Lecture / Ecriture
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Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris

Gilles Paris
  Autobiographie d’une courgette
  Au pays des kangourous
  L'été des lucioles
  Le vertige des falaises

Gilles Paris est un auteur français né en 1959.

Autobiographie d’une courgette - Gilles Paris

Sans collier mais pas perdu…
Note :

   Si comme on dit «la vérité sort de la bouche des enfants», les sensations comme la tristesse, le malheur ou encore le bonheur prennent à leurs yeux des proportions bien plus édifiantes voire plus intenses, plus justes, plus sincères que si elles étaient vécues par un adulte. Le monde des grands est bien souvent plein d’interrogations, de contradictions, de désillusions voire d’incompréhensions pour un petit bout. Leurs seules armes pour se défendre restent la dérision et l’insouciance…
   
   Né du mauvais côté de la vie, Icare, dit la «courgette», nous raconte la sienne. Il nous explique comment par erreur, en voulant tuer le ciel, il a tué sa mère avec le revolver qu’il a trouvé en fouillant un tiroir. Retrouvé prostré dans son grenier par les gendarmes, lieu où il se réfugie habituellement pour éviter les colères terribles de sa maman, il sera pris en charge, jugé et confié aux soins de Geneviève, directrice d’une maison d’accueil pour enfants en difficultés. Là, il fera connaissance avec les «Zéducateurs», le cuisinier, monsieur Paul l’instituteur, avec «Jujube», Ahmed, Simon, Béatrice, les autres pensionnaires, et surtout celle qui deviendra tout pour lui, Camille…
   
   Il découvrira au fil des jours qu’il n’est pas seul dans cette galère, dans le malheur. A force de confidences entre eux, de vivre ensemble, les enfants vont tisser des liens, s’unir, pleurer, rire, découvrir ce que peut vouloir dire le mot famille. Il y a Rosy, leur éducatrice préférée qui dort avec eux, les couve et les veille comme s’ils étaient ses enfants. Il y a Raymond, ce gendarme pour qui la Courgette s’est pris d’affection et qui le lui rend bien…
   
   Ce livre, qui est raconté par un enfant de neuf ans, est un véritable flot d’émotions. Ça ne s’arrête jamais. On se voit ainsi passer du rire aux larmes sans vraiment s’en rendre compte. Des situations cocasses, à celles plus terribles où les confidences des malheurs vécus par les enfants se font plus poignantes, on se retrouve emprisonné dans les bras de «Rosy» à découvrir l’amour…
   
   Si au début on trébuche à la lecture, un peu perturbé par le style utilisé (n’oublions pas que le narrateur est un enfant de neuf ans), on quitte rapidement la surface de la réalité pour plonger dans l’univers exclusif d’un enfant de galère…
   
   Il est des situations dans lesquelles un enfant n’est jamais coupable, ni même responsable… Ce livre nous le montre bien…
   
   Magnifique.
    ↓

critique par Patch




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Sourires et émotion
Note :

   Le contenu est beaucoup plus grave que le titre ne le laisse imaginer. Gilles Paris se glisse dans la peau d'Icare dit Courgette afin de dire avec un vocabulaire enfantin, les souffrances de ces enfants malmenés par leurs parents (qu'ils aiment en dépit de tout), par la vie tout simplement. Enfant battu, abusé, orphelins, parents en prison, aucun d'entre eux n'a été épargné en dépit de leur jeune âge.
   
   Ils découvrent dans ce foyer des habitudes alimentaires, une hygiène de vie et une atmosphère différente de celle qu'ils ont connu jusqu'alors. Tous ne réagissent pas de la même façon : Jujube dévore tout et a toujours mal quelque part, Ahmed se raccroche à son lapin doudou et a peur de tout, Béatrice garde les doigts dans le nez ou dans la bouche, Alice cache ses yeux et son absence de sourire derrière ses cheveux, Simon fait front de toute part, Boris et Antoine les deux frères se raccrochent l'un à l'autre... et Courgette découvre la complicité et l'amour de Camille.
   
   En leur compagnie et avec le personnel encadrant, les "zéducateurs", la directrice, le cuisinier, l'instituteur etc. Courgette découvre que la vie ne se cantonne pas à la télévision, que les personnes peuvent s'adresser à lui en le regardant, en le touchant, en l'embrassant. Ce qui est vrai pour lui l'est également pour ses camarades.
   
   Si le style pourra perturber certains, il rend au plus juste les instants vécus par Courgette et ses amis, nous permet par les échanges entre eux avec "leurs mots" de mettre le doigt sur la violence subie (physique ou morale) avec des termes parfois plus agréables à lire qu'à comprendre. Ainsi Camille dont la maman couturière le jour, recoud les coeurs "de ces messieurs qui venaient les mains vides" le soir venu. (...)"Elle ne travaillait plus avec un dé, une aiguille, ou sa machine, juste avec sa langue(...)". Parfois Courgette vous semblera utiliser un vocabulaire plus proche de 7 ans que des 10, mais comme lui dit son copain Simon, il a de la peluche dans la tête, liée à son éducation passée.
   
   J'ai alterné les sourires et la gorge serrée, et j'ai eu du mal à me détacher de ce livre. La première partie parce que je souhaitais connaître le secret de Simon. La seconde parce que je me demandais comment l'auteur allait poursuivre encore sur une centaine de pages sans m'ennuyer, sans se répéter. Opération réussie.

critique par Delphine




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