Lecture / Ecriture
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La joueuse de Go de Shan Sa

Shan Sa
  La joueuse de Go
  Les quatre vies d'un saule

Shan Sa est née à Pékin en 1972. Elle a quitté la Chine pour Paris en 1990 et le chinois pour la langue française.
(Source éditeur)

La joueuse de Go - Shan Sa

Un monde qui éclate
Note :

   Ma première lecture de Shan Sa dont j’ai entendu dire à peu près autant de bien que de mal. On lui reproche beaucoup son succès je crois. Ce qui est une méfiance qui n’est pas toujours injustifiée… Je n’avais donc plus qu’à me faire une idée moi-même et, pour ce premier essai du moins, l’impression est favorable car j’ai aimé ce roman.
   
   Cela se passe en Chine, en Mandchourie plus précisément, dans le début des années 30 et Shan Sa se livre ici à un Jeu avec les Je puisque la narration est menée par l’alternance de deux récits à la première personne :
   
   La joueuse de Go qui n’a que 16 ans. C’est une jeune chinoise de milieu aisé, encore étudiante, passionnée de Go et fort experte à ce jeu. Elle a un caractère très affirmé et libre. De par son milieu familial intellectuel, elle jouit d’une grande liberté d’esprit et d’action.
   Et l’officier japonais dont une éducation extrêmement stricte a forgé l’esprit. Elle a fait de lui un homme fermé aux sentiments, maniaque de la propreté, entièrement soumis à ses devoirs familiaux et patriotiques et portant la lourde charge de l’honneur de sa famille de soldats dont il a hérité le sabre. Une arme transmise aux fils aînés, qui date du 16ème siècle, a coupé bien des têtes, en coupe encore et lui rappelle l’attente de ses ancêtres assoiffés de gloire guerrière.
   
   Ces deux là se rencontrent autour d’un damier de Go, ignorant absolument tout l’un de l’autre, du début à la fin, se méconnaissant, ne se préoccupant que de leur partie et chacun de sa vie personnelle en dehors des heures de jeu.
   
   J’ai aimé l’écriture, que j’ai trouvée belle, douce, précise et poétique à la fois. Elle mène ce récit d’un bout à l’autre sans jamais laisser l’intérêt retomber.
   .
   J’ai aimé l’histoire, que j’ai trouvée riche, très dense, complexe, s’attachant même à rendre très vivantes les histoires parallèles des personnages secondaires (l’amie étudiante et l’état d’esprit de la Chine rurale, les étudiants chinois, les maisons de thé et les Geishas etc.)
   
   J’ai aimé le traitement psychologique des personnages, que j’ai trouvé équitable, objectif et soulignant avec beaucoup de finesse les points de leur biographie aptes à permettre au lecteur de les comprendre tous deux et de se passionner pour leur histoire
   
   J’ai aimé le décor, le lieu et l’époque que j’ai trouvés bien rendus, très documentés sans lourdeur bien qu’allant jusqu’à présenter les antécédents (tremblement de terre de 1923 par exemple) qui donne à ce monde son épaisseur de réalité et de complexité.
   
   J’ai aimé la fin, que j’ai trouvée vraiment à la hauteur de tout ce que j’avais lu auparavant et qui m’a laissée avec beaucoup de réflexions sur le sens de la vie.
   
   Bref, ce premier Shan Sa que je découvre m’a énormément plu. J’en lirai d’autres.
   
   « La Joueuse de go » a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens en 2001
   
   PS : Si vous avez l’intention de lire ce livre, évitez en attendant de regarder les commentaires sur les blogs et même la quatrième de couverture car la chute est souvent dévoilée sans vergogne, (mais pas ici, bien sûr)ce que j’estime très injuste pour n’importe quel livre. Je m’étonne d’ailleurs de ce traitement.
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critique par Sibylline




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Dur, la joueuse de go
Note :

   Nous sommes en Chine, en Mandchourie, à l’aube des années 1940. La Chine n’est pas encore le mastodonte qu’elle va devenir, encore entre médiévalité et révolution, et l’ennemi héréditaire : le japonais, occupe le pays. Tout au moins la ville et la région où vit notre joueuse de go.
   
   Elle est lycéenne, a seize ans, et elle est déja un cas à part puisque la seule femme à fréquenter légitimement la Place des Mille Vents où, à l’ombre des arbres, les joueurs de go s’installent attendant le partenaire.
   
   Place des Mille Vents donc, et le jeu de go. Ce jeu de go joue ici un rôle d’entremetteur puisque c’est lui qui mettra en contact notre joueuse, fière et plutôt jusqu’au-boutiste, avec le soldat japonais, un peu là par hasard, parce qu’il avait été élevé enfant par une nourrice chinoise et que donc il parlait le mandchou, et que l’occasion d’infiltrer le monde de la Place des Mille Vents s’est présentée. Un peu comme un jeu. Un jeu de go ? Ma connaissance (nulle) de ce noble jeu ne me permet pas d’en discuter.
   
   Ne vous attendez pas à de longs paragraphes, statiques et mornes, décrivant le face-à-face de deux adversaires. L’écriture de Shan Sa est aussi bien capable de rentrer dans la psychologie des acteurs et de nous permettre d’en suivre les méandres que de nous faire participer à une séance de torture ou d’autres violences.
   
   Il faut le dire, Shan Sa ne se dérobe pas devant le «dur». Elle ne se cache pas derrière l’ellipse ou le suggéré. Quand c’est violent, c’est violent. J’ai même pensé lors de certains passages au Malraux de «la Condition humaine». Ce qui me laisse à penser, entre parenthèses, que notre bon André Malraux aurait bien pénètré la réalité de l’âme chinoise, du moins une partie de sa complexité et probablement de sa cruauté.
   Il nous reste certainement bien des choses à découvrir de ce pan de la civilisation humaine dont l’histoire récente est tout sauf simple ! Et «la joueuse de go» est déjà une bonne occasion d’aller vers cette découverte.
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critique par Tistou




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Très dépaysant
Note :

   Je crois que j’ai eu la main heureuse dans ma pioche-PAL* ces derniers temps! Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi j’hésite toujours à lire la littérature asiatique (bon, ok, Shan Sa habite maintenant en France et ce livre a été écrit directement en français, mais quand même!!) parce que ce style particulier, épuré, où il n’y a pas abus de mots, me plaît généralement.
   
   C'est un monde aux règles totalement différentes dans lequel nous entrons dans ce roman. Un monde où le déshonneur est pire que la mort, où il est difficile de penser autrement. J'adore être dépaysée de cette manière, changer ma façon de voir les choses. J'ai été charmée par cette lecture, puis touchée. La joueuse de go, à 16 ans, rêve d'autre chose, d'évasion. Mais elle reste une adolescente, avec ses rêves et ses premières amours. J'ai beaucoup aimé sa voix dans ce roman.
   
   Les chapitres s'alternent entre deux narrateurs: la joueuse de go et un soldat japonais, dévoué à la cause de l'empereur, formé pour être une machine de guerre cruelle qui va vers la mort avec joie, presque. Envoyé Place des Mille Vents, il rencontrera la joueuse de go et ils s'affronteront alors que la guerre est omniprésente et que le Japon menace la Chine.
   
   Je ne connaissais absolument rien à cette période de l'histoire dans cette partie du monde. J'ai vraiment l'impression de vivre sur une autre planète, parfois!! Évidemment, j'ai profité de l'occasion pour me renseigner un peu et quand une lecture me pousse à faire ça, c'est un signe que j'ai accroché!
   
   Ça peut sembler monotone, présenté comme ça mais j'ai vraiment aimé cette lecture qui m'a réellement dépaysée et dont les mots m'ont bercée de leur rythme. L'action est lente, mais ce n'est pas non plus contemplatif et j'ai dévoré ce roman. Une excellente surprise, donc!
   
   Plaisir de lecture: 9/10
   
   
   *PAL = Pile à lire. Celui-là était dans ma pile depuis un bon 2 ans... j'aurais dû l'en sortir avant!!

critique par Karine




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