Lecture / Ecriture
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La Saga des émigrants, Tome 1 - Au pays de Vilhelm Moberg

Vilhelm Moberg
  La Saga des émigrants, Tome 1 - Au pays
  La Saga des émigrants, Tome 2 - La traversée
  La Saga des émigrants, Tome 3 - Le nouveau monde
  La Saga des émigrants, Tome 4 - Dans la forêt du Minnesota
  La Saga des émigrants, Tome 5- Les pionniers du lac Ki-Chi-Saga
  La Saga des émigrants, Tome 6- L'or et l'eau
  La Saga des émigrants, Tome 7 - Les épreuves du citoyen
  La Saga des émigrants, Tome 8 - La dernière lettre au pays natal
  La femme d'un seul homme

Né en 1898 et mort en 1973, l’écrivain Vilhelm Moberg était aussi journaliste. Il fut même en 1921 le plus jeune rédacteur en chef que la Suède ait eu.

La Saga des émigrants, Tome 1 - Au pays - Vilhelm Moberg

Meilleur roman suédois de ce siècle, excusez du peu.
Note :

   «La Saga des émigrants» est une œuvre en 8 tomes de Vilhelm Moberg
   
    Les huit titres sont présentés sur ce site.
    1. Au pays
    2. La traversée
    3. Le nouveau monde
    4. Dans la forêt du Minnesota
    5. Les pionniers du lac Ki-Chi-Saga
    6. L'or et l'eau
    7. Les épreuves du citoyen
    8. La dernière lettre au pays natal
   
   
   Suède, Smaland, paroisse de Ljuder, 19° siècle.
   
   Le 4 Avril 1850, 16 personnes quittent tout ce qui a fait leur vie depuis toujours pour se lancer à l'assaut de l'Amérique. Elles ont chacunes leurs raisons, et c'est tout l'objet de ce tome 1 que de nous présenter un à un ces individus. Celui qui a eu cette idée le premier est Karl Oskar Nilsson, petit fermier, 27 ans, 5 enfants dont 2 décédés et un 6° en route. Il jette l'éponge en constatant la vacuité de ses efforts avec les cartes qu'il a en mains en Suède pour faire fructifier sa ferme. L'accompagneront, outre sa femme Kristina et leurs enfants, son jeune frère, Robert, un fermier qui fuit sa femme, et l'oncle de Kristina avec sa petite communauté et son valet. Cet oncle a vécu une renaissance dans le Christ, et c'est en tant que gourou qu'il fuit la doctrine de l'Eglise Evangélique luthérienne, religion d'état.
   
   C'est toujours excitant de se lancer dans le premier volume d'une longue saga, et je suis charmée dès le départ. La Saga des émigrants a été élu meilleur roman suédois de ce siècle par les Suédois eux-mêmes, et s'il lui fallait encore une autre recommandation, j'évoquerais la fluidité de la lecture.
   
    Par petits chapitres courts, Vilhelm Moberg raconte à la façon des conteurs d'autrefois au coin du feu à la fois les dures réalités de la vie quotidienne des personnages, mais aussi la situation politique, économique, sociale et religieuse de la Suède de l'époque, ainsi que les anecdotes se colportant de hameau en hameau.
   
   On ne s'y croirait pas, on y est, et c'est drôlement jouissif d'avoir encore 7 tomes à parcourir....
    ↓

critique par Cuné




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Long est le chemin vers la Terre Promise
Note :

    Nous sommes en Suède, dans le Smaland, le 19è siècle en est à peine à sa moitié et les paysans courbent l'échine sous le labeur et la domination de l'Eglise luthérienne. Le rythme des saisons scande le quotidien jusqu'à ce que le système, qui paraissait jusqu'alors immuable, commence à se fissurer lentement mais sûrement. En effet, l'érosion des bases d'une société immémoriale due aux partages incessant des terres au fil des héritages, les paysans ont de plus en plus de difficulté à vivre de leurs terres, trop morcelées, trop amenuisées au cours des générations: ils ne peuvent plus vivre décemment car les terres viennent à manquer! Le labeur incessant n'assure guère la pitance des familles, la pauvreté et surtout les mauvaises récoltes dues aux intempéries comme aux sécheresses, ouvrent les oreilles de certains aux échos remplis de promesses venus du Nouveau Monde, celui où des terres vierges et fécondes sont à acquérir pour rien!
   
   Karl Oscar Nilsson et Kristina, son épouse, suent et triment sur leurs lopins de terre pauvre où les pierres sont plus nombreuses que l'humus: la famille s'est agrandie, les enfants ont faim et Karl Oscar n'est guère confiant en l'avenir. Robert, son jeune frère, pas vraiment paresseux mais épris de liberté rêve de l'Amérique et se jure bien de partir y vivre un jour, lorsqu'il aura économisé sur sa paie de journalier, lorsqu'il pourra se libérer du joug d'un maître. La mort atroce de la fille aînée de Karl Oscar, au cours d'un hiver de famine, va sceller le destin de la famille: au printemps, ils partiront pour l'Amérique, terre promise d'une vie meilleure. C'est ainsi que par un jour pluvieux du printemps naissant, la famille Nilsson laisse au pays les vieux parents, pour émigrer, en compagnie d'autres villageois de la paroisse (une femme de mauvaise vie excommuniée et sa fille, une famille de paysans hérétiques, un homme marié en rupture de couple et un jeune journalier ami de Robert) et quitter sans espoir de retour la terre qui les a vus naître.
   
   Commence alors une étonnante, une superbe, une poignante et gigantesque saga digne des sagas anciennes: l'épopée d'un groupe de paysans suédois, parti sur les traces de leurs ancêtres aventureux pour fonder un nouveau foyer et connaître une nouvelle vie en plongeant dans l'inconnu. Du pont du Charlotta aux plaines fertiles du Minnesota, Karl Oscar et sa famille ne baisseront jamais les bras face à l'adversité ou aux deuils. La traversée, longue de dix semaines, rythme les espoirs et les regrets des uns et des autres: Kristina est enceinte et manque de perdre la vie, Karl Oscar plus roc que jamais s'accroche à son rêve, Robert apprend l'anglais afin de pourvoir communiquer une fois arrivé en Amérique, Arvid suit aveuglément Robert, Ulrika, La Joyeuse, s'avère être la plus solide de tous en échappant tant au mal de mer qu'aux divers désagréments d'une vie maritime tandis que Danjel et la vieille Fina-Kajsa deviennent veufs.
   
   Le calvaire s'achève enfin à New-York, où nos émigrants n'en croient pas leurs yeux: la foule, la végétation, le pain blanc que l'on peut acheter, le lait frais, autant de preuves de l'existence de la terre promise! New-York point de départ vers une autre vie dont la route sera bien longue et périlleuse: nos Suédois empruntent pour la première fois le train puis le bateau à aube avant d'accoster enfin sur un territoire presque inexploré. New-York et ses étranges sirènes qui chantent un air de liberté et d'or à Robert: l'appel de la Californie entre en lui pour ne plus le quitter; un jour, il sera chercheur d'or, deviendra riche et sera enfin libre! Mais il est temps de reprendre la route vers le Minnesota, cornaqués par un compatriote qui les aident à éviter les pièges tendus aux nouveaux immigrants... nos Suédois ne sont plus des émigrants et deviennent des immigrants qui doivent réussir à trouver leur place dans la jeune, bouillonnante et toujours en évolution société américaine.
   
   La terre promise existe mais seulement pour celui qui saura vivre sereinement son déracinement, qui survivra au mal du pays et qui se retroussera les manches pour défricher, préparer et ensemencer cette terre fertile qui ne demande qu'à être ouverte par le soc de la charrue. La vieille Fina-Kajsa retrouve un fils perdu, dépressif et sans volonté de valoriser son "chaim" (terre délimitée par le pionnier avant la régularisation par les services de l'état): la Suède lui manque, l'Amérique manque trop de femmes et la solitude des hommes peut faire des ravages. Karl Oscar est fait d'un autre bois: il choisit son "chaim" au bord d'un lac isolé, fréquenté par quelques tribus indiennes pacifiques. Il lui faut construire un toit rudimentaire avant l'hiver pour abriter sa famille et permettre à Kristina de donner décemment naissance à l'enfant qui s'annonce, le premier américain de la famille. Une cabane en rondins grossièrement taillés sort de terre, il est trop tard pour préparer et ensemencer la terre, l'hiver s'annonce long et difficile d'autant que l'argent doit être conservé pour acheter les prochaines semences.
   
   …
   
   Lorsque l'on termine la lecture de l'épopée de ces émigrants suédois, l'émotion est à son comble: on a l'étrange impression de quitter des amis de toujours. Cette lecture au long cours a laissé la lectrice sensible que je suis imprégnée des odeurs d'humus des plaines inhabitées du Minnesota, du bruit des rivières tumultueuses, des senteurs de la forêt parcourue par les animaux sauvages et les indiens discrets et muets, de la sueur de Karl Oscar et des interrogations de Kristina. Peu à peu, la Suède se dissout dans le souvenir vague des jeunes générations, seul le pommier d'Astrakan reste pour conter les épiques traversées de l'Océan bleu et de la mer verdoyante des plaines herbeuses par une poignée de Suédois à la recherche d'une terre fertile où règne l'abondance.
   
   "La saga des émigrants" est un pur moment de bonheur littéraire, un merveilleux voyage relaté par un conteur d'excellence, Vilhelm Moberg qui nous entraîne au coin du feu pour de longues veillées en compagnie de personnages hauts en couleur et fabuleusement attachants mais aussi d'une documentation historique, sociale et technique d'une extraordinaire richesse! Le tout sans ennuyer une seule seconde le lecteur et réussissant à le tenir de bout en bout en haleine !
    ↓

critique par Chatperlipopette




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Le départ
Note :

   Je lis moins en ce moment, lassitude ? mais il ne faut pas croire pourtant que je peux me passer de ma drogue quotidienne ! Il me faut simplement trouver des livres faciles à lire (bon, attention, cela ne veut pas dire idiots ! ) et qui me procurent une évasion voire une addiction ! Et cela existe ! C’est ce que je viens de vivre avec les cinq tomes de La saga des émigrants de l’écrivain suédois Vilhem Moberg dans la collection de poche. Il peut avoir jusqu’à huit divisions dans d’autres éditions.
   
   Mais évasion n’a rien de péjoratif, évasion signifie voyage passionnant, plein de découvertes, d’aventures, mais aussi de réflexions sur l’humain : sur la liberté de conscience, le rôle de la religion et de de la foi, sur le libre arbitre aussi, sur le courage de ces hommes et ces femmes qui ont fondé l’Amérique et cultivé au péril de leur vie ces terres riches; ce qui n’occulte pas les problèmes des peuples amérindiens spoliés de leur terre, de leur terrain de chasse et voués à la famine. Cette suite de plus de 2000 pages a été élue par les Suédois comme le meilleur roman de la littérature suédoise.
   
   Dans le Tome I, sont posées les bases de l’histoire, les raisons de l’émigration et la présentation des personnages auxquels nous allons nous attacher pour cette longue traversée littéraire d’un continent à l’autre.
   
   Car "La saga des émigrants" est un voyage dans l’espace et dans le temps : nous sommes dans le Smäland, province du sud-est de la Suède dans les années 1830 à 1850. A travers plusieurs familles de Ljuger et sur plusieurs années, le lecteur est introduit dans la vie quotidienne des habitants et comprend comment ceux-ci ont été poussés à l’exil. Le pays est régi par une autocratie rigoureuse dans laquelle le souverain est relayé par le clergé qui a tout pouvoir sur les consciences; la censure est telle qu’elle brime toute liberté individuelle. Les gens sont considérés comme hérétiques s’ils lisent la bible chez eux sans avoir recours au pasteur; la persécution religieuse est implacable pour ceux qui ne respectent pas strictement l’orthodoxie religieuse.
   
   Enfin, c’est aussi un pays où la terre est rare pour les plus humbles, où la famine règne. On comprend, dans ce cas qu’il y ait eu plus d’un million de suédois, pour beaucoup des agriculteurs, qui choisirent l’exil en Amérique, plus d’un million à quitter le pays pour s’installer sur les terres américaines attribuées aux colons qui viennent s’y installer pour les cultiver.
   
   La famille Nilsa, le père Karl-Oscar, la mère Kristina et leurs enfants sont parmi ces mal lotis, s’échinant toute la journée sur une terre ingrate et caillouteuse, soumis aux aléas du climat ou de la sècheresse qui les laissent exsangues. De plus, la toute puissance des nantis, des riches propriétaires terriens sur leurs employés est sans limites. Les valets sont liés par un contrat à leur patron qui a tous les droits et peut exercer sa violence sur eux en toute légitimité. Ainsi le jeune frère de Karl Oscar, Robert, rêveur et insoumis, placé comme valet chez un maître brutal est frappé si violemment qu’il s’enfuit; poursuivi par la police, il est obligé de vivre caché. C’est lui qui, le premier, a l’idée de partir en Amérique et cherche à entraîner dans l’exil son ami Arvid. Son frère Karl Oscar le rejoint bientôt dans cette idée. La fin de ce tome I raconte les préparatifs de départ et le ralliement de ceux qui décident de partir avec eux : le voisin, Jonas Petter, mal marié, qui fuit sa femme, l’oncle de Kristina, Daniel Andreadson, illuminé qui se croit investi d’une mission par Jésus et est obligé de fuir la persécution religieuse avec sa famille et ses convertis. Parmi eux, la prostituée Ulrika de Västergölh, une femme de caractère et sa fille Elin.

critique par Claudialucia




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