Lecture / Ecriture
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L'ancre des rêves de Gaëlle Nohant

Gaëlle Nohant
  L'ancre des rêves
  La part des flammes
  Légende du dormeur éveillé

Gaëlle Nohant est une écrivaine française née en 1973 à Paris.

L'ancre des rêves - Gaëlle Nohant

Onirique...
Note :

   "Ils ne se disaient jamais fais de beaux rêves. Bonne nuit, c’était déjà une espérance."
   
   « Guinoux, plus vexé qu’il ne voulait l’admettre, se replongea dans sa lecture.
   Mais il n’arrivait plus à fixer son attention sur les cases. Quelque chose prenait tout l’espace, s’intercalait entre le livre et sa rétine, quelque chose d’indéfinissable, qui n’était pas réellement des images, pas même des mots. Plutôt la trace imperceptible d’un message éclair qui avait traversé l’espace, laissant derrière lui le bruit étouffé d’une cavalcade, une ombre dansant sur les dessins nets et rigoureux d’Hergé, l’écho atténué – et d’autant plus effrayant – d’un long hennissement. »

   
   Nonobstant la cavalcade et le hennissement, ce passage s’applique à la perfection à ce qui nous saisit en nous immergeant dans ce roman : une peur indéfinissable, un malaise qu’on réprime derrière le coin de l’œil, on veut savoir, avancer, comprendre, et en même temps on est tellement dans l’ambiance, tellement offerts à l’imagination de l’auteure qu’on s’attarde malgré soi dans cette atmosphère inquiétante et juste à la lisière du fantastique qui nous détache du réel.
   
   Nous sommes en Bretagne, en 1985, dans une famille unie, où les quatre enfants ont une particularité : leurs nuits sont peuplées de cauchemars récurrents. Chacun a le sien, au sujet duquel on ne communique pas. Pas plus qu’on n’évoque ouvertement l’interdiction formelle de s’approcher de la mer. Jusqu’au jour où Lunaire en a assez : peut-être qu’en se renseignant sur ses personnages nocturnes, il comprendrait un peu mieux ce qui se passe ? Suivons-le sur les chemins du début du siècle…
   
   Cet excellent premier roman de Gaëlle Nohant a déjà été l’objet de nombreux billets sur les différents blogs littéraires, tous élogieux, tous enthousiastes. Vous me pardonnerez de ne pas partir à leur recherche, je veux faire perdurer mes propres images mentales, ce sentiment impalpable qui nous étreint lorsqu’on a aimé un roman, ces sensations un peu confuses qui font un tout et qu’on ne veut surtout pas voir disséquées.
   
   Quelques heures dans une brèche quelque part dans un monde un peu merveilleux, ah c’était bien. Je repars quand tu veux, Gaëlle. (En attendant j’ai fait le plein de barres de quatre quarts, aie !)
   ↓

critique par Cuné




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Comme une légende bretonne
Note :

   On a beaucoup parlé l’an dernier du livre de Gaëlle Nohant, "L’Ancre des Rêves". Rendue curieuse par le titre et la couverture, j’ai acheté ce roman pratiquement à sa sortie, mais il a fallu attendre cet été pour que je le lise enfin.
   
   L’histoire est celle de quatre frères couvés par une mère qui cherche à tout prix à les écarter de l’océan. Pourtant, chaque nuit, les garçons font de terribles cauchemars : une noyade, des chevaux sanguinaires, un bateau pirate au capitaine effroyable. S’ils essaient de faire bonne figure pendant la journée, Benoît, Lunaire et Guinoux (le quatrième n’est encore qu’un bébé) sont fortement perturbés par leurs nuits mouvementées. Ils entretiennent des relations difficiles, entre sentiments refoulés, jalousies et complexes. Les deux aînés n’aspirent qu’à quitter leur Bretagne natale et leur mère, qui ne comprend pas pourquoi ses enfants ne songent qu’à l’abandonner.
   
   Puis Lunaire va tenter de vaincre son cauchemar; pour cela, il décide de faire des recherches dans la région afin de savoir si, par hasard, son rêve n’aurait pas un rapport quelconque avec la réalité. C’est alors que, petit à petit, aidé par le vieux Eb et Ardelia, jeune femme en 1912, Lunaire va tisser un pont entre son cauchemar et une tragédie, un naufrage ayant eu lieu bien avant sa naissance.
   
   Happée presque de suite par le récit envoûtant, j’ai moi aussi succombé à l’univers breton de ces histoires de marins, ces tragédies familiales, ces rêves terrifiants reprenant corps chaque nuit. Séduite a priori par le contexte, j’ai beaucoup apprécié les belles descriptions d’une terre balayée par le vent et d’un océan indomptable. J’ai beaucoup aimé le principe sur lequel s’appuie l’histoire, à savoir le va-et-vient constant entre monde des rêves et monde réel. Le déroulement progressif des liens entre les cauchemars des enfants est aussi réussi. L’histoire est complexe, les personnages nombreux, les événements marquants légion. Je suis peut-être restée un peu sur ma faim avec les derniers chapitres, qui n’ont pas apporté de révélation fracassante par rapport à ce que j’avais déjà pressenti. Mais cette petite déception a peu de poids face au plaisir que j’ai pris à la lecture, particulièrement conquise par le cadre marin.
   
   C’est un premier roman très prometteur : à l’histoire originale et bien menée s’ajoutent un style très agréable et de belles images – peut-être parfois un peu trop nombreuses pour ne pas nuire au rythme du récit. Deux références à A.S. Byatt et à Donna Tartt en début de partie vous donneront aussi une petite idée des influences de ce roman ; en ce qui me concerne, je n’en ai été que plus curieuse de découvrir la suite, intriguée par ces deux citations.
   
   Roman contemporain dont les héros évoluent tout au long du XXe siècle, "L’Ancre des Rêves" ne manque pas de rappeler les vieilles légendes bretonnes par son sujet et son contexte. Sans chercher à tout expliquer, l’enquête ouvre une brèche dans des rêves dont on ne comprend pas toujours le rapport entretenu avec la réalité.
   
   Univers fantastique mais aussi aventure d’un autre temps, roman rendant indirectement hommage au dur métier de marin à l’époque de la grande pêche, évocation du temps qui passe et des liens souvent inconnus entre les membres d’une même famille sur plusieurs générations, relations fraternelles et filiales difficiles, questionnements à l’adolescence… les sujets de ce livre ne manquent pas. Orchestrant avec habileté tous ces éléments pour le moins indisciplinés, Gaëlle Nohant réussit là son premier roman, avec un univers à part et un texte doté de bien des qualités.
   
   Extraits :
   «D’une infirmité qui les tenait à l’écart des autres, ils avaient fait une réputation de mystère. Dans le cercle de leurs amis, personne ne savait pourquoi les frères Guérindel ne se baignaient pas. L’imagination galopait, les rumeurs couraient, toutes plus folles les unes que les autres, non démenties. Des petites filles romantiques racontaient qu’Enogat avait un passé de sirène, et que si les garçons touchaient la mer ils retrouveraient leurs nageoires et leur peau translucide et disparaîtraient dans les flots, rejoignant le peuple sombre qui s’agitait en bas. D’autres disaient que les parents des garçons avaient passé un marché occulte avec la mer : ils auraient quatre garçons, mais devraient en rendre un qu’elle reviendrait chercher un jour quand il serait venu au monde. Seulement ils aimaient trop leurs fils pour en sacrifier un seul, et n’approchaient plus la mer de peur qu’elle vienne réclamer son dû. Cette histoire-là était la préférée des cours d’école, parce qu’on sentait bien que la Manche ruminait des vengeances, qu’elle attendait son heure.»
   ↓

critique par Lou




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Un réel coup de cœur
Note :

    Présentation de l'éditeur
   
   "À quoi rêvent les enfants Guérindel? Dans quels territoires errent-ils pour s'en échapper en nage, chaque nuit, terrifiés entre leurs draps? Benoît, Lunaire Guinoux et Samson le nourrisson, bravent ainsi en cauchemar l'interdit maternal... la mer, cette grande inconnue. Irrémédiablement terrienne, dans ce pays breton où le large est tout, la fratrie s'y trouve happée, dès que la lumière s'éteint. Trois-mâts, pirates et noyées... La peur les submerge. Car dans leurs veines coule un sang salé..."
   

   
   Commentaire
   

   Quel roman magnifique!
   
   Je ne veux pas trop en dire sur ce roman. En plus, pour une fois, la quatrième de couverture tient très bien son rôle (je le jure.. vous pouvez la lire en toute quiétude). Sachez seulement que dans les rêves des enfants Guérindel s'entrechoquent personnages mystérieux, trois mâts secoués, algues et eaux troublantes. C'est l'histoire d'enfants qui ne réussissent pas à échapper à l'histoire familiale et à ses drames malgré l'Interdit ultime et qui leur semble irraisonné. L'interdit de la mer. La mer qui bat les côtes à quelques kilomètres de là. Le jour, ils ne se disent pas tout. Mais ils sont unis la par ce silence qu'on leur a imposé. Et c'est à travers la quête de Lunaire, qui décide de combattre ses rêves, de combattre la peur, que des histoires vont surgir, s'entremêler et permettre aux enfants de grandir.
   
   Je suis tombée amoureuse de l'écriture de Gaëlle Nohant. Poétique, elle nous bouscule, nous rythme, comme cette mer dont elle nous parle si bien. Elle a réussi à me faire ressentir cet appel, cette relation amour-haine, ce combat continuel qui se joue dans le cœur de ces marins qui partent, année après année. On a l'impression qu'elle les comprend, que c'est son quotidien que de voguer sur ces grands et petits navires (alors que non, pas du tout). Ses personnages sont vivants, complexes même si parfois ils n'apparaissent que brièvement. Le personnage de la mère m'a particulièrement touchée. On ressent leur histoire avec tous nos sens. Oui, je sais, mon verbe est bizarre. Mais c'est le seul que j'ai trouvé qui exprime un peu la façon dont j'ai vécu ce roman. Je me suis laissée porter et j'étais pendue aux lèvres des personnages qui racontaient leur histoire.
   
   Une histoire à retracer, des personnages vivants et émouvants et une façon de raconter la mer que j'ai trouvée grandiose. Une construction que j'ai beaucoup aimée et un léger élément fantastique qui s'insère parfaitement dans la trame narrative.
   
   J'espère réellement un jour relire les mots de Gaëlle Nohant... attendons!

critique par Karine




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