Lecture / Ecriture
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Luz ou le temps sauvage de Elsa Osorio

Elsa Osorio
  Luz ou le temps sauvage
  Tango

Née à Buenos Aires en 1953, Elsa Osorio a vécu à Paris et Madrid avant de retourner dans sa ville natale. Scénariste et romancière. elle a reçu le Prix national de littérature pour "Luz ou le temps sauvage".
(Source éditeur)

Luz ou le temps sauvage - Elsa Osorio

A la recherche du passé perdu
Note :

    Elsa Osorio offre au lecteur un livre émouvant, poignant et effrayant. Nous sommes à la fois en 1975, au début de la dictature des colonels en Argentine, et vingt ans plus tard, en Espagne. Entre ces deux périodes, la quête d'une identité, la recherche de son origine, la mise en lumière des atrocités perpétrées par une poignée de gradés ivres de haine et de pouvoir.
   
   Luz, petite fille du général Dufau, une fois devenue mère à son tour, part à la recherche de ses vrais parents: elle a de sérieux doutes quant à ses origines. Elle sonde peu à peu le puits du silence de sa mère, soumise depuis toujours à l'emprise psychologique de ses parents, affronte les réticences de son oncle paternel, s'interroge sur la disparition brutale de son père, s'effraie devant les révélations de la presse au sujet de la Dictature des Colonels lors des grands procès, va à la rencontre des Grands-Mères de La Place de Mai et s'envole enfin vers celui qui est son véritable père.
   
   Luz, lumière dans un monde plongé dans les ténèbres de la répression, de la torture, est une enfant rebelle qui n'a jamais été proche de sa mère adoptive et qui vouait un amour sans borne à son père adoptif. Elle apprendra que ce dernier a caché jusqu'au bout de ses forces la vérité à son épouse: le vol d'un bébé pour remplacer leur petit garçon mort né...une idée du colonel Dufau afin que sa chère fille ne connaisse pas la douleur de la perte d'un enfant, un peu comme s'il lui remplaçait sa poupée cassée! Eduardo, écoeuré et révolté par cette idée, ne peut résister longtemps face à la détermination du colonel, terrorisant autrui avec une facilité déconcertante et pliant de ce fait toute volonté à ses désirs et ordres. Une chappe de silence et de plomb va pourrir au fil des années cette famille: le mensonge ronge Eduardo qui se rend compte, sans vouloir vraiment aller au-delà des apparences, de ce qui se passe dans son pays: les gens qui disparaissent sans laisser de traces, la répression terrible, la peur muette et sordide des argentins.
   
   Elsa Osorio raconte un pan sombre et désespéré de l'histoire argentine: la terreur que font régner les militaires, les camps de détention secrets où les opposants au régime sont mis à la questions et surtout une des conséquence de la dictature, le vol, le placement dans les familles de militaire des bébés nés en captivité. Ces enfants volés, à la naissance ou lors des rafles, sont une façon, pour la dictature, d'éradiquer les foyers de contestation, de révolte: les louveteaux sont arrachés à leur mère pour être apprivoisés et éduqués correctement! L'image peut sembler outrancière, mais je ne pense pas être très loin de la véritable motivation de cette junte.
   
   Elsa Osorio met en scène des personnages aussi sordides que sublimes: La Bête, la main des basses oeuvres du colonel, le champion des aveux, le sans coeur, qui tombe amoureux de Miriam, sublime prostituée de haut vol qui ne peut plus avoir d'enfant. Cette dernière attendra avec impatience la naissance de l'enfant promis et verra ce dernier partir chez Dufau. Miriam, femme au coeur immense et au sens de l'honneur véritable: elle essaiera de respecter la promesse faite à Liliana, et au final elle n'échouera pas malgré les années à passer. Liliana, jeune femme révolutionnaire, qui illuminera Miriam, lui ouvrira les yeux sur les actes des militaires et qui connaîtra une courte et intense amitié avec cette dernière. Mariana, fille du colonel et femme d'Eduardo: une enfant gâtée, formatée à la haine envers tout ce qui peut avoir un rapport avec le communisme. Le lecteur aurait presque pitié d'elle mais au final, ce personnage n'inspire que dégoût: Mariana ne voit que par son père, est incapable de discernement objectif et soutient l'état de guerre instauré par le régime militaire. Est-ce entièrement sa faute? Doit-on lui trouver des circonstances atténuantes ou la condamner sans état d'âme? Peut-on lui reprocher son manque d'instinct maternel envers Luz, sa sévérité, sa rudesse? Après tout, on lui a caché la vérité, on ne lui a pas permis de faire le deuil de son enfant mort-né. Elle sent, inconsciemment, dans sa fibre maternelle, que Luz n'est pas une partie d'elle-même. Osorio a réussi ce personnage ambivalent, sombre, retors et à la fois victime: Mariana est à l'image d'une grande partie de la société des nantis d'alors.
   Que penser d'Eduardo? Lâche ou courageux? Toujours est-il qu'il aime profondément sa fille adoptive et qu'il lui donne plus de tendresse que Mariana.
   
   Le roman est construit comme un thriller: le lecteur est pris dans le tourbillon du récit, dans la verve des révélations, des rencontres avec les personnages. L'habilité de l'auteure est aussi d'avoir imbriqué plusieurs récits les uns dans les autres, des points de vue différents qui éclairent la quête de Luz. Le lecteur côtoie le récit de Luz, celui de Miriam, celui d'Eduardo par l'intermédiaire d'Alfonso son frère, et celui de la rencontre entre Luz et son père Carlos.
   « Luz ou le temps sauvage » a fait ressurgir un souvenir de lecture « Le Quintette de Buenos Aires » de Manuel Vasquez Montalban qui aborde, plus succinctement, cette sombre période argentine.
   
   Un roman passionnant, émouvant dont on ne sort pas indemne: les larmes sont souvent au rendez-vous, la gorge nouée et le coeur au bord des lèvres. J'ai été extrêmement touchée par ces histoires d'hommes et de femmes brisés par un rouleau compresseur qui aurait pu ne jamais s'arrêter...l'humanité ne peut déserter trop longtemps le coeur des hommes et se soulève pour que les gens redeviennent des êtres humains. Le prix, certes, est élevé, les larmes et le sang plus présents qu'à leur tour, mais l'espoir est là, Luz ou une lumière dans la sauvagerie des temps obscurs: Luz plie mais ne rompt pas et ouvre la fenêtre sur la réalité déplaisante qu'il faut assumer.
   
   Un vrai coup de coeur littéraire!!!

critique par Chatperlipopette




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Un récit poignant aux multiples rebondissements
Note :

   Argentine 1976. Myriam, ancienne prostituée, femme très séduisante et très belle, vit avec le sergent Pitiotti, surnommé "la Bête" à cause de sa brutalité. Fou amoureux d'elle, et alors que celle-ci est désespérée de ne plus pouvoir avoir d'enfant suite à un avortement, il lui promet qu'il va s'occuper de lui en procurer un. Il connaît en effet une détenue enceinte, Liliana, et il pense pouvoir lui subtiliser le bébé pour le donner à sa compagne.
   
   C'est compter sans l'intervention du lieutenant colonel Dufau, dont la fille Mariana vient d'accoucher d'un enfant mort né. Le bébé prévu pour Myriam est donc donné à Mariana, sans qu'elle sache qu'il ne s'agit pas de son propre enfant.
   
   Mais le temps que Mariana se remette de son accouchement, c'est Myriam qui va s'occuper du bébé et se lier d'amitié avec Liliana, la mère détenue politique. Quand elle réalise qu'on va prendre son bébé à cette femme contre son gré, elle se rebelle...
   
   Cette bouleversante et magnifique histoire nous est racontée par Luz, le bébé devenu grand, qui vient de retrouver Carlos, son père biologique, qui la pensait morte depuis longtemps. Elle va se confier à lui et remonter les fils de l'histoire et de leur histoire.
   
   A travers l'histoire de Luz, de ses parents Carlos et Liliana, de Myriam et du sergent Pitiotti, de Mariana et son mari Eduardo, et de bien d'autres personnages c'est toute une période de l'histoire de l'Argentine qui nous est retracée ici et que j'ai découverte : la dictature militaire des années 1976-1983 , la "guerre sale" , les tortures, les assassinats, les emprisonnements, les disparitions, l'exil. Car l'histoire de ce livre et de Luz, c'est l'histoire de tous ces enfants qui ont disparu en étant donné à des dignitaires de la junte militaire après que soit falsifié leur acte de naissance. C'est l'histoire aussi du mouvement des mères de la place de mai.
   
   Ce récit est poignant, avec de multiples rebondissements, j'ai eu beaucoup de mal à lâcher ce livre passionnant que j'ai lu d'une traite. J'ai tout particulièrement été séduite par la structure narrative qui alterne le récit de Luz et le dialogue de Luz et Carlos.
    ↓

critique par Clochette




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Pour les Grands-mères de mai
Note :

   Ce roman traînait dans ma pile depuis une éternité. En effet, c’était le premier livre que le blogoclub de lecture (anciennement "Le club de lecture des blogueuses") lisait quand j’ai commencé à bloguer… en 2007. Les avis étaient bons alors je l’avais acheté, avec l’objectif de le lire rapido pour pouvoir en parler aussi avec les membres du club. Résultat? Je le lis 8 ans plus tard. Comment on dit? Oups?
   
   J’ai aussi traîné ma lecture sur presque 2 semaines par total manque de temps (j’avais de la visite!), ce qui ne m’a pas empêchée de vivre dans cette histoire pendant ces deux semaines. C’est un roman bouleversant, avec une construction qui m’a beaucoup plu (j’ai un faible pour les constructions non-linéaires, je l’avoue), qui nous emmène dans une Argentine pas si ancienne (années 70, début 80) dans laquelle régnait une dictature militaire et une répression importante. Cette période a résulté en milliers de "disparus" et en de nombreux "enfants de disparus" volés à leurs parents et élevés par des proches de la dictature militaire. Bien entendu, je ne connaissais rien de tout ça. Call me inculte.
   
   Le roman s’ouvre donc sur Luz, adulte et mère, qui rencontre son père biologique, en Espagne. Il n’avait aucune idée de son existence. Aucune idée qu’elle avait survécu. Et à partir ce cet événement, nous retournerons en arrière où, sous différents points de vue, nous vivrons l’histoire de Luz, qui débute à sa naissance, d’une mère en captivité. Nous rencontrerons donc Miriam, ancienne prostituée qui veut devenir mère, Eduardo et Mariana, jeune couple sur le point d’avoir un enfant, et un général de l’armée qui veut réprimer les rebelles. Tous ces personnages gravitent autour de la petite Luz, qui grandit sans trop savoir qui elle est et qui se sent étrangère à la famille qu’elle croit la sienne.
   
   Les horreurs de la dictature ne nous sont pas épargnées. C’est souvent très dur, j’en ai frissonné d’horreur et je n’ai pu m’empêcher de souffrir avec Luz aux propos de sa mère, terribles, dévastateurs. Ce personnage est devenu réel pour moi et impossible de ne pas se dire que cette jeune fille a une force de caractère incroyable pour échapper à cette emprise et à chercher la vérité. Le personnage de Miriam est poignant et quelle émotion pour les Grands-mères de mai…
   
   Bref, j’ai adoré.

critique par Karine




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