Lecture / Ecriture
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La répudiée de Eliette Abécassis

Eliette Abécassis
  Un heureux événement
  Clandestin
  La répudiée
  Le corset invisible
  Une affaire conjugale
  Soirée sushi
  Et te voici permise à tout homme
  Un secret du docteur Freud

Éliette Abécassis est une écrivaine française, née en 1969 à Strasbourg.

La répudiée - Eliette Abécassis

Amour et religion
Note :

   Rachel aime Nathan, Nathan aime Rachel. Pourtant, après dix ans de mariage, aucun enfant n’a couronné leur union. Et au bout de dix ans, selon les règles de la communauté hassidim, la femme stérile peut être répudiée.
   
   Je me souvenais fort bien du film d’Amos Gitaï, Kaddosh, qui m’avait laissée littéralement sur les rotules par la violence de ce qu’il dévoilait. Et c’est pourquoi j’ai longtemps hésité à me lancer dans la lecture de «La répudiée». J’y ai pourtant retrouvé un univers à la fois très proche de celui du film et infiniment lointain. Kaddosh m’a laissé un souvenir de violence, physique et morale. La répudiée me laisse le goût d’une histoire d’amour dramatique.
   
   Ce n’est pas vraiment la communauté qui est mise en cause ici, bien qu’à travers l’histoire de Rachel, on puisse lire une dénonciation d’une pratique de la religion qui étouffe et brise. Rachel accepte cette religion et ses lois, elle la vit avec bonheur. Du moins tant que cette loi n’interfère pas avec son bonheur conjugal. C’est là que commence le conflit entre cet amour si fort et la règle, entre la foi profonde et le désir.
   
   Eliette Abécassis narre ce conflit dans une langue lyrique, parfois un peu lourde mais qui a des résonances de Cantique des Cantiques par moment. C’est beau. Les mots de cette femme amoureuse, aimante, pour l’homme qu’on lui a donné et que par miracle, elle a aimé au premier jour sont débordants de sensualité. Comme ceux qu’elle prononce dans le doute et la douleur de la séparation exsudent une souffrance trop forte. Et c’est triste cette acceptation, ce renoncement alors même que Rachel sait que ce n’est pas elle qui est stérile. C’est terrible cette intériorisation des règles, cet engagement qui mène à la perte.
   
   Un très beau roman sur les pages duquel se glissaient les images d’un film qui est lui, à voir.
    ↓

critique par Chiffonnette




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Traditionalisme
Note :

    Avec une extrême sensibilité et une grande pudeur, Eliette Abécassis nous fait entrer dans la vie d’une jeune femme juive, Rachel, mariée à seize ans à un juif hassidim en plein cœur du quartier traditionaliste de "Méa Shéarim", à Jérusalem.
   
   C’est avec joie qu’elle accepte ce à quoi ses parents l’ont préparée, certains diraient conditionnée : être une épouse loyale, fidèle et entièrement dévouée à son mari, pour que ce dernier puisse totalement se consacrer à l’étude des textes de la Torah. Et surtout, engendrer le plus grand nombre d’enfants possible puisque Dieu a enjoint à l’humanité de croître et de se multiplier et que le mariage ne sert qu’à cela.
   
   D’ailleurs l’acte d’amour est extrêmement réglementé : à dates et périodes fixes, face à face, l’homme au-dessus de la femme, certains conseillant de rester habillés. Il ne faut pas que le plaisir s’immisce dans un geste mécanique et purement utile.
   
   Or, le mariage va se trouver mis en danger car Rachel ne met toujours pas d’enfants au monde. Au bout de dix ans, en cas de stérilité, le mariage peut alors être dissous et l’homme a le droit de se remarier.
   
   Car, bien entendu, la stérilité ne peut provenir que de la femme. Il est inconcevable dans ce quartier traditionaliste qu’il puisse en être autrement.
   
   Et c’est cette douleur de voir l’inéluctable se préparer et se dérouler, alors que Rachel sait, après avoir consulté en cachette, qu’elle n’est pas à la cause de cette stérilité qui est magnifiquement dépeinte.
   
   Le poids des traditions, la pression des familles et de la religion pour faire éclater une union solide, fondée sur l’amour et le respect mutuels, au nom de Dieu qui ne peut accepter un mariage stérile, honteux.
   
   Rachel n’aura d’autre solution que de se sacrifier et d’y laisser toute forme d’espoir d’une vie valant la peine d’être vécue car la femme doit se sacrifier pour son homme.
   
   Drôle de religion… Un livre douloureux et qui donne à réfléchir au libre-arbitre.

critique par Cetalir




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