Lecture / Ecriture
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Jeune Fille de Anne Wiazemsky

Anne Wiazemsky
  Jeune Fille
  Une année studieuse
  Une poignée de gens
  Mon enfant de Berlin
  Un an après

Anne Wiazemsky est une écrivain, comédienne et réalisatrice française, née en 1947 à Berlin et morte en 2017.

Jeune Fille - Anne Wiazemsky

Années 60
Note :

   Anne Wiazemsky dans ce roman plein de sentiments contradictoires nous parle d’une époque de la vie à nulle autre pareille : l’adolescence.
   
    La rencontre d’Anne (18 ans et petite- fille de François Mauriac), jeune fille bourgeoise pas encore émancipée ; avec Robert Bresson, vieux cinéaste exigeant, enjôleur et possessif ; est le prétexte choisi pour nous faire découvrir les sentiments mêlés de naïveté et de perversité qui vont à tour de rôle , et suivant les situations, assaillir l’adolescente, jusqu’à ce qu’elle s’émancipe de cette espèce de fascination qu’exerce l’homme de renom sur une jeune fille encore dans le giron de sa mère.
   Quelle adolescente, de cette génération, ne se reconnaîtrait pas dans cette étude de caractère ?
   
   L’auteure- qui est devenue ensuite l’égérie de Godard- choisit minutieusement ses mots pour qu’on ait une impression de fraîcheur et de spontanéité plutôt que de révolte vis à vis des procédés égoïstes et caractériels que son mentor n’hésite pas à employer. Anne découvre et est subjuguée par ce génie artistique, et cependant refuse les caresses qu’elle estime trop déplacées. Ce qui ne l’empêche pas de penser à un autre moment, et concernant le jeune homme avec lequel elle décide de faire l’amour: « Son indifférence provoqua une douleur si fulgurante que j'en fus étourdie : c'était donc ça, ne pas être aimée ?»
   
   Cette interrogation nous renvoie aux rapports qu’elle entretient avec Bresson ; elle redoute ses gestes trop appuyés et en même temps, elle est flattée par l’espèce d’adoration qu’il semble lui porter. C’est tout l’art d’Anne Wiazemsky : pudeur et émotion contenues, souvenir de jours heureux, sans nostalgie, juste composition mi Colette, mi Sagan…
   
   On retrouve ce même dilemme dans ses rapports mère – fille :
   « A mesure que le bac se rapprochait de La Rochelle, j’oubliais maman et la semaine auprès d’elle : c’était déjà du passé, cela ne comptait plus…
   …. J’avais maintenant l’impression d’appartenir à un autre monde. »
   « Le beau visage tourmenté de maman quand je la retrouvais recroquevillée sur la banquette du café où elle m'attendait... Ce n'était plus une femme de quarante-huit ans, mais une gamine de mon âge qui rêvait d'un ailleurs, d'une autre vie : elle était comme un reflet dans le miroir, si semblable à moi ou moi à elle. L'espace de deux à trois secondes, j'eus la certitude que nous partagions enfin quelque chose d'essentiel. »

   
   « Jeune Fille » est un vrai roman d’apprentissage, largement autobiographique, semble –t-il, à une époque où les rencontres de quelques grandes figures de la vie culturelle française des années 60 ont laissé leur empreinte.
   J’y ai pris autant de plaisir que dans « Hymnes à l’amour», du même auteur, dont l’adaptation cinématographique a été primée.

critique par Jaqlin




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