Lecture / Ecriture
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La Saga des émigrants, Tome 2 - La traversée de Vilhelm Moberg

Vilhelm Moberg
  La Saga des émigrants, Tome 1 - Au pays
  La Saga des émigrants, Tome 2 - La traversée
  La Saga des émigrants, Tome 3 - Le nouveau monde
  La Saga des émigrants, Tome 4 - Dans la forêt du Minnesota
  La Saga des émigrants, Tome 5- Les pionniers du lac Ki-Chi-Saga
  La Saga des émigrants, Tome 6- L'or et l'eau
  La Saga des émigrants, Tome 7 - Les épreuves du citoyen
  La Saga des émigrants, Tome 8 - La dernière lettre au pays natal
  La femme d'un seul homme

Né en 1898 et mort en 1973, l’écrivain Vilhelm Moberg était aussi journaliste. Il fut même en 1921 le plus jeune rédacteur en chef que la Suède ait eu.

La Saga des émigrants, Tome 2 - La traversée - Vilhelm Moberg

Deux mois et demi
Note :

   Dix semaines de traversée, voilà ce que raconte ce deuxième tome.
   
   Dix semaines éreintantes, remplies d'embûches, où la foi vacille pour tout le monde.
   
   D'interrogations pratiques en constatations effarées, le scorbut et le mal de mer sévissent et l'espoir se ternit. L'Amérique sera-t-elle à l'Eldorado attendu ? L'atteindre est pourtant une grande joie pour nous lecteurs, surtout après la frayeur des dernières pages.
   
   Vilhelm Moberg fait parler les voix intérieures de chaque personnage tour à tour, et elles sont toutes pleines de bon sens. On partage leurs questionnements, on se sent vraiment partie prenante de l'histoire.
   
   De jolis moments de rigolade aussi, avec par exemple la découverte de l'écriture phonétique pour Robert.
   
   Déjà cependant, certains rappels font un peu trop répétition et c'est là le seul point un peu embêtant !
    ↓

critique par Cuné




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Vers l'autre rive
Note :

   Ce qui est bien avec cette Saga, c’est que l’intérêt augmente d’un tome à l’autre. L’on a souvent entendu parler des souffrances subies par les pionniers entassés dans des cales exiguës, sans possibilité d’intimité ni d’hygiène, tourmentés par les poux, le mal de mer et bientôt le scorbut, mais c’est autre chose de le vivre par l’intermédiaire des personnages.
   
    Dès son premier pas sur La Charlotta, vieux rafiot qui ne semble pas pouvoir tenir la route, Kristina, enceinte, sait qu’elle va mourir. Nous assistons avec empathie aux épreuves quotidiennes qu’endurent les voyageurs. L’absence de vent retarde encore l’arrivée à New York. La maladie sévit, la mort rôde et emporte plusieurs d’entre eux. Les conditions de vie, les rapports conflictuels liés à la promiscuité, l’odeur pestilentielle, la saleté, les vomissures qui s’incrustent dans les vêtements, les cheveux, sur les couvertures, sont décrits avec un tel réalisme que l’on a parfois l’impression de partager cet enfer.
   
   D’autre part, Vilhem Moberg décrit avec beaucoup d’acuité la psychologie des personnages, leur révolte vis à vis de Dieu qui les abandonne à l’océan ou au contraire la foi qui les raffermit; leur peur de cette immensité liquide prête à les engloutir. Il analyse leurs sentiments lorsqu’ils comprennent que c’est un voyage sans retour, qu’ils ne reverront plus jamais la terre natale et les vieux parents qu’ils ont laissés désemparés sur le pas de la porte, et aussi les lieux où ils ont été jeunes et amoureux.
   
   Le style est parfois empreint de nostalgie, parfois traversé d’humour comme lorsque Robert apprend l’anglais ; il peut atteindre le burlesque avec les contes grivois de Jonas Petter mais il prend aussi le ton de l’épopée. En effet, il y a quelque chose d’épique dans cette traversée, dans le contraste entre l’infiniment petit, les hommes, face à l’immensité de l’océan.
   
   "Robert écoutait le fracas des paquets de mer, au-dessus de leurs têtes. Ils claquaient, clapotaient, puis coulaient sur le pont. Une puissante masse d’eau s’abattait, cognait contre le navire et rebondissait. Lorsque la vague se brisait sur le pont le bruit faisait vacarme et bouchait les oreilles comme une grande gifle. La vague venait frapper le flanc du navire, se brisait et retombait dans la mer. Puis survenait la suivante (…) Il écoutait ces vagues, les unes après les autres, et entendait le navire se libérer chaque fois de la langue de mer, échapper à la grande gueule béante du monstre. La Charlotta flottait toujours."
   

    L’énergie dans la marche de ce petit voilier se frayant un chemin sur les abysses, le courage, la détermination de ces pauvres gens, malgré leurs doutes et leurs angoisses, nous entraînent bien loin. Un suspense se crée; une envie d’arriver au port comme eux. Une lecture, donc, que l’on ne peut quitter. Je dois dire que j’ai préféré le deuxième tome même si j’ai aimé le premier. Je considère "Au Pays" comme une scène d’exposition nécessaire et intéressante. Mais "La Traversée" est animé d’un souffle plus intense.

critique par Claudialucia




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