Lecture / Ecriture
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Mémoires de porc-épic de Alain Mabanckou

Alain Mabanckou
  African psycho
  Verre Cassé
  Les petits-fils nègres de Vercingétorix
  Mémoires de porc-épic
  Et Dieu seul sait comment je dors
  Bleu, Blanc, Rouge
  Black Bazar
  Demain j'aurai vingt ans
  Tais-toi et meurs
  Lumières de Pointe Noire
  Petit Piment
  Le monde est mon langage

Alain Mabanckou est un écrivain français né au Congo-Brazzaville (où il a passé son enfance) en 1966. Arrivé en France à l'âge de 20 ans pour poursuivre des études de droit, il les a poursuivies jusqu'au troisième cycle, puis s'est tourné vers la littérature et a publié plusieurs ouvrages. Il enseigne également la littérature à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Mémoires de porc-épic - Alain Mabanckou

Histoires piquantes
Note :

   Je suis devenu un inconditionnel d'Alain Mabanckou… et j'ai bien peur de perdre toute objectivité. Si au contraire on compte sur mon parti pris, c'est gagné! L'histoire du porc-épic est dans la manière de "Verre Cassé" de glorieuse mémoire, mais on s'en aperçoit plus nettement et avec satisfaction au bout de 70 pages environ. Une fois qu'on s'est convaincu que ce n'est pas un conte pour enfant.
   
   Au début, l'écriture reste assez fidèle à la façon d'un conte où les animaux parlent — ce qui n'existe pas seulement en Afrique. Le porc-épic raconte sa vie au baobab (qui lui se contente de faire un peu bruisser ses feuilles). Il a été le double d'un pauvre type appelé Kibandi après son initiation. Non pas un double pacifique, sorte d'ange gardien, mais un double nuisible, entendez le porte-flingue de Kibandi. Il balance ses piquants sur les victimes désignées par son maître.
   
   Le conte africain de Mabanckou prend peu à peu des allures de polar sub-saharien, et Kibandi, dont le paternel avait commis des crimes au village, n'est pas un enfant de chœur même s'il a appris à lire la Bible, comme çà dans une illumination. Kibandi est un mauvais sujet, et il est à la botte de son "autre soi même", sorte de vampire sans crocs, et ça en fait un criminel, un «serial killer». Il tombera seulement quand il aura dépassé les bornes, et elles étaient placées sacrément loin ! Victime des affreux jumeaux Koty et Koté que même leurs parents ne savent pas reconnaître (en fait l'un est circoncis et l'autre pas).
   
   Il y a donc pas mal d'obsèques dans l'histoire que raconte le porc-épic. Et lorsque le cercueil contient une personne assassinée, il peut se passer des choses un peu spéciales. Dans le roman. Dans la réalité aussi. Ces choses un peu spéciales intéressent les ethnologues européens dont l'auteur se moque en les faisant intervenir lors des obsèques au chapitre "Comment le vendredi dernier est devenu un vendredi de malheur". Ces choses spéciales se retrouvent dans les vrais journaux comme cette histoire de cercueils des victimes qui désignent les assassins.
   
   Donc Alain Mabanckou est un romancier réaliste. C'est très sérieux ce qu'il raconte, lui, ou plutôt monsieur Verre Cassé, comme nous l'apprend finalement l'Escargot entêté, son exécuteur testamentaire et patron du bar "Le Crédit a voyagé" (Cf."Verre cassé"). Évidemment, l'auteur a glissé, comme précédemment, des allusions littéraires : Hemingway, Edgar Poe, Quiroga, Cervantès, Victor Hugo, etc. Et aussi des insultes en langue bembé : « des types comme toi sont des foireux, des maiongi, des ngébés, des ngoubas ya ko pola.» Ça serait bien que l'auteur nous les traduise dans son prochain roman.
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critique par Mapero




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L’art de l’occulte
Note :

    Avez-vous déjà rêvé de connaître les états d’âme d’un porc-épic? De découvrir les secrets occultes de la magie vaudoue? De connaître l’identité d’un assassin qui n’a jamais été découvert? D’imaginer avoir un double qui vaquerait tranquillement à ses occupations pendant vos longues siestes?
   
   C’est un peu ce que nous propose Alain Mabanckou dans les “Mémoires de porc-épic”. Ayant eu la chance de rencontrer l’auteur au Salon du Livre 2006, votre chroniqueuse attitrée va donc se faire un plaisir d’écrire un commentaire élogieux sur le dernier roman de cet écrivain fort sympathique.
   L’histoire : un porc-épic se confie à un baobab suite à la mort de son maître Kibandi. C’est ainsi que l’on apprend qu’il existe des doubles pacifiques, très sympathiques et fort utiles, ainsi que des doubles nuisibles, chargés de commettre les pires atrocités au nom de leur maître. Bien évidemment, notre petit porc-épic est de cette trempe (car sinon, qu’aurait-il eu à nous raconter ?).
   
   De son côté, suite à un rite initiatique et après avoir goûté un breuvage abject, Kibandi s’est vu pourvu d’un double et de certains pouvoirs. C’est ainsi qu’il apprend à lire seul et devient le meilleur charpentier de la région. Suite à la cérémonie, il reçoit également pour double nuisible le petit porc-épic, qui va l’accompagner tout au long de sa vie et, en principe, mourir à ses côtés.
   
   Notre héros raconte donc les meurtres perpétrés au nom de son maître. Voisins peu respectueux, lettrés arrogants, fiancée inaccessible, tous périront à coups de piques de porc-épic. Les traces disparaîtront ensuite, le meurtre restant inexpliqué. C’est ainsi que les initiés pourvus de doubles maléfiques «mangent» leurs ennemis. Même l’épreuve du cadavre accusateur – le cercueil confondant son meurtrier – restera sans effet. Jusqu’au centième meurtre à venir. Là, les esprits se vengeront et causeront la mort de Kibandi, laissant le porc-épic seul en vie pour nous raconter son histoire.
   
   Mon avis : ce roman se lit d’une traite et il est difficile de quitter notre ami porc-épic à qui l’on s’attache facilement. Débordant d’humour, cette petite histoire hautement ironique et racontée par le plus sympathique des meurtriers a le mérite de nous dépayser, de nous arracher à la pluie et aux nuages de la métropole pour nous inviter sur les terres d’Afrique aux couleurs chaudes et ensoleillées. Faisant allusion à la littérature africaine, ce livre est une invitation à la lecture et nous incite à découvrir les conteurs traditionnels méconnus en Europe. Ces «mémoires» sont aussi un clin d’œil à la littérature occidentale, pour le plus grand bonheur des lecteurs amoureux d’Edgar Allan Poe, de Faulkner et d’Hemingway.
   
   Respectant une ponctuation minimale (ni majuscule, ni point), ce récit nous entraîne à une allure folle dans des aventures rocambolesques, tandis que le porc-épic se fait une joie de nous rappeler nos propres travers. Le sourire aux lèvres, nous assistons donc à la périlleuse aventure du jeune (Narcisse) Amédée qui, pour mieux se contempler dans les eaux du fleuve, se perche sur une pierre recouverte de mousse et tombe à l’eau, y laissant un peu de sa dignité.
   
   Fiction et réalité, imaginaire et histoire sont entremêlés dans “Mémoires de porc-épic”, et l’on est si vite happés par ce roman que l’on attend d’avoir lu la dernière ligne pour reprendre notre souffle et nous interroger sur l’honnêteté douteuse du narrateur.
   
   Compte tenu de sa haute teneur en sorcellerie : à ne pas mettre en toutes les pattes…
    ↓

critique par Lou




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En langage porc-épic
Note :

   En langage porc-épic? Pas tout à fait quand même, car même s’il n’y a que des virgules pour ponctuation, c’est écrit dans une langue châtiée.
   
   Qu’est-ce que ces mémoires? Un conte, en quelque sorte. Un conte moderne. Africain. Mais qui conserve une part de rationalité suffisante pour ne pas basculer totalement dans le surréel et l’onirisme. Surprenant néanmoins que ces absences de majuscule en débuts de paragraphes, et ces seules virgules …
   
   Ce brave porc-épic a déjà bien vécu, et on n’est pas loin de penser qu’il arrive en fin de vie, lorsqu’il entreprend la relation de sa vie, et de ses méfaits, au baobab sous lequel il s’est réfugié. De porc-épic à baobab … ! C’est que ce porc-épic n’est pas n’importe qui: il est le double - animal de Kibandi, un africain aux pouvoirs un peu surnaturels, tels qu’avoir un double - humain, et un double - animal auquel il fait exécuter les basses besognes… En l’occurrence «manger des humains» (comprendre: leur prendre la vie). Ce double - animal, c’est donc notre porc-épic.
   
   Voilà en quoi nous sommes dans le domaine du conte. Un conte violent et constellé de morts, morts à coup de piques projetées par notre brave porc-épic, obéissant en cela aux ordres donnés par Kibandi.
   
   « j’appartiens plutôt au groupe des doubles nuisibles, nous sommes les plus agités des doubles , les plus redoutables, les moins répandus aussi, et comme tu peux le deviner la transmission d’un tel double est plus compliquée, plus restreinte, elle s’opère au cours de la dixième année du gamin, encore faut-il parvenir à lui faire avaler le breuvage initiatique appelé mayamvumbi, l’initié le boira régulièrement afin de ressentir l’état d’ivresse qui permet de se dédoubler, de libérer son autre lui-même, un clone boulimique sans cesse en train de courir, de cavaler, d’enjamber les rivières, de se terrer dans le feuillage quand il ne ronfle pas dans la case de l’initié, et moi, je me retrouvais au milieu de ces deux êtres, non pas en spectateur puisque, sans moi, l’autre lui-même de mon maître aurait succombé faute d’assouvir sa gloutonnerie, … »

   
   Petite étrangeté que ce roman, à la fois très africain mais tout à fait accessible à notre sensibilité d’occidentaux. Qu’a voulu dire Eric Mabanckou … ?
    ↓

critique par Tistou




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Piquants!
Note :

   Ça a la présentation du conte. Les éléments et les ingrédients d’un conte. Le merveilleux aussi tournant parfois au bizarre.
   
   Un porc-épic se confie à un baobab. Il raconte son statut de doublure nuisible d’un homme nommé Kibandi. Ce dernier ne supporte aucun affront et assassine par l’intermédiaire de son double qui utilise ses piquants comme arme blanche.
   
   Nous prenons part à la confession d’un exécutant qui a bassement œuvré. Les différents assassinats racontés dépeignent la face sombre d’un homme. Jusqu’au centième assassinat (attention les 99 précédents ne sont pas racontés dans le détail mais simplement quelques-uns d’entre eux!) qui sera le dernier pour le maître et la délivrance pour notre porc-épic.
   
   Les contours sont les contours du conte. Les animaux s’expriment. Le baobab écoute. Certains pouvoirs sont merveilleux bien qu’utilisés pour faire le mal. La légende est revisitée.
   
   Je n’ai pas toujours accroché, cherchant le sens et ne le trouvant pas partout. L’humour est présent bien que moins efficace, je trouve, que dans «Verre cassé» du même auteur. Certains passages sont originaux arrivant à nous embarquer dans le monde de ce porc-épic qu’on plaint parce qu’il n’est pas tombé sur le bon numéro.

critique par OB1




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