Lecture / Ecriture
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Sutures de François-Bernard Tremblay

François-Bernard Tremblay
  Sutures

Sutures - François-Bernard Tremblay

Pièces détachées
Note :

   Pour parodier un célèbre présentateur des informations à la télévision, qui aurait pu être surnommé Gai-Luron, Montréal a peur !
   Enfin presque, parce que la psychose ne s’est pas déclarée, les journalistes n’étant pas encore au courant des faits qui viennent de se dérouler.
   
   Une jeune femme qui émerge d’un étourdissement prolongé est allongée dans une ruelle. Elle ne reconnaît pas les lieux et pourtant elle essaie de se déplacer. Elle souffre et personne n’est là pour l’aider. Enfin elle reconnaît qu’elle est dans un passage situé juste derrière son immeuble. Elle parvient chez elle, non sans peine, et en se déshabillant elle se rend compte qu’elle a une énorme cicatrice sous le sein. Elle est transportée à l’hôpital. Un lobe de poumon a été prélevé.
   
   Un SDF est lui aussi récupéré dans un quartier déshérité et emmené à l’hôpital, les toubibs ne peuvent que constater que lui aussi porteur d’une cicatrice. Comme si on lui avait ôté un rein.
   
   Nick Jarvis et sa coéquipière, et maîtresse occasionnelle, Julie Montpetit, sont chargés de cette enquête pour le moins inhabituelle. S’ils peuvent interroger la jeune femme, Maggie Lemieux, le SDF lui s’échappe de l’établissement sans pouvoir expliquer ce qui lui est arrivé. Maggie elle, et c’est le mieux qu’elle peut faire, s’est rendu compte qu’elle a été absente de chez elle, et dans les vaps, durant quatre jours.
   
   Nick Jarvis demande à l’un de ses indics, un nommé La Fouine, de retrouver le SDF enfui. Mais la découverte d’un cadavre, dans une partie boisée, et portant le même genre de cicatrice, les amène à se demander si une légende urbaine ne serait pas devenue réalité.
   
   En effet quelques années auparavant, un certain docteur Frankenstein sévissait dans Montréal selon quelques sources. Et devant cette accumulation de faits tangibles, il se pourrait qu’effectivement un chirurgien-transplanteur se dissimule derrière ces amputations.
   
   Alors il leur faut recenser les noms de tous les hôpitaux et cliniques, des praticiens susceptibles d’être en capacité de réaliser de telles opérations, relever à l’étranger des cas similaires, s’accrocher au moindre détail, à la moindre information. Comme ce bout de papier comportant un numéro de téléphone trouvé près du cadavre inconnu.
   
   Et il se pourrait que d’autres personnes soient susceptibles de passer sous le bistouri de ce (ou ces) chirurgien-transplanteur. Nick Jarvis et Julie Montpetit sont sur le pied de guerre de même que quelques-uns de leurs collègues et attention à ne pas déraper dans les flaques de sang.
   
   François-Bernard Tremblay aborde un sujet sociétal et médical avec sensibilité et pudeur. Alors que certains de ses confrères se seraient complus à décrire en long, en large et en travers, les interventions chirurgicales, il s’attache aux victimes et aux différents personnages qui gravitent dans cette intrigue parfaitement élaborée.
   
   Des personnages, dont L’Exterminateur, s’installent dans ce roman et au début on ne sait pas quel rôle exact ils jouent. Peu à peu cela se décante, leur implication se trouve plus définie jusqu’à ce que l’enquête aboutisse, non sans mal.
   
   Le thème de la greffe humaine n’est pas un sujet récurrent dans la littérature noire et policière. Et l’on découvre tout un pan de cette pratique souvent placée sous silence. Un peu moins maintenant en France que chaque individu est potentiellement un donneur. Mais ce n’est pas le cas partout. Et il existe des trafics d’organes prélevés volontairement, avec une rétribution parfois conséquente, mais aussi prélevés disons de force et les sujets choisis ne s’en relèvent pas toujours.
   
   Un véritable marché parallèle dont peu de gens ont conscience, car la réglementation varie d’un pays à un autre.
   
   Un sujet sensible traité avec humanisme par François-Bernard Tremblay, professeur de littérature au Québec, dont c’est le premier roman policier, mais pas sa première publication.

critique par Oncle Paul




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