Lecture / Ecriture
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Le berger de l'Avent de Gunnar Gunnarsson

Gunnar Gunnarsson
  Le berger de l'Avent

Le berger de l'Avent - Gunnar Gunnarsson

Joyau de 96 pages
Note :

   "Comme née de toute cette blancheur, sur laquelle se dessinaient les cercles noirs des cratères, et des piliers de lave grise comme des fantômes ça et là, une bénédiction semblait baigner ce dimanche dans les montagnes, étreignant presque le coeur ; un grand calme solennel, aussi blanc que l'innocence, s'élevait des petites fermes éparpillées au loin, en contrebas, dont le feu des cheminées s'évanouissait dans une poussière de neige - une paix inconcevable, pleine d'une promesse insoupçonnée - l'Avent, l'Avent !"
   

   Chaque année depuis vingt-sept ans, Benedikt le berger se met en route vers la montagne avant Noël, pour récupérer les moutons égarés. Il est accompagné de Léo, le chien et Roc, le bélier, ils forment une trinité. Sur cette terre d'Islande où le climat est implacable, il faut se dépêcher avant que l'hiver ne s'installe complètement.
   
   L'histoire est courte et simple, Benedikt connaît le périple comme sa poche, mais cette année est particulière, les obstacles inattendus se multiplient et un violent blizzard vient contrarier le bon déroulement de l'opération.
   
   C'est un bandeau sur le livre qui a retenu mon attention. L'écrivain Jón Kalman Stefánsson le qualifie de joyau et ce n'est pas exagéré. Il fait d'ailleurs une postface qui situe l'auteur et son œuvre en Islande. L'écriture est magnifique et la narration nous fait sentir toute la beauté et la dangerosité de l'expédition de Benedikt.
   
   Le parcours est ponctué d'arrêts dont certains où il est attendu et accueilli en habitué. Mais la plupart du temps il est dans la solitude et la réflexion, instants qu'il aime tout particulièrement partager avec son chien et son bélier.
   
   "Les allumettes étaient humides, impossible d'allumer ni chandelle ni réchaud. Mais il savait attendre... Il les glissa sous ses vêtements, contre sa peau, s'assit, et s'endormit. A son réveil, la chandelle brilla et l'eau fut mise à bouillir. Celui qui n'a jamais bu de café dans un trou, sous la terre, au milieu de montagnes désolées, quand le blizzard hurle et qu'au-dehors il fait trente degrés en dessous de zéro, celui-là ne connaît pas le goût du café..."

   Un indispensable.
    ↓

critique par Aifelle




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Un intemporel absolu
Note :

   Pendant les fêtes on s’active, il y a un peu de charivari et cela n’est guère propice à la lecture mais parfois un livre passe le barrage.
   
   Celui que je vous propose est un intemporel absolu, donc surtout ne vous fiez pas à son titre en pensant lire un lénifiant récit de noël.
   Non Le Berger de l’Avent est une petite merveille dont le seul défaut est son caractère lilliputien.
   Le genre de récit que l’on a envie d’offrir dès la dernière page refermée.
   
   Début décembre en Islande "le premier dimanche de l’ Avent marquait le début des préparatifs pour les fêtes de Noël. Chacun s’y préparait à sa manière, mais celle de Benedikt n’appartenant qu’à lui"
   
   Bennedikt le berger affronte l’hiver hostile et ses tourments pour ramener à l’étable les moutons perdus sur les landes, égarés dans le brouillard au fil des mois.
   Des moutons qui ne sont pas les siens mais dont il prend soin d’année en année, chaque mois de décembre.
   
    "– l’Avent, l’Avent ! Benedikt prononça le mot avec précaution. C’était un mot paisible, familier et pourtant étrange. Il n’en connaissait pas la signification exacte mais, pour lui, ça voulait dire à la fois l’attente, l’espérance, la préparation. Au fil des années, c’était le mot qui avait guidé son existence."
   

   Il ne part pas seul, un bélier et un chien l’accompagnent, Roc et Leo, un trio soudé où chacun accomplit sa tâche avec courage et ténacité. Ce n’est pas rien de rassembler les moutons, de les conduire vers un abri.
   
   La magie de Gunnar Gunnarsson opère avec des descriptions magnifiques de tempêtes dans ce royaume du froid pendant lesquelles l’homme peut à peine respirer.
   Des images douces de repos auprès du feu dans la chaleur des moutons.
   Roc et Leo sont aussi les héros du récit, fidèles à la mission que leur confie Bennedickt.
   
   Dieu est là mais un peu en filigrane, Bennedikt est le porteur d’une mission qu’il se donne chaque année sous la protection de son Dieu.
   
   Il y a de la poésie, de la chaleur, de la bonté, de la vie dans ce récit. Le lecteur regarde ce paysage grandiose à travers le regard du berger et les mots de l’auteur. Le texte respire la générosité à chaque page.
   
   Jòn Kalman Stefànsson a écrit une belle postface pour cet écrivain très peu connu aujourd’hui en France qui fut plusieurs fois pressenti pour le Nobel.
   C’est mon libraire favori qui m’a proposé ce livre, qu’il en soit remercié.
   
   "La tempête et le blizzard, en hurlant, s’attaquaient aux toits gelés. On aurait dit une armée de monstres jaillis du plus noir de la nuit."
    ↓

critique par Dominique




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Homme de la montagne
Note :

   Je connais peu de choses de la littérature islandaise bien qu'ayant lu quelques titres et souvent avec plaisir, mais je ne demande qu'à apprendre. C'est pourquoi je me suis laissé tenter par ce berger de l'Avent car Gunnar Gunnarsson est donné comme un des auteurs phares de la littérature de ce pays. Il semble cependant que ce soit le seul titre (bien moins de 100 pages) de l'auteur actuellement disponible en France. Très chers éditeurs, vous avez des sous pour publier une énième mièvrerie, mais rien pour la littérature islandaise ? Hmmm. Bon. C'est vous qui savez. Chacun son métier. Bref. Tout le monde dit le plus grand bien de ce récit. Comment résister ?
   
   Benedikt est un homme simple, un berger, un solitaire. Tous les ans, à la période de l'Avent, juste avant les grands froids, il repart dans la montagne pour un ultime sauvetage des moutons qui ont échappé aux retours de transhumance et s'y trouvent encore à errer. Ils ne pourront résister seuls là-haut. C'est pour lui une sorte de bonne action de Noël, comme une façon d'améliorer son karma. (Cette dernière remarque est un peu humoristique car le récit est clairement catholique, mais elle fait bien écho à ce profond sentiment d'harmonie entre l'homme et la nature, où chacun a sa place et son rôle à jouer.)
   
   Benedikt est accompagné de son bélier Roc (qui saura "parler la langue" des rescapés) et de son chien Léo (qui retrouve toujours le chemin). Ce sont trois compagnons, intimement liés qui mangent et dorment ensemble, se connaissent depuis toujours, s'estiment et se respectent. Mais le berger commence à prendre de l'âge,
   "… cette année était une sorte d'anniversaire : c'était la vingt-septième fois, et lui-même avait deux fois vingt-sept ans."

    Pas vieux encore, mais les conditions sont très rudes d'autant que cette fois "la poisse l'avait poursuivi". Dès le début, il s'est mis en retard pour aider les uns et les autres, car Benedikt ne sait pas refuser, et le voilà à démarrer alors que le grand froid et le blizzard ont déjà commencé et ayant bien entamé ses provisions avant même le départ. Les choses seront particulièrement difficiles pour cette vingt-septième année et il aura besoin de toute son expérience, de son mental inébranlable et de son stoïcisme. Sans parler de sa fine équipe.
   
   Jón Kalman Stefánsson, nous livre une postface très éclairante, en particulier sur la place de Gunnarsson dans la littérature islandaise. Il présente également ses autres romans (que donc, nous ne trouverons pas en français (et moi, le danois... - car l'auteur écrit en danois). Il dit également le plus grand bien de cette novella, insistant en particulier sur la qualité de sa construction, ce qui m'a étonnée car je louerais plutôt le fond que la forme, la fin étant expédiée en moins de deux pages de façon... je dirais "abrupte" puisqu'on est à la montagne.

critique par Sibylline




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