Lecture / Ecriture
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La formule préférée du professeur de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La formule préférée du professeur - Yôko Ogawa

Des chiffres et des lettres
Note :

   La narratrice qui élève seule son fils travaille pour une association d'aides ménagères. C'est ainsi, qu'un beau jour, elle est envoyée travailler chez un vieux professeur de mathématique. Sa particularité? Il se souvient de tout ce qui s'est passé avant l'accident qui l'a privé de sa mémoire en 1975, et des 80 dernières minutes de sa vie. Ainsi, chaque jour tout est à recommencer. Seule constante de son univers, les chiffres auxquels il se raccroche. Pourtant, malgré le handicap, la maladie et les différences d'âge, une relation amicale, puis filiale lorsque le vieil homme rencontre le fils de son aide-ménagère, va naître entre ces trois êtres, qui se retrouvent autour de l'amour des chiffres et du base-ball.
   
   Autant vous dire tout de suite que quelque soit votre niveau en mathématiques et vos mauvais souvenirs scolaires, vous sortirez de ce roman réconcilié avec les théorèmes et autres figures géométriques! Les mathématiques, les chiffres qui ordonnent le monde et lui donnent un sens quand tout le reste part à vaux l'eau sont le fil conducteur du roman. J'en suis sortie émue par les chiffres premiers, les parfaits, abondants et autres. Emue de savoir quel lien uni 220 et 284. Et outre de magnifiques passages qui font percevoir la beauté des mathématiques, «La formule préférée du professeur» est aussi une magnifique histoire d'amour. Pas d'amour-amour, entendons nous bien! Les protagonistes de cette histoire, esseulés, blessés vont recréer petit à petit une famille. Et c'est beau cette relation qui naît, surtout celle qui unit le petit Roots au vieux professeur. C'est beau de voir comment ils se soutiennent les uns les autres, et comment la transmission se fait d'une génération à une autre. Encore qu'au rang de l'amour amour, on découvre en filigrane la vie brisée du professeur, une vie que l'on devine emplie de drames, de tensions et sans doute, d'un bonheur, qui enfin revient.
   
   "Simplement, la valeur de toutes sortes de petites scènes que nous avions partagées n'a jamais pâli, au contraire, plus les jours passaient, plus elle ressortait avec fraîcheur, réchauffant notre coeur."
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critique par Chiffonnette




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Quand les chiffres virevoltent avec les lettres
Note :

   Une jeune aide-ménagère est engagée chez un employeur un peu particulier: ce vieil homme est un ancien professeur de mathématiques qui, à la suite d’un traumatisme crânien, n’a plus qu’un empan mnésique de 80 minutes. L’employée doit donc se présenter de nouveau à lui tous les matins et affronter ses traditionnelles questions, toutes centrées sur les chiffres. Elle se lie vite à cet étrange personnage et lui présente son fils qu’il surnomme «Root» ou racine carrée, en raison de son crâne aplati. Le vieil homme et l’enfant se découvrent une passion commune pour le base-ball. Cette amitié résistera-t-elle à l’amnésie invalidante du professeur?
   
   J’avais découvert Yoko Ogawa à travers «La bénédiction inattendue», un recueil de nouvelles que j’avais particulièrement apprécié. Ce roman ne m’a pas laissée indifférente. Il s’en dégage une immense tendresse: l’auteur a bien su rendre dans sa plume experte et sobre la palette des sentiments qui se nouent entre l’aide-ménagère, son fils et le professeur. La narratrice au début est un peu effrayée par le personnage: en effet, il a vu se succéder avant elle 9 aides-ménagères. Pour quelle raison sont-elles parties? Le professeur a-t-il des exigences si singulières qu’il fait fuir ses employées? Mais très vite, elle se prend d’affection pour lui. Le vieil homme est un original: il porte, accrochées à sa veste élimée, de multiples notes manuscrites sur lesquelles figurent les informations essentielles à ne pas oublier. Ainsi a-t-il fait une petite note pour sa nouvelle aide-ménagère et son fils.
   
   Le roman mêle habilement l’art des lettres (l’écriture est ciselée et très dépouillée) et l’art des chiffres. Sans adopter une allure trop didactique, l’auteur distille quelques connaissances mathématiques, par exemple sur les nombres premiers ou la formule d’Euler, «la formule préférée du professeur». L’aide-ménagère se cultive, développe son goût d’apprendre auprès du professeur. Elle mène ses propres recherches en bibliothèque pour percer à jour les mystères de «la formule préférée du professeur». Ce dernier parvient avec un talent de pédagogue à transmettre sa passion des mathématiques à la jeune femme et son enfant.
   
   J’ai été séduite d’emblée par le caractère très original de l’intrigue: comment travailler auprès d’un vieil homme qui ne peut encoder des informations nouvelles que sur une durée de 80 minutes? Comment l’auteur allait-elle s’y prendre pour décrire une amitié sur le long terme, à reconstruire toutes les 80 minutes? J’ai été par contre moins attirée par les descriptions techniques du jeu de base-ball. Même si les notes de la traductrice permettaient d’éclaircir bien des termes, le propos restait très technique.
   
   Un roman poignant, une fin bouleversante, une écriture ciselée, poétique qui nous conte avec brio l’histoire d’une amitié sur fond d’amnésie. Un roman qui nous invite à une découverte de la beauté des mathématiques.
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critique par Seraphita




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Étrange mélange de mathématiques et de base-ball
Note :

   «Nous l’appelions professeur, mon fils et moi. Et le professeur appelait mon fils Root. Parce que le sommet de son crâne était aussi plat que le signe de la racine carrée.
   Ooh, on dirait qu’il y a là-dessous un cœur plein d’astuce, avait dit le professeur en caressant sa tête sans se soucier d’ébouriffer ses cheveux.
   Mon fils, qui portait toujours une casquette parce qu’il détestait les moqueries de ses camarades, avait rentré le cou dans les épaules, sur ses gardes.
   En l’utilisant, on peut donner une véritable identité aux chiffres infinis comme à ceux qu’on ne voit pas.
   Et il avait tracé le signe du bout de son index sur le coin de son bureau recouvert de poussière : √.»

   
   Il a un problème le génial professeur de mathématiques. Il était effectivement génial, une sommité dans le milieu des mathématiques, et il y eût un accident, un accident bête qui le prive de mémoire. Oh, pas complètement, il lui reste pour 1h30 de mémoire. Au-delà d’une heure et trente, il faut à cette jeune femme qui est engagée pour faire le ménage chez lui, tout recommencer à zéro; se présenter, expliquer ce qu’elle fait, …
   
   Il a trouvé un système «innovant» pour pallier le problème, il a recouvert de post-it son manteau afin d’essayer de retrouver un fil conducteur; des pense-bêtes quoi!
   
   Et notre aide-ménagère, qui vit seule, a un fils. Un fils dont il faut bien s’occuper quand il ne va pas à l’école. Qu’à cela ne tienne, elle finira par l’amener chez le professeur à la mémoire défaillante. A la mémoire défaillante mais pas à l’amour des enfants défaillant. Cet enfant va être une bénédiction pour ce professeur, d’autant que cet enfant a une passion: le base-ball, qui constitue par le biais des statistiques de match (un domaine apparemment important pour les amateurs de base-ball) un des dadas du professeur. Mais évidemment, son «compteur mental» étant resté bloqué à l’avant-accident, l’idole du professeur ne joue plus depuis longtemps.
   
   Et Yoko Ogawa va tricoter avec tous ces éléments pour nous confectionner des considérations sur la vieillesse et sa décrépitude, sur ce que l’amour peut réaliser, sur … des petits faits quotidiens, des considérations mathématiques de haute volée et un aperçu du monde du base-ball. Un récit vivant, pas gnangnan.
   
   Original, profond, humain, … Que ne fait-on pas avec les chiffres?
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critique par Tistou




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Sympathiques, les maths ?
Note :

   Avis aux amoureux des mathématiques! Dont je ne suis pas! Pourtant, je me suis laissé tenter par ce roman, et j’avoue qu’il m’a fait voir cette science sous un angle nouveau. C’est bien la première fois que je trouve plaisant de suivre des jongleries avec des nombres!
   
   La narratrice est une mère célibataire qui gagne sa vie en faisant des ménages, autant dire qu’elle ne rigole pas tous les jours! Elle est embauchée pour s’occuper du logement d’un vieux professeur de mathématiques qui n’aime rien de plus au monde que les nombres primaires. Seule ombre au tableau : ayant subi des lésions au cerveau lors d’un accident de la route, la mémoire récente du professeur est limitée à 80 minutes… Là où toutes les aide-ménagères avant elle ont jeté l’éponge, la narratrice fera preuve de persévérance, de compassion et d’une grande patience. Elle respectera le vieil homme qui le lui rendra bien. Elle lui amènera son fils de dix ans que le professeur surnommera affectueusement «Roots» (en raison de la forme de son crâne en racine ) et avec lequel il partagera sa passion du base-ball. Le professeur leur fera découvrir l’univers magique des mathématiques, sachant se mettre à leur niveau et trouver les explications et les exemples à leur portée.
   
   Sincèrement, je n’aime pas beaucoup les bons sentiments, mais ce roman m’a réchauffé le cœur. Il en émane une tendresse, un respect profond pour la personne humaine, qu’elle soit vieille, jeune ou handicapée, femme de ménage ou génie déchu… et les nombres prennent une dimension poétique, romantique, c’est tout un monde qui s’ouvre à la narratrice (et à nous en même temps!) : «Je caressais les pages. Je sentais mes doigts effleurer les formules mathématiques que le professeur avait écrites. Elles se bousculaient en une longue chaîne qui tombait à mes pieds. Je suivais cette chaîne maillon après maillon […] je n’avais pas peur. Parce que je savais bien que le professeur me conduisait à la vérité éternelle et inviolable. Je sentais avec émerveillement que le sol sur lequel je me tenais reposait sur un monde encore plus profond. Pour y parvenir, il n’existait d’autre méthode que de suivre cette chaîne de chiffres, les mots n’avaient aucune signification, et bientôt, je ne savais plus si je me dirigeais vers les profondeurs ou si je cherchais à atteindre les hauteurs. Je savais seulement que la chaîne me reliait à la vérité.»
   
   J’ai beaucoup apprécié aussi la pédagogie du professeur, sa modestie, l’absence de tout mépris vis-à-vis des non-initiés, sa manière de leur donner confiance en eux-mêmes, de les faire croire à leur propre intelligence, à leur capacité de comprendre… c’est tellement à l’opposé de ce que j’ai pu vivre moi-même (eh oui, vous le devinez, je fais partie des traumatisés des maths scolaires!!!), de ce que peuvent vivre encore mes enfants… les maths seraient donc autre chose qu’une tyrannie implacable, qu’un instrument impitoyable de sélection? Merci à Yoko Ogawa de me donner cet espoir!
    ↓

critique par Alianna




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Nombres adorés
Note :

   Je pense que tout a déjà été dit sur ce roman. Je l'ai acheté suite à de nombreux billets enthousiastes (je ne vous dirai pas il y a combien d'années) et il aura patienté loooongtemps dans mes étagères. Comme plusieurs autres, quoi. Finalement, même si je suis un chouia moins enthousiaste que la plupart des lecteurs (en fait, il y a des trucs que je ne suis pas certaine d'avoir bien compris... et du coup, j'ai eu l'impression de manquer quelque chose), j'ai quand même passé un bon moment de lecture et je confirme que j'aime énormément la plume d'Ogawa. Ou de sa traductrice. En tout cas, vous comprenez ce que je veux dire!
   
   Avec ce roman, on est loin de l'atmosphère sombre et dérangeante de certains des autres romans de l'auteur. Nous pénétrons plutôt dans un univers particulier, un peu triste au départ, qui s'illumine graduellement surtout en raison de la relation entre le professeur et Root, le garçon de l'aide ménagère, qui a la tête de la forme d'une racine carrée. Une relation étrange, certes, car le professeur souffre d'amnésie antérograde suite à un traumatisme crânien. Sa mémoire est comme une tablette qui s'efface à mesure. (D'ailleurs, si cette patho vous intéresse, il y a un chapitre intitulé "le marin perdu" dans le recueil "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" de Oliver Sacks... je dis ça comme ça... mais mon billet est super poche...
   
    Je dois dire dans mon cas que bon, les passages sur le base-ball ne m'ont pas interpellée plus que ça, si ce n'est pour la beauté des moments qu'il suscite, mais les mathématiques, par contre! Wow! On ne dirait pas comme ça, mais j'ai un background scientifique et j'ai toujours adoré les maths, qui m'ont toujours beaucoup parlé et qui se faisaient tout seuls dans ma tête. J'ai aimé redécouvrir certaines particularités et me passionner à nouveau, par le biais des enseignements de ce professeur qui les rend magnifiques, ses mathématiques et ses nombres adorés. C'est, je crois, ce que j'ai le plus aimé.
   
   Comme je le disais en introduction, je suis un peu restée sur ma faim concernant certains aspects. On nous donne des indices mais certains mystères me sont restés... mystérieux, disons. Oui, vous me direz que bon, dans la vie, les résolutions ne sont jamais parfaites... je sais. Mais il m'a manqué un petit quelque chose pour être entièrement satisfaite de ma lecture, même si les relations entre les personnages et surtout l'amour du jeune garçon pour le professeur, m'ont beaucoup émue et touchée.
    ↓

critique par Karine




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Des chiffres et des lettres
Note :

   Un exploit pour ce livre de la très fine Yoko Ogawa (voir "Les abeilles"), m'avoir intéressé aux mathématiques. Une aide ménagère travaille auprès d'un ancien professeur de mathématiques dont la mémoire se borne aux 80 dernières minutes à la suite d'un accident de la route. En compagnie de son fils Root, ainsi surnommé par le professeur à cause de son crâne plat comme le signe de la racine carrée (square root en anglais), elle découvre peu à peu, par l'entremise du professeur, la beauté des nombres et les relations inattendues qui existent entre les mathématiques et la vie concrète. C'est une femme modeste qui devient plus ouverte notamment au fait que les nombres peuvent unir des individus. Le lien professionnel entre le professeur et son aide ménagère se transforme: elle développe alors avec lui un lien amical fort malgré la santé vacillante de l'ancien enseignant.
   
   Tout en douceur et en caractère malgré tout ces trois personnages sont magnifiques et pour tout dire assez inimaginables dans notre monde occidental. Le vieux professeur à la mémoire si volatile est un poète des chiffres et un spécialiste des problèmes mathématiques qu'il résout dans les journaux sans même penser à en toucher les primes. La formule préférée du professeur jongle si joliment avec les nombres premiers et les nombres parfaits, dont 99% me sont absolument étrangers, avec les logarithmes et les racines carrées qu'on a l’impression de les voir danser dans les nuages comme dans un film de Miyazaki. Magique comme une ardoise de notre enfance.
   
   Mais le professeur a une autre passion qu'il relie aisément à la première, celle du base-ball, sport très prisé dans l'Empire du Soleil Levant. Il en est resté à ses joueurs fétiches d'antan bien sûr, et collectionne les cartes du championnat comme mon petit-fils les Pokemon, en plus soigneux. Et c'est délicieux de lire ses statistiques sur le temps moyen d'un lancer, le taux de réussite de tel joueur. Pourtant le base-ball est un sport particulièrement hermétique aux profanes. Mais la plume de Yoko Ogawa est si légère qu'on s'immisce volontiers dans le tendre trio. Root, gamin déluré et finaud, et qui n'a pas connu son père, progresse aux côtés du professeur et semble très heureux de ce grand-père de substitution. Bien sûr il est un peu lunaire ce vieux monsieur avec ses amis chiffres et nombres. Bien sûr il faut un peu d'attention pour ne pas perdre patience devant ses questions réitérées et oubliées le lendemain. Mais on dirait une famille...
   
   Très jolie et très cohérente aussi la description des taches ménagères, repassage et pliage à la perfection, ou cuisine imaginative, qu'exécute la maman de Root. C'est une belle leçon d'humanité, sans pédagogie assommante, tout en charmes minuscules, que "La formule préférée du professeur". Je les ai aimés, ces trois-là.

critique par Eeguab




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