Lecture / Ecriture
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Baudolino de Umberto Eco

Umberto Eco
  Baudolino
  Dire presque la même chose – Expériences de traduction
  Le Nom de la rose
  Comment voyager avec un saumon
  Le cimetière de Prague
  Vertige de la liste
  La Mystérieuse flamme de la reine Loana
  Confessions d’un jeune romancier
  Histoire de la Laideur
  Numéro zéro
  N’espérez pas vous débarrasser des livres
  Construire l’ennemi et autres écrits occasionnels

Umberto Eco est un érudit et homme de lettres italien né en 1932.

Baudolino - Umberto Eco

Un chevalier imaginatif
Note :

   Supposons que vous ignorez tout de la cartographie médiévale, que vous n'avez pas lu l' "Odyssée" du divin Homère, ni la "Prise de Constantinople" du chevalier Villehardouin, que vous n'ayez dévoré aucun roman d' heroic fanzy, aucune biographie de Frédéric Barberousse, pas plus que les "Inventions et pérégrinations d'Alfanhui" de Ferlosio, ni même l'"Alamut" de Bartol, ni le "Chevalier inexistant" de Calvino, ni le "Livre des Merveilles" de Marco Polo. Oui, supposons tout cela. Alors, Umberto Eco a écrit "Baudolino" rien que pour vous ! Le premier chapitre sera un test de lecture des plus décisifs ! Puis il vous faudra persévérer, prendre des notes et vous accrocher. La vie (culturelle) est un combat. Courage !
   
   En revanche, si vous connaissez déjà les querelles des villes guelfes et des empereurs souabes, si vous avez déjà entrevu avec délices les innombrables et insondables querelles byzantines sur la Trinité et la nature du Christ, si vous vous inquiétez encore de l'origine du saint suaire, si vous doutez toujours du saint Graal, si vous imaginez que les Assassins-Haschichins du Vieux de la Montagne ne sont que de vulgaires précurseurs des kamikazes d'al-Qaida, si vous pensez que les Croisades allaient toutes délivrer Jérusalem, si vous ne faites pas encore de différence entre Génois et Vénitiens, si…, si…, si… Alors vous dévorerez ce livre superbe écrit à la gloire du moyen-âge, incessant clin d'œil à ses légendes, à ses belles Dames, à ses preux chevaliers, à ses moines orthodoxes,— écrit aussi à la gloire du mensonge permanent appelé fiction.
   
   Concrétement, Umberto Eco nous fait suivre Baudolino de son village piémontais en 1154 à la cour auprès de l'empereur Frédéric Barberousse, et de la prise de Milan à celle de Constantinople en 1204. Toutes ses aventures sont déroulées devant nous en un récit conté au grec Nikétas qui a le bon goût d'y croire plus qu'à moitié car, lorsque les Croisés pillèrent sa ville et embrochèrent ses habitants, c'est Baudolino en personne qui l'avait sauvé. Baudolino a aussi le don des langues ce qui facilite les voyages lointains à la recherche du royaume du Prêtre Jean. Il a aussi le don d'inventer des reliques fussent-elles des Rois Mages ou de saint Jean-Baptiste. Les questions religieuses jouent un rôle important dans l'intrigue : Umberto Eco se moque gentiment des pratiques et croyances médiévales. Il se moque aussi des polars d'aujourd'hui en résolvant un mystère pluriséculaire : qui donc a tué l'empereur Barberousse ?
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critique par Mapero




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Se cultiver en s'amusant
Note :

   C’est son quatrième roman après "le Nom de la Rose", "le Pendule de Foucauld" et "l’Ile du jour d’avant".
   
   Le récit qui nous attend en introduction, est de Baudolino lui-même, écrit à l’âge de treize ans, un charabia qui ne dépaysera pas le lecteur, si celui-ci est ou a été professeur de collège. Notre héros illettré est déjà savant tout de même, sur la façon de s’orienter dans le brouillard du Piémont, de gratter un parchemin pour le réutiliser, d’organiser des parties lestes en compagnie de jeunes filles et de licornes, et ces mots allemands dont il est si fier. A force de vadrouiller partout, le jeune garçon se fait adopter par l’empereur Frédéric, qui l’achète à ses parents pour trois fois rien.
   Le lecteur du parchemin, en fait, est Nicétas orateur, fuyant Constantinople mise à sac en 1205. Baudolino l’a sauvé, et ils se retrouvent en sûreté retirés de la ville assiégée et pillée.
   Il a environ soixante ans, estime Nicétas, et se montre désireux de raconter la suite de son histoire depuis le parchemin de ses treize ans. Nicétas va l’écouter car l’homme parle un grec assez fluide et élégant. Et le personnage est vraiment très curieux!
   Adopté par l’empereur Frédéric surnommé Barberousse, Baudolino s’instruit; c’est à Paris, en étudiant les Arts libéraux, qu’il se fait quelques amis fidèles, sa future petite cours personnelle: Abdul, troubadour (calqué sur Jauffret Rudel, il aspire à une princesse lointaine); Boron philosphe qui discourt sur le vide et cherche le "gradale"; le Poète, qui n’écrit aucun vers mais se révèlera bon stratège politique, Kyot, venu de Bretagne chercher aussi le Vase sacré et Solomon de Gérone rabbin avide de retrouver les dix tribus d’Israël perdues en terres lointaines. Baudolino, lui, est en quête du royaume du Prêtre Jean. Leurs quêtes différent quelque peu mais pas leur destination; ils aspirent à se mettre en route pour l’Orient.
   Avant cela, ils devront assister Frédéric dans maintes batailles, soit pour assiéger telle ville, soit pour la défendre, manœuvrer auprès du Pape, fabriquer et vendre des reliques…
   
   Ce roman appartient au genre picaresque. Baudolino, d’une naissance modeste (un "gueux") va s’élever dans la société, plus ou moins marginal, mais diablement intelligent et inventif, et connaître de multiples aventures avec ses comparses: Eco mêle des épisodes quasi bibliques, la quête de l’Amour Courtois, celle du Graal, l’Enfer de Dante et sa forêt obscure, des rencontres de philosophes grecs, de monstres horrifiques, et même les Mille et une nuits car l’on voyage à dos d’oiseau Roc!
   
   J’ai bien noté quelques longueurs (un peu trop de batailles) mais l’ensemble est vraiment bon; tantôt l’on s’amuse, tantôt l’on s’instruit, non sans rafraîchir ses connaissances.

critique par Jehanne




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