Lecture / Ecriture
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Hors Jeu de Bertrand Guillot

Bertrand Guillot
  Hors Jeu
  b.a-ba, la vie sans savoir lire
  Sous les couvertures

Bertrand Guillot est un auteur français né en 1977.

Hors Jeu - Bertrand Guillot

To play or not to play
Note :

   C’est l’histoire d’un jeune loup de la publicité, qui, perdant son boulot, va appliquer les règles apprises dans son Ecole au reste de sa vie. Tout en recherchant activement un nouveau job, il se laisse entraîner dans un casting pour un jeu télévisé, et va y trouver beaucoup plus que l’amusement un brin distancié auquel il s’attendait. Beaucoup plus, c'est-à-dire ?
    Eh bien, entre autres choses, que l’Ecole a ses limites et que l’Amour existe,
   par exemple…
   
   Jean-Victor est un narrateur sur le fil. Il pourrait très facilement sombrer dans l’agaçant, avec ce côté « hype » et ce discours « Dominants-Dominés », «La vie est un jeu et je suis un gagnant» & co. Fort heureusement la plume de l’auteur le borde de tendresse, de naïves et enfantines réactions, d’observations très justes sur les coulisses d’un jeu télé, et de beaucoup d’humour, en fil rouge
   
   Je n’aime pas, par exemple, le style Beigbeider, jeux de mots à formules lapidaires et argent roi :
   « Quand je suis arrivé, la salle commençait déjà à se remplir. Ambiance classique de début de soirée : on se fait la bise-ness, on s’embrasse des millions, on s’étreint de vie. L’argent était là, partout, les carnets de chèques dans les poches revolver, on se mélangeait au tarif première classe.
   Pour la luxure, on irait ailleurs. Ensemble, peut-être. Mais pas tout de
   suite. »

   
   J’apprécie, en revanche, le filigrane Kéké Rosberg, emblème de ce petit plus de culture générale qui fait toute la différence.
   Je ris tout haut à l’enregistrement final de La Cible, j’y suis, je le vis
   comme si je le voyais !
   « - Se dit d’une plante ou d’un champignon qui contient un poison.
   - Venimeux.
   
   - Non.
   
   Le buzz me saute à la face à l’instant même où je prends conscience du piège grossier que vient de me tendre un petit enculé de pigiste poseur de questions à la con. »
   [ … ]
   
   « Dommage, Jean-Victor, vous avez passé trop de temps sur le football. C’était Patrick Vieira, bien sûr. Mais vous avez bien joué tout de même. Vous avez trois points !
   
   Applaudissements du public. Bande de blaireaux. »

   
   Pendant un moment, je me demandais si ceux qui n’auraient pas eu la chance (parfaitement) de partager ma passion pour feu le jeu Pyramide (40 000 courriers de protestation à l’arrêt de ce jeu ? Vraiment ? C’était mérité !!), et qui par extraordinaire n’auraient jamais servi la purée-jambon devant La Cible trouveraient le même plaisir que moi à pister Jean-Victor dans sa quête conquérante. Mais je crois finalement qu’un bon roman, c’est un bon roman, et pour n’avoir pas bougé d’un cil entre le premier et le dernier mot, je le recommande chaleureusement !
   ↓

critique par Cuné




* * *



Carton rouge
Note :

   Pour un premier roman, c’est une réussite. Bertrand Guillot fait preuve d’une plume acide, drôle et d’un sens de la formule qui fait mouche. Son récit est souvent drôle, parfois hilarant, et il est rare que l’on passe une page sans au moins sourire. Il fait d’ailleurs participer son lecteur par le biais de notes de bas de page, renvoi aux annexes, défis, etc. Cela donne une impression de complicité plutôt agréable.
   
   Le milieu de la communication, de la publicité et de la télévision est passé au crible. Superficialité, cruauté, compétitivité, mépris, rien n’est oublié. Les dessous des paillettes sont décrits sans concession mais toujours avec humour. Quant aux grandes écoles et aux jeunes loups qui en sortent, le portrait est plutôt juste pour ce que j’en sais, et j’en ai vu suffisamment pour le dire! Le tout pourrait se contenter d’être un portrait à charge d’un certain monde professionnel, mais si l’ambition débordante de ces jeunes gens, leur absence totale de compassion, d’empathie pour le reste du monde, leur mépris pour les plus petits, leur arrogance est détestable, ils se révèlent plus attachants que ce à quoi on pourrait s’attendre. Et plus effrayants aussi.  Parce qu’on n’arrive pas vraiment à les détester. Après tout, ils jouent à la console comme tout le monde, ils aiment le foot, les bonnes bouffes. Ils ont aussi du mal à se lever le matin et leurs histoires d'amours et de fesses sont souvent calamiteuses. Parfois ils s'aiment et se marient, d'autres fois ils se déchirent. Mais avec peut-être un peu plus de cynisme que la moyenne.
   
   Il faut que Jean-Victor passe de l’autre coté du miroir de la réussite pour regarder son petit monde avec des yeux plus critiques. Sa participation au jeu télévisé La Cible marque son passage aux Enfers, sa volonté de remonter la pente, et ses errements. Entre histoire d’amour, recherche d’emploi, soirées VIP, il porte un regard effrayant et pourtant très drôle sur le monde qui l’entoure. Il est pathétique, attendrissant, détestable, effrayant. Humain quoi !
   
   Sous un vernis d’humour, des thèmes plus profonds sont abordés. Je pourrais les énumérer en utilisant des poncifs comme fracture sociale, fonctionnement de l’entreprise, reproduction sociale, fonctionnement aberrant d’un monde du travail qui lamine les individus. Ils sont bien là et on les perçoit petit à petit sous le vernis de l’humour et le vitriol.
    
   Attention toutefois. Les qualités de ce roman sont aussi ses défauts. Paillettes, branchouille, accent sur la férocité du monde moderne, Bernard Guillot en rajoute parfois un peu trop. Mais ce n’est pas très grave. Le plaisir de le lire reste intact.
   ↓

critique par Chiffonnette




* * *



En plein dans le mille!
Note :

   Une fois n'est pas coutume, et pourtant...
   Voici à nouveau un premier livre, un livre d'écrivain débutant, un talent découvert... Le baptême du feu.
   
   Début d'année oblige, je me lance et j'y vais fort ! Je commence donc avec un livre que j'ai adoré.
   
   Sorti en août 2007, écrit par Bertrand Guillot alias Secondflore, "Hors jeu" nous raconte l'histoire de Jean-Victor Assalti, jeune homme narcissique et tout-puissant, sorti de l'Ecole avec une arrogance à l'épreuve des balles qui par les aléas économiques du marché du travail va se retrouver confronté au monde d'en bas, à la masse silencieuse. Cette descente hiérarchique va vite se transformer en parcours initiatique où de ci, de là, Jean-Victor Assalti glanera de petits trésors comme la sincérité, le doute, l'authenticité, la franchise, l'amour... Mais saura-t-il les faire fructifier ?
   
   Difficile de croire que c'est un premier livre tant il possède l'étoffe des grands.
   
   La première partie avalée, je n'ai eu qu'une seule pensée: fulgurant ! J'ai rarement lu une telle aisance dès les premières lignes. J'ai su dès cet instant que tout ceux qui parcourraient les premières lignes iraient jusqu'au bout.
   
   J'ai beaucoup pensé à Eric Chevillard dans le rapport au lecteur. Bertrand Guillot nous parle, nous apostrophe : à croire qu'ils nous avaient tous autour de lui tandis qu'il écrivait.
   
   C'est pas grave, il me semble que la comparaison est plutôt flatteuse.
   
   Je vais me répéter (et ce, probablement tout le long de ce post) mais j'ai été extrêmement impressionnée.
   
   Alors Soyons (comme disaient les Louis de France) plus explicites. Décortiquons un peu cette formidable découverte (j'ai pas peur des superlatifs voyez-vous).
   
   First floor : le style (vous pouvez prononcer "le staïle").
   Ecriture assez nerveuse, limpide, pas de mots alambiqués (donc pas besoin de dico à portée de main). Des constructions de phrases très très efficaces, nettoyées de tout ce qui est souvent lourd grammaticalement mais sans être pauvres. Là était la gageure. C'est parfaitement et totalement réussi. Même que, B. Guillot ose des construction assez originales en jouant avec la ponctuation ce qui a pour effet immédiat d'accélérer le rythme.
   
   Second floor : le rythme (le rizeum).
   Très rapide. Très très rapide. Mais très maîtrisé. A mon humble avis (l'humilité est-elle compatible avec la rédaction d’un commentaire? Autre débat), un pur délice, une réjouissance des neurones.
   
   Third floor : L'histoire.
   Alors là, je vais mettre un petit bémol. Disons que l'idée est plutôt bonne, mais de manière générale ça n'est pas non plus l'idée du siècle. Ce qui, de fait, est encore plus génial car, justement, quelle prouesse de faire d'une histoire somme toute ordinaire, un livre totalement extravagant.
   
   Extravagant, je ne l'avais pas dit ? Ah, pardon. J'avais oublié de mentionner à quel point ce livre est grinçant et drôle, cynique et naïf.
   
   Lorsque de jeunes loups, rasés de près et déboulant de leur Ecole se retrouvent en pleine jungle urbaine, ils occupent très vite le terrain. La ville leur appartient, le monde est à eux: ils sont en chasse pour un territoire qu'ils conquièrent finalement assez rapidement. Coups de crocs à droite, coups de griffes à gauche, ils s'installent avec panache ne prenant même plus la peine d'essuyer les filets de bave qui s'échappent de leurs babines.
   
   Malheur à celui qui par malchance se perd en route et sort des sentiers balisés de la réussite.
   
   La horde de gagneurs ne reconnaît que ceux qui se reflètent dans son miroir. Hors des apparences, point de salut. Le loup égaré perd le droit de rire toutes canines dehors.
   
   Mais comme dans toute jolie histoire, notre héros ne perdra rien au change, je vous l'assure. En revanche, ceux qui s'en approchent... Chut... Je n'en dirai pas plus.
   
   Il y a presque un petit côté mélo ricain dans cette histoire très frenchy. Mais B. Guillot sait s'y prendre pour stopper net la larme qui perlerait au coin de l'oeil et sortir de sa besace un tour de cynisme.
   Plus j'y pense plus je me dis qu'un film pourrait bien sortir de ce livre... A classer sous le genre : "Comédie romantique diabolique".
   
   Vous l'aurez compris : n'en jetez plus, sa coupe est pleine: j'ai adoré !!!
   
   Paraphrasant un auteur que j'adore et que B. Guillot a cité en interview, je dirais: il s'est bien amusé. Au revoir et à bientôt*...
   
   Alors, à quand le deuxième ?
   
   
   * honneur au thème du livre, jouons! Qui a écrit "Je me suis bien amusé. Au revoir et merci." avant de se suicider?
   Si vous ne trouvez pas, un indice: Il fut «auteur du mois» ici.

critique par Cogito




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