Lecture / Ecriture
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Manifesto de Léonor de Récondo

Léonor de Récondo
  Pietra Viva
  Amours
  Rêves oubliés
  Point Cardinal
  Manifesto

Léonor de Récondo est une violoniste et écrivaine française née en 1976.

Manifesto - Léonor de Récondo

Deuil
Note :

   Un appel en pleine nuit n’est jamais bon signe. C’est précisément dans la nuit du 24 au 25 Mars 2015 que Léonor de Récondo reçut un appel de sa mère, Cécile, elle-même prévenue quelques instants plus tôt par l’hôpital de la Salpétrière que son mari, le père de Léonor, opéré le matin-même, était en train de mourir d’une septicémie foudroyante.
   
   Les dernières heures passées au chevet d’une personne que l’on a profondément aimée sont d’une densité et d’une texture particulières. Elles se partagent inévitablement entre l’angoisse de la perte définitive de l’être aimé, l’attente contradictoire du dénouement fatal, l’épuisement venant, et la quête souvent vaine ou futile de renseignements auprès de médecins surchargés et eux-mêmes épuisés. C’est cette expérience, la première pour la romancière et violoniste, qui est retracée ici avec respect, pudeur et amour.
   
   Des séries de trois chapitres très courts se succèdent au fur et à mesure que la nuit d’agonie se déroule. Le premier donne la parole au mourant dans un dialogue imaginaire entre lui et un de ses proches où ils se confient réciproquement certains des souvenirs clé dont est fait une existence. Autant de séquences qui disent l’amour fusionnel, l’amour filial, l’horreur des guerres qui ont chassé ces familles espagnoles de leur pays, la perte successive de trois enfants en trois ans dans d’atroces circonstances et la réalisation par ses propres mains de sculpteur et fondeur de métaux du premier violon pour sa fille Léonor.
   
   Le deuxième décrit ce qui se passe dans ou autour de la chambre du mourant, dans un hôpital dont le rythme de la nuit diffère profondément de celui du jour. Des séquences faites de petits gestes attentionnés, de moments de doute ou d’abattement, d’angoisse aussi.
   
   Dans chaque chapitre terminal de ces tierces successives, c’est Léonor qui raconte un des souvenirs qu’elle a de la vie avec son père ou auprès de ses trois demi-frères ou sœurs désormais eux-aussi décédés, tous jeunes.
   
   Quiconque aura vécu un tel épisode où l’on accompagne un proche dans ses derniers instants ne pourra que se reconnaître dans cette succession d’images, d’émotions, d’attente épuisante aussi qui constitue le parcours de l’accompagnant.

critique par Cetalir




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