrayé, s'est cabré et presque en fuite. Dina est muette, glacée: est-elle coupable ou n'est-elle qu'une victime?
   
   Le récit de sa vie et son destin exceptionnel commence à rebours: elle est encore une enfant, la fille du commissaire, personnage important de la région, et joue dans la cour. Pas très loin de là, sa mère et les servantes s'occupent de la lessive; une grande lessiveuse remplie d'eau bouillonnante attend sa nourriture de tissus à laver. Un moment d'inattention, une envie de facétie vont sceller le destin de la petite Dina: en jouant avec le loquet de la lessiveuse, elle provoque un drame qui la suivra toute sa vie; sa mère perd la vie dans d'atroces souffrances en voulant sauver sa fille et en recevant sur elle l'eau bouillante de la lessive! Le père, éperdu de chagrin ne supporte plus la présence de sa fille qui ne fait que raviver sa peine. Aussi, Dina va-t-elle grandir malgré elle, malgré les adultes, dans la solitude et aux côtés des filles et garçons de ferme. Pourtant, Dina n'est pas seule: Hjertrud, sa mère, est à ses côtés, elle lui apprend à nager, elle la suit jour et nuit, fantôme au visage rayonnant et apaisé. Une étrange symbiose de construit entre Dina et l'esprit de sa mère, entre Dina et ses disparus.
   
   Dina est une sauvageonne, papillon indiscipliné, poulain rétif et pourtant se laissant bercer par la musique du violoncelle et le chant des chiffres. Jusque dans l'amour, elle est d'une brusquerie mordante et griffante: y aura-t-il un jour un homme pour dompter cet être épris de liberté? Jacob y est presque parvenu, Mère Karen, belle-mère, figure maternelle, femme d'une grande culture et d'une immense tolérance, lui a donné une place inébranlable de maîtresse du domaine en l'acceptant avec ses qualités et ses défauts... Léo Zjukovskij sera peut-être l'homme qui lui portera l'estocade ultime.
   
   Dina est une femme qui ne ressemble à aucune autre: rien ne lui fait peur, rien de l'empêche de jouir de la vie ou de l'instant présent, aucune bienséance ne peut représenter un obstacle et c'est ce qui la rend si troublante et insondable. Dina est à l'image de cette côte norvégienne battue par les vents et les froids polaires, réchauffée par le bref et intense été: une terre qui ne courbe pas l'échine et qui sans cesse renaît plus forte. Dina est libre à faire peur aux plus aguerris et lit la Bible comme personne (sauf le Diable?) ne l'a fait et toujours y trouve ce dont elle a besoin: sa spiritualité est un défi permanent aux traditions, sa recherche de l'amour frôle l'absolu, sa quête de soi une hallucinante interrogation.
   
   Le lecteur ne reste pas indifférent au fabuleux personnage de Dina: qu'elle agace ou qu'elle fascine, elle est émouvante par son immense douleur, celle de la perte de sa mère, celle d'une faute inexpiable, celle du désespoir de ne pas être justement aimée. Sa carapace n'est qu'un leurre: Dina est une femme d'une infinie sensibilité lorsqu'on lit ses monologues en italique "Je suis Dina....", miroir dévoilant la face cachée d'une femme à l'apparence échevelée qui cependant perçoit les pensées intimes d'autrui. Ces strophes en italique, oui strophes et non passages car c'est là que réside la puissance poétique du personnage, sont les chants de l'épopée de Dina, digne des plus belles sagas nordiques!
   
   Au final, il n'est pas question de juger Dina ni de la cataloguer ni de rire de sa langue frustre, langue de celle qui refusa l'éducation traditionnelle d'une jeune fille de bonne famille, langue qui s'efface dans ses monologues... on la comprend, on ne peut la détester, seulement ensuite le choix intime du lecteur peut opérer.
   
   "Le livre de Dina" est un roman au souffle de la tragédie d'une vie, au souffle épique d'une aventure intérieure muette et solitaire bercée par les notes d'un violoncelle. Un roman qui une fois terminé continue sa route dans l'imaginaire de son lecteur.

critique par Chatperlipopette




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