Lecture / Ecriture
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Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz

Jean Echenoz
  Ravel
  Au piano
  Courir
  Un an
  Je m'en vais
  Cherokee
  14
  Des éclairs
  L’équipée malaise
  Caprice de la reine
  Envoyée spéciale
  Le Méridien de Greenwich
  Vie de Gérard Fulmard

Jean Echenoz est un écrivain français né en 1947. Il a obtenu le Prix Médicis en 1983 pour "Cherokee" et le Prix Goncourt de 1999 pour "Je m'en vais".

Vie de Gérard Fulmard - Jean Echenoz

Echenoz fait du Echenoz
Note :

   "Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours des pistolets dans les histoires, ai-je songé. C’est convenu, fastidieux, sans surprise mais bon, je suppose que c’est une figure imposée"
   

   Les sirènes de la rentrée littéraire de janvier m'ont hurlé dans les oreilles que le dernier Echenoz était dans la boîte... J'ai cédé, faible femme que je suis, alors que je m'étais jurée de finir septembre avant d'attaquer janvier. Sérieusement, elles me posent un problème, ces rentrées littéraires qui déboulent sans qu'on ait le temps de dire ouf. Toutes mes résolutions vont au panier : alors que j'ai prévu de lire le dernier Message, le fameux Luc Lang, que le dernier Adam attend son heure sur ma table de chevet, voilà qu'arrivent Echenoz, Lemaitre, Bouraoui, Castillon...
   
   Ok, j'ai des problèmes de riches. Il n'empêche qu'au delà du caractère capricieux de celle qui n'a pas la patience d'attendre et veut tout lire tout de suite sinon je meurs, je trouve dommage que les rentrées qui se succèdent à la vitesse de la lumière fassent passer à la trappe certains bouquins moins en vue et qui sont peut-être des pépites qu'on ne lira jamais. Je n'ai pas de solutions, de toute façon, je parle je parle et je continue à consommer du livre sans arrêt et puis j'ai acheté Echenoz et voilà. Quasiment le jour de sa sortie.
   
   Gerard Fulmard est un bonhomme assez terne, qui tourne en rond dans la vie et dans son appartement de la rue Erlanger, Paris XVIe. Il a été steward et ne l'est plus. Depuis, il se cherche un but, une raison, un motif... jusqu'au jour où un météorite s'abat sur le supermarché où il a coutume de faire ses courses. Gerard Fulmard va par la suite devenir détective, potentiellement tueur à gages... embarqué dans une histoire politicienne un peu farfelue quoique dangereuse, il résiste mollement aux événements qui lui tombent dessus...
   
   C'est drôle, merveilleusement écrit (j'adore découvrir des mots nouveaux grâce à Echenoz dont le vocabulaire semble illimité) décalé, empli de descriptions et de digressions insolites (on apprend un tas de choses sur la rue Erlanger, notamment qu'un japonais cannibale y a vécu et mangé), les personnages ont des noms improbables -Mozzigonacci, Brandon Labroche (!) ou encore Delahouère- c'est du Echenoz dans le texte. Fulmard est un bon loser comme on les aime, les politiciens rusés et faiblards sont censés nous rappeler des têtes connues, les situations sont à la fois sérieuses et folles. La fin du livre est tout simplement excellente, Echenoz nous rappelant avec style à quel point une machine IRM est bruyante :
   "déferlement chaotique d'énormes sons, relevant de la sirène d'alarme, du klaxon de poids lourd et du marteau-piqueur entremêlés, alternance de soli transfixants de scie sauteuse, monstrueux chaos de broyeuses et de presses à emboutir, trios vociférants pour tronçonneuses, grandes orgues et marteaux perforateurs sur contrepoint d'ondes Martenot préhistoriques, le tout ponctué d'incessantes percussions contradictoires, sans ordre ni connexion, comme si quatorze batteurs psychopathes et sourds s'affrontaient avec haine"
   

   J'ai ri. Ce livre m'a fait bien plaisir. Je reconnais toutefois que c'est Echenoz, qui fait du Echenoz. Gérard Fulmard n'est pas un texte qui fera dire "ouah Echenoz a totalement changé, que lui est-il donc arrivé? C'est quoi ce gros bouleversement dans sa prose? Quel est donc ce nouveau message qu'il tente de nous faire passer" etc Pas du tout. Cela agacera ceux qui attendent la révolution. Je fais partie de ceux qui n'ont pas tellement accroché à l'autre veine échenozienne, celle plus sombre de 14. Je préfère nettement les intrigues invraisemblables et les antihéros à la Fulmard. C'est plus attendu, mais qu'est-ce-que c'est bien.
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critique par Une Comète




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Dispensable
Note :

   Dernier-né de l’œuvre d'un de mes auteurs chouchous Jean Échenoz, le roman Vie de Gérard Fulmard m'a un chouïa déçue. Bien sûr, on retrouve avec délice la plume de l'auteur, son côté proximal mais j'ai senti peut-être à tort une histoire construite de toutes pièces où l'auteur a esquissé auparavant une trame approximative et a pas mal improvisé sur la fin. En fait, tout m'a paru entamé et inachevé. Bref, je n'ai pas été hyper convaincue.
   
   Ex-steward sorti manu militari de son boulot pour faute professionnelle, Gérard Fulmard décide d'une reconversion en tant que détective privé. Les débuts sont difficiles, le chaland semble peu attiré par son agence en construction/démolition et par le manque de charisme de son propriétaire. Parallèlement dans la ville, un petit clan politique a quelque peu des difficultés de leadership, amplifiées par la disparition soudaine de sa cheffe de parti.
   
   J'ai eu le sentiment tout au long de ma lecture que Jean Échenoz a voulu un mixe de ses précédentes œuvres, à la fois dans sa façon de narrer les événements (tantôt dans le scan provisoire de certains protagonistes, tantôt dans le côté romancé de l'histoire) mais également dans son style littéraire : il s'autorise en dernière partie ses intrusions/commentaires habituels. Cela part dans tous les sens (on ne s'ennuie pas, mais on ne voit pas où on va), c'est plaisant à lire mais je ne suis pas sûre d'en retenir quelque chose d'inoubliable (à part peut-être la scène d'une baignade avec une blessure). Tout absolument tout m'a paru décousu, effleuré, superficiel et franchement, franchement avec le talent de l'auteur, j'aurais aimé tellement mieux. À croire que Jean Échenoz a répondu à une commande institutionnelle ou qu'il s'est infligé lui-même, que lui-même ne croit pas non plus en son histoire ni en son antihéros, pigeon parmi les pigeons (ou requin parmi les requins politiques ou physiques).
   
   À lire si cela vous dit mais Jean Échenoz a fait tellement mieux...

critique par Philisine Cave




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