Lecture / Ecriture
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Le consentement de Vanessa Springora

Vanessa Springora
  Le consentement

Le consentement - Vanessa Springora

Un ogre
Note :

   "J'aurai quatorze ans pour la vie. C'est écrit."
   

   Parce que je me souvenais très bien d'une prestation de celui que Vanessa Springora appelle G. dans l'émission de Bernard Pivot, et surtout de l'impression de malaise qu’avait suscité chez moi cet homme à la fois cynique et arrogant, j'ai décidé de lire ce roman.
   
   Il aura fallu trois décennies à l'auteure pour qu'elle s'autorise à relater et à analyser au plus près ce qu'adolescente elle avait vécu, ce qu'elle croyait être une histoire d'amour avec un écrivain de cinquante ans, alors très en vue dans le milieu littéraire. Trente ans pour analyser ce phénomène d’emprise parfaitement rôdé pour celui qu'elle identifie maintenant comme étant un ogre.
   
   On reste sidéré par le laisser-faire des adultes entourant la très jeune fille, par le cynisme de celui qui n'hésite pas à s'emparer tout à la fois de son très jeune corps, sans jamais pour autant la forcer physiquement, et d'une certaine façon de son âme en la réduisant à un personnage d'une histoire qu'il réécrit à sa façon, se donnant bien sûr le beau rôle. Mais la réalité est bien plus sordide car celui qui prétendait être un amant hors pair pratique en fait une sexualité pauvre et mécanique.
   
   Psychiquement abîmée, la jeune fille mettra longtemps à retrouver un équilibre affectif. L'écriture de ce texte est en tout cas une magnifique réappropriation de ce que lui avait sournoisement dérobé G.
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critique par Cathulu




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Le phénomène d'emprise
Note :

   "Pourquoi une adolescente de quatorze ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente-six ans son aîné ? Cent fois, j'avais retourné cette question dans mon esprit. Sans voir qu'elle était mal posée, dés le départ. Ce n'est pas mon attirance à moi qu'il fallait interroger, mais la sienne."
   

   J'ai lu le consentement avant l'avalanche de réactions que nous voyons ces jours-ci, donc l'esprit assez libre. Je me souviens parfaitement de l'émission "Apostrophes" où j'avais été écœurée par les propos de Gabriel Matzneff et admirative devant le courage de Denise Bombardier, seule à mettre ce monsieur devant la réalité de ses actes. Je n'ai plus jamais regardé une émission où cet homme était invité.
   
   Tellement de choses ont été dites sur le consentement, souvent par des personnes qui ne l'ont pas lu, que je n'ai pas envie d'en dire trop. Ce qui m'a le plus intéressée c'est d'abord qu'une victime prenne la parole et donne sa version de l'histoire. Vanessa Springora décrit très bien le phénomène d'emprise qui peut s'exercer sur une adolescente de 14 ans, de la part d'un homme de 50 ans, auréolé du prestige du grand écrivain.
   
   Elle le dit elle-même, tout l'a préparée à ce qu'elle se laisse piéger facilement : un contexte familial défaillant, un père violent et absent, une mère qui travaille dans le milieu de l'édition et se révèle pour le moins complaisante, une forte demande d'affection et d'amour. G.M. (tel qu'elle le désigne dans le livre) l'a repérée de loin.
   
   On reste confondu devant ce qu'il a pu déployer pour la prendre dans ses filets et pour l'y maintenir longtemps après, même lorsqu'elle aura rompu. La culpabilité va la poursuivre à l'idée qu'elle a consenti, qu'elle a même été amoureuse, du moins le pensait-elle. Mais que pèse le consentement d'une jeune fille de 14 ans face à un adulte pervers ? Elle idéalise G.M. et la belle histoire commencera à se fissurer lorsqu'elle s'apercevra qu'il n'est pas celui qu'elle a cru. Le plus sidérant est l'attitude du milieu littéraire, au courant de tout puisque G.M. s'est toujours vanté dans ses livres de ses pratiques sexuelles, mais faisant semblant que la situation est normale.
   Après, il y aura les conduites à risque, la chute dans la dépression, les addictions, l'hôpital psychiatrique. G.M. l'a tellement utilisée dans ses livres qu'elle ne sait plus si elle est une personne réelle ou une fiction.
   
   J'ai trouvé ce texte remarquable dans sa retenue, sa subtilité, son intelligence. Au delà de l'histoire personnelle de Vanessa Springera, il décortique les mécanismes à l’œuvre dans tous les phénomènes d'emprise.
   
   Lorsque l'agitation autour de sa parution se calmera, je pense que ce livre deviendra un texte de référence sur le sujet et sur la prise de parole des femmes.
   
   C'est bien sûr un lecture qui remue, mais qui est nécessaire.
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critique par Aifelle




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Aussi un ouvrage littéraire
Note :

   J’aurais aimé, sans doute, ne pas lire tant d’extraits de ce livre sur les réseaux sociaux avant de l’ouvrir. Cela dit, j’ai souri, pendant ma lecture, devant l’énormité du pompage, parfois au mot près, de ceux qui l’ont fait, souvent sans citer leur source… Remettons les pendules à l’heure, c’est Vanessa Springora, et elle seule, qui a soulevé les lièvres, trouvé les extraits où Pivot apostrophe un certain G., parlé de cette fameuse pétition signée par Sartre et Beauvoir (qui donne envie de vomir), parlé du Lolita de Nabokov aussi et de son ton sans appel, etc. mais son livre n’a rien d’un scandale en soi. Tout d’abord, il est très bien écrit, avec des mots justes, bien posés. Il décrit les émois d’une toute jeune fille (treize ans) pour cet adulte écrivain, fascinant et insistant, enjôleur et beau… appelé tout du long G, trois fois plus vieux qu’elle. On peut même retrouver aux premières pages des airs de Bonjour Tristesse de Sagan primé en 1954 où Cécile, 17 ans, est attirée par les amis de son père (les prémices de ce fameux air du temps ?). Je ne suis personnellement jamais gênée, en tant que lectrice, à l’instar de ce qu’a pu faire Justine Levy ou Laurence Tardieu dans leurs écrits, quand une si belle écriture raconte des faits réels. La réalité est parfois bien plus inventive, plus invraisemblable aussi, plus cruelle, que la fiction. Et je comprends, tellement, qu’il faille attendre si longtemps, que son enfant atteigne l’âge de l’expérience par exemple, que l’énormité de l’événement prenne enfin tout sons sens, pour que l’urgence soudain de raconter advienne.
   
   J’ai ressenti avec force le manque d’amour, le manque de repères, l’amour de la littérature, l’admiration, tout ce qui a pu entraîner la jeune Vanessa dans les bras de G. Le prédateur n’avait pas choisi sa cible par hasard. Vanessa vit seule avec sa mère, et cette dernière s’interpose mollement devant la relation des deux tourtereaux, puis laisse faire. Il n’y a pas d’obstacles face aux agissements de G., il y a même un énorme accueil bienveillant face à ses qualités d’écrivain, face à ses livres où tout est raconté, son amour pour les nymphettes et les très jeunes garçons. Tout le monde sait. Et malgré elle, malgré son consentement, Vanessa lance des alertes que personne ne rattrape jamais. Il faudra qu’elle grandisse un peu, qu’elle se rende compte des manipulations de l’écrivain, et qu’elle se sauve elle-même pour que le charme disparaisse… L’attrait qu’elle exerçait sur G. n’aurait de toutes façons pas survécu à la fin de l’adolescence…
   
   J’ai lu ce livre avec beaucoup de tendresse pour son auteure, séduite par son écriture, sa sincérité, sa dignité. Je l’ai lu à la fois comme un récit d’expérience, mais aussi comme un ouvrage littéraire. Et loin d’avoir envie d’ouvrir un débat sur l’époque qui a permis à une telle expérience traumatisante de perdurer et de se renouveler, loin d’avoir envie de parler du bien fondé ou non du lynchage médiatique, j’ai envie d’espérer que Vanessa Springora a ainsi débloqué quelque chose en elle, qui lui permettra (entre autres) de continuer sur le chemin de l’écriture.
   
   "Le manque, le manque d’amour comme une soif qui boit tout, une soif de junkie qui ne regarde pas à la qualité du produit qu’on lui fournit et s’injecte sa dose létale avec la certitude de se faire du bien. Avec reconnaissance et béatitude."

critique par Antigone




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