Lecture / Ecriture
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Nous ne sommes pas séparés de Henry Bauchau

Henry Bauchau
  L'enfant bleu
  Petite suite au 11 septembre
  Nous ne sommes pas séparés
  Antigone
  Les vallées du bonheur profond
  Le boulevard périphérique
  L'atelier spirituel
  Oedipe sur la route
  Diotime et les lions
  Le régiment noir
  Déluge
  La pierre sans chagrin
  Temps du rêve

Né à Malines (Belgique) en 1913, Henry Bauchau manifeste très tôt un intérêt marqué pour la littérature, mais ses goûts se heurtent alors aux attentes de sa famille. Après des études de droit à Louvain, il commence pourtant à publier ses premiers textes - articles et poèmes - dans La Cité chrétienne dont il est aussi secrétaire de rédaction.

Engagé dans la Résistance pendant la guerre de 40-45, il plonge à la fin du conflit dans une grave dépression qui l'amène à poursuivre, de 1947 à 1951 une psychanalyse auprès de Blanche Reverchon-Jouve (l'épouse de Pierre-Jean Jouve). Sa vocation d'écrivain s'impose alors définitivement à lui: "Il faut écrire ou crever".

Son premier recueil de poèmes, Géologie, paraît en 1958. D'autres recueils suivront, ainsi que des romans et des pièces de théâtre. Mais il faudra attendre les succès d'Oedipe sur la route (1990) et surtout d'Antigone (1997, Prix Rossel) pour qu'Henry Bauchau obtienne enfin la reconnaissance du grand public.

Parallèlement à son travail d'écrivain, Henry Bauchau a longtemps poursuivi diverses activités professionnelles, notamment comme psychanalyste, une expérience qui sera une source d'inspiration pour son roman L'Enfant Bleu (2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Nous ne sommes pas séparés - Henry Bauchau

La fête de l'existence, inlassablement
Note :

   Ce recueil de poésie, de la plume d'Henry Bauchau, rassemble des textes d'une grande diversité.
   
   Diversité formelle dans l'alternance de brefs quatrains, des chansons toutes simples et presque enfantines, et de longues méditations, telles la "Petite suite au 11 septembre" et le "Mandala pour un poème" qui avaient été publiées une première fois en 2003 aux éditions du Grand Miroir (un ouvrage déjà présenté ici même).
   
   Diversité des thèmes aussi. Evocation de minuscules tranches de vie, sous la forme d'un instantané: une fleur qui éclot, "Rose blanche / Feuilles charmées par la pluie" (p. 18) , un ultime rayon de soleil alors que le soir tombe sur le jardin "Rayon oblique / dernier captif / de la fleur rouge" (p. 17) . Derniers instants partagés, à l'hôpital, au chevet de son épouse malade, absente déjà mais souriant encore, mystérieusement. Retour vers l'enfance aussi, la Meuse, et "Le pays noir / de la légende / industrielle / que le père ingénieur / nous racontait le soir / sous le regard / ensanglanté / épouvanté / des escarbilles" (p. 69) . Et enfin, retour sur l'oeuvre passée et ses personnages qui semblent vivre de leur vie propre, l'ombre de l'Enfant Bleu traversant "Le carrefour d'angoisse" et surtout Antigone: "Sur les murailles de Thèbes / Antigone à la lance / avec la pauvreté des mots / et leur désir / de fer" (p. 62).
   
   Approfondissant des thèmes abordés précédemment au fil de l'oeuvre, ce nouveau recueil témoigne, sous ses dehors disparates, d'une réelle cohérence au long cours. Et il réaffirme dans ses instants d'émerveillement, la fête de l'existence, le lien unissant les hommes à la Terre et à l'Histoire.
   
   
   Extrait:
   LES EAUX VIVES
   
    "Grandes oeuvres d'écume et de vent cette nuit
   Et ce matin, soleil timide, sourdes pensées, actes qui vont à petit pas
   Tandis que je te pousse, ma dormeuse étendue
   Au début d'un été sans toi, dans le jardin de l'hôpital
   Qui se recueille au milieu des fleurs.
   Peut-être entendons-nous ensemble, encore ensemble,
   Le bruit doux, retombant, répété, du jet d'eau, le murmure de la fontaine
   Où affleurent soudain, dans la mémoire intemporelle,
   Ces mots venus profonds de la profonde enfance: les Eaux vives
   Qui parlaient de jardins, de soleil, d'une musique de la joie sous les ombrages verts
   De la liquidité, de la limpidité, peut-être d'un bonheur au bord des eaux mortelles.
   Je ne connaîtrai jamais les Eaux vives, car ceux qui parlaient d'elles dans la grande maison
   Tous les adultes de l'enfance depuis longtemps sont morts.
   Eaux vives qui n'avez jamais habité mon regard, ni l'oreille pauvre du poème
   Je vous retrouve, espace immense imaginaire, en ce lieu de douleur et de soins, sous les grands arbres innocents
   Soutenez-moi pendant que je promène ma dormante étendue pensant à la séparation qui ne cessera plus.
   Soutenez-moi, lorsque je pars, laissant aux soins des autres,
   Celle qui ne peut plus que souffrir et sourire à sa mystérieuse manière.
   Toi qui fus, qui es toujours Iseult follement blonde, célébrée par mes yeux
   Tout entourée, je l'ai cru, je l'ai cru vraiment,
   Toute nommée par le poème ainsi qu'au temps jadis
   
   Est-ce que les eaux perpétuelles, les eaux vives de l'instant, sont celles qui suffisent?
   La fête presque du rien, presque du tout et si j'ose
   Si j'ose vraiment le penser: la fête de l'existence?"

critique par Fée Carabine




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