Lecture / Ecriture
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Le pas de l'ourse de Douglas Glover

Douglas Glover
  Le pas de l'ourse

Le pas de l'ourse - Douglas Glover

Mémoires d'une pionnière
Note :

   Quatrième de couverture:
   « Jésus Marie Joseph, je suis excitée en diable, comme jamais auparavant, dans la cabine d'un navire sur un golfe écumeux, quelque part à l'ouest de Terre-Neuve, le soi-disant comte d'Epirgny, mauvais garnement sacré champion de tennis d'Orléans il y a cinq ans, coincé entre mes cuisses. »
   
   
   Le personnage principal, Marguerite de Roberval, possède d'emblée, à la lecture de cette quatrième de couverture, toute la saveur d'une héroïne hors norme: jouisseuse, un esprit d'aventure, amoureuse de l'amour, un tantinet iconoclaste et politiquement incorrecte en ce 16è siècle de la Renaissance.
   
   Elle embarque sur le navire de son oncle pour Québec, pour le Nouveau Monde, pour fuir les rigueurs de l'Ancien où elle est considérée comme une fille indomptable, têtue et lubrique dont son père ne sait que faire. Avec elle son amant du moment, Richard d'Epirgny, grand joueur de jeu de paume (ou tennis: d'ailleurs, j'ai un peu tiqué en lisant ce terme qui m'est apparu mal approprié vu l'époque où se déroule l'action, le 16è siècle qui ne devait pas connaître ce terme moderne! Traduire par « jeu de paume » alourdissait-il les phrases? A mes yeux, « tennis » dans ce récit est un néologisme gênant...mais foin de la polémique...!) dont elle attend un enfant.
   
   Le tempérament ardent et impulsif de la demoiselle provoque un incident en fin de voyage: ayant mal à une dent, elle noue celle-ci avec un fil autour de la balle en cuir de Léon, le dogue de Roberval. Elle la lance, la balle après rebond passe par-dessus bord, et Léon l'ayant attrapée tombe à l'eau. Est-ce la goutte qui a fait déborder le vase? Marguerite est condamnée à être débarquée sur une île, l'île des démons, déserte avec sa vieille nourrice, son amant et quelques vivres... l'île se trouve à l'embouchure du St-Laurent, autant dire que le trio est condamné à mourir de faim et de froid quand arrivera l'hiver!
   
   Mais bien sûr, ce n’est que le début de l’histoire…
   
   Le Nouveau et l'Ancien Monde se rencontrent ici sans jamais se comprendre, sans accepter la part d'humanité de l'autre: le Canada, cette terra incognita, dont Cartier ne fut pas le premier découvreur, est le monde où se confondent les cultures, les langues, les habitudes sexuelles (Marguerite est une femme qui aime les hommes, mais surtout l'amour, plus que de raison). Marguerite est le point de rencontre, hors des chemins balisés de l'Histoire, des deux continents. Ses tribulations sont truculentes, à la fois drôles et émouvantes, aux accents picaresques et où le frisson n'est guère éloigné.
   
   Douglas Glover, auteur que je ne connaissais absolument pas, dresse un portrait plein d'humour et de verve de la conquête du Nouveau Monde où les vrais ours et les ours imaginaires scandent les parcours initiatiques d'une pionnière confrontée à la réalité de l'Amérique, aux regards des siens mais aussi aux regards des autochtones, une incompréhension mutuelle tragique.
   
   Le début du roman est un peu déconcertant: le lecteur se demande où l'auteur veut l'emmener puis très vite, le rythme trépidant des mémoires de Marguerite le laisse voguer au gré des mots. La cerise sur le gâteau: les références littéraires et culturelles importantes ainsi que le clin d'oeil à un auteur du 16è siècle, jouisseur devant l'Eternel, auteur de cinq livres qui marqueront l'histoire littéraire, auprès duquel Marguerite vivra à son retour du Canada: F. Rabelais, moine, médecin, écrivain, mis à l'index et promis aux pires tortures par le pouvoir! Un charmant régal!!!

critique par Chatperlipopette




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