Lecture / Ecriture
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Le cœur est un muscle involontaire de Monique Proulx

Monique Proulx
  Les Aurores Montréales
  Le cœur est un muscle involontaire

Le cœur est un muscle involontaire - Monique Proulx

A lire !!
Note :

   Montréal, dans les années 2000, Florence aime Zéno. Jeunes associés, ils créent des sites web pour des artistes soucieux d’étendre leur popularité. On ne peut imaginer personnalités plus dissemblables. Zéno est charmeur, beau-parleur, fou de son chien et lecteur vorace. Florence est froide, indifférente à tout ce qu’aime son patron et ex-amant. Elle "ne tolère pas l’arrogance pesante des livres. Dans un livre de 300 pages, il y a toujours 250 pages de trop". Les chiens ça pue, et les gens ça gêne. Pourtant, ces deux-là sont inséparables et se comprennent en deux coups de smileys.
   
   Pierre Laliberté «est cet écrivain mythique dont personne n’a jamais aperçu le visage, qui vit reclus comme un lépreux alors que les honneurs se ternissent et s’érodent à l’attendre.»
   Zéno l’adule comme des milliers d’autres.
   Par un concours de circonstances, c’est Florence qui va se charger de le chercher, et une curieuse relation va s’établir : à sa façon unique, il va lui montrer le chemin de la vraie vie.
   
   Construit un peu comme un polar, ce superbe roman est un enchantement de bout en bout. L’écriture de Monique Proulx est irréprochable, pas un mot de trop, des phrases qu’on voudrait relever par brassées, une action rythmée et du sens, un important message derrière tout ça. Il m’aurait juste fallu avoir déjà lu "Réjean Ducharme" pour appréhender correctement le personnage de Laliberté, retrouver son univers, ce sera l’occasion d’une relecture gourmande une fois ceci réparé.
   «Ca semble peu, mais c’est énorme. A vrai dire, on n’a besoin de rien d’autre. Pour affronter n’importe quoi, on a besoin de rien d’autre que de cette illusion, de temps en temps, que notre vie importe à quelqu’un qui ne nous connaît pas.»
   
   «Les transitions sont des moments dangereux qui nous perchent au milieu de rien, désintégrés par la perte de l’instant fort auquel on s’était habitué et l’inexistence de celui qui suivra (manger ? travailler ? pleurer ?). C’est sûrement dans les transitions que les dépressifs sombrent dans la dépression, les criminels dans le crime, et les artistes dignes de ce nom dans des illuminations qui bousculeront leur vie et celle des autres.»
   
   «Je ne bois pas, je ne vois rien, je ne suis pas son genre de femme à peloter ou à séduire, bref, que reste-t-il à espérer de la situation ? Je parle pour lui, bien sûr. Moi, j’attends tout, puisque je n’ai rien à offrir.»

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critique par Cuné




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Une écriture chatoyante
Note :

   Florence déteste les livres, les écrivains et les chiens. Elle bosse avec Zéno, partageant avec lui un sentiment à mi-chemin entre amour et amitié, sentiment dont Monique Proulx parle très joliment: "Un jour Zéno et moi, quand on sera tout à fait grands sans être vieux, on inventera un sentiment bien plus aérien que l'amour, bien plus ardent que l'amitié, dans lequel, nuit et jour on pourra s'étendre pour réparer nos cassures.
   En attendant, on a ça, ce petit paquet de chaleur et de chardons."

   
   Florence, bien malgré elle, va se retrouver à la poursuite d'un écrivain "invisible", sorte de Salinger québécois, qui lui a volé une phrase, celle qui donne son titre au roman: Le cœur est un muscle involontaire (écho de Le cœur est un chasseur solitaire?). Cet écrivain mystérieux, Pierre Laliberté, dont elle n'a que faire, évidemment est l'idole de Zéno... S'en suit alors une quête pleine de péripéties et d'humour, où notre héroïne devra s'accommoder de cadeaux fort encombrants, dont je me garderai bien de révéler la teneur:"Je suis tombée sur une jovialiste, c'est bien ma chance." et apprendra petit à petit à voir le monde d'une façon différente.
   
   On pleure, on rit, on note au passage quelques jurons bien sentis que l'héroïne s'adresse pour se fustiger: "manche à balai irascible", "maudite limace molle", on applaudit des deux mains aux descriptions hallucinées d'un centre commercial ou, plus poétiques mais tout aussi inspirées, du centre de New-York, bref on passe un excellent moment car Monique Proulx possède tout à la fois le sens du récit et une écriture chatoyante.
   
   399 pages pleines de charme.

critique par Cathulu




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