Lecture / Ecriture
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La petite poule d'eau de Gabrielle Roy

Gabrielle Roy
  Fragiles lumières de la terre
  Bonheur d'occasion
  La petite poule d'eau
  La détresse et l'enchantement
  La montagne secrète
  Entre fleuve et rivière - Correspondance

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La petite poule d'eau - Gabrielle Roy

La grâce
Note :

   Nous faisons connaissance avec Luzina Tousignant et sa famille.
   
   Ils habitent sur l'Ile de la petite poule d'eau, dans le Manitoba, au Canada. Leur petite maison est bien isolée, mais Luzina la peuple chaque année d'un nouvel arrivant, occasion qui lui permet de faire SON voyage de l'année jusqu'à la "grande" ville la plus proche. Un jour, lui vient l'idée de créer une école d'été, et la vie de tous sera transformée par les différents enseignants qui se succèderont. Le capucin de Toutes-aides les rejoint lui aussi, nous faisant profiter au passage de son expérience personnelle...
   
   Diantre ! Fichtre ! Sacrebleu et tout le toutim... Voici un livre que vous pouvez lire à tout âge, dès 10-11 ans. Et je suis sûre qu'à chaque fois vous trouverez un autre angle... C'est comme Laura Ingalls et sa petite maison dans la prairie...
   
   Gabrielle Roy nous offre un monde pur, poétique mais dans le sens populaire du terme, sincère, hyper attachant...
   
   Vous ouvrez ce livre, 3 heures après vous y êtes encore, presque fini, et vous avez l'impression que 10 mn viennent à peine de s'écouler...
   
   En plus de l'histoire, des tas de petites choses m'ont fait sourire, comme le fait qu'un nom très répandu dans ce coin du Canada soit Parisien, parce que les belles métisses il y a bien longtemps avaient craqué pour les beaux yeux bleus d'un Français dont on a oublié le nom... Parisien ou MacKenzie, (il n’y avait pas que des français) ce sont les noms choisis par une majorité d'indiens lorsqu'il leur a fallu se déclarer à l'état civil.
    ↓

critique par Cuné




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Tout au bout du bout du monde…
Note :

   C’est tout au bout du bout du monde, dans le Nord du Manitoba, que la famille Tousignant a choisi de s’installer. Tout au bout de la ligne de chemin de fer, puis encore d’un long trajet cahotant en voiture sur une mauvaise piste et là, de l’autre côté de la rivière de la Grande Poule d’Eau où "débarquant sur la rive opposée, on devait traverser à pied une île longue d’un demi-mille, couverte de foin rugueux et serré, de trous de boue et, si c’était l’été, de moustiques énormes, affamés, qui se levaient par milliards du terrain spongieux. On aboutissait à une autre rivière. C’était la Petite Poule d’Eau. Les gens du pays avaient eu peu de peine à en dénommer les aspects géographiques, toujours d’après la doyenne de ces lieux, cette petite poule grise qui en exprimait tout l’ennui et aussi la tranquillité. En plus des deux rivières déjà citées, il y avait la Poule d’Eau tout court; il y avait le lac à la Poule d’Eau. En outre, la contrée elle-même était connue sous le nom de contrée de la Poule d’Eau. Et c’était une paix infinie que d’y voir les oiseaux aquatiques, de partout s’envoler des roseaux et virer ensemble sur un côté du ciel qu’ils assombrissaient." (pp. 11-12)
   
   C’est tout au bout de ce bout du monde que se trouve l’île de la Petite Poule d’Eau, où le Père Tousignant prend soin d’un ranch et de sa centaine de moutons. C’est là qu’il vit avec toute sa famille et seulement quelques rares contacts avec le monde lointain de la civilisation. Les voyages la Mère, presque chaque année, jusqu’à l’hôpital français le plus proche – à quelques jours de route, tout de même -, d’où elle revient chaque fois avec dans ses bras un petit bébé tout neuf. Les professeurs qui se succèdent chaque année dans la petite école d’été de l’île – une petite école sans doute assez semblable à celles où Gabrielle Roy a enseigné au début de sa carrière d’institutrice. Et la visite du Père capucin, animé d’un esprit de partage et de justice bien dignes des temps évangéliques – à vrai dire, son évêque le trouve un peu trop révolutionnaire - qui arpente ces espaces infinis pour porter les secours de la religion à ses ouailles qui s’y trouvent dispersées…
   
   Et c’est de ce tout petit monde, idyllique et rude, que Gabrielle Roy a dressé en 1951 un portrait tendre, candide et un peu mélancolique. C’est charmant, mignon tout plein. Ou pour mieux dire: infiniment touchant.
   
   Extrait:
   "La vieille carte lui parlait presque comme une amie et aussi comme une voleuse. Elle suintait. En l’effleurant, en la réchauffant de sa main, Luzina lui arrachait des petites gouttes d’humidité, ténues, froides, qui, sous ses doigts, lui faisaient l’effet bizarre de larmes. Le Manitoba lui paraissait alors s’ennuyer. Si grand, si peu couvert de noms, presque entièrement livré à ces larges étendues dépouillées qui figuraient les lacs et les espaces inhabités! De plus en plus vide, de papier seulement et sans caractères écrits, plus on remontait vers le Nord. Il semblait que toutes les indications se fussent groupées ensemble sur cette carte comme pour se communiquer un peu de chaleur, se fussent resserrées dans le même coin du Sud. Elles devaient s’y traduire en abréviations, tant, parfois, la place leur manquait, mais plus haut, elles s’étalaient à leur aise, aucunement bousculées. Mlle Côté avait enseigné que les trois quarts de la population du Manitoba habitaient tout ce bout-ci de la carte que Luzina pouvait couvrir de ses deux mains. Cela laissait peu de monde pour le Nord! Si vide en cette région, la vieille carte paraissait vouloir venger Luzina. Elle portait en grosses lettres le nom de la Water Hen River. Cependant, elle se taisait sur l’existence de l’île de la Petite Poule d’Eau." (p. 128)

critique par Fée Carabine




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