Lecture / Ecriture
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Ceux d'à côté de Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier
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  Ceux d'à côté

Diplômé en arts plastiques, Laurent Mauvignier est un romancier français né en 1967.

Ceux d'à côté - Laurent Mauvignier

Roman qui fait bien mal
Note :

   "J'avais juste oublié qu'on devrait pouvoir aimer ce qui nous arrive"
   

   Catherine vit seule : son existence se résume au concours de chant qu'elle prépare et à son travail dans une cantine scolaire. Le reste n'est qu'ennui et frustration. Elle s'est liée d'amitié avec Claire, sa voisine de palier, qui est fiancée à Sylvain et envisage de s'installer avec lui. Le déménagement sera précipité par un événement dramatique : le viol dont Claire est victime dans son appartement. L'homme qui l'espionnait depuis des semaines a fini par passer à l'acte. Après l'agression, Catherine se surprend à jalouser le drame de son amie, à qui il arrive des choses (!), se met à rêver du violeur tandis qu'il erre dans la ville, traînant le poids de sa culpabilité et attendant une condamnation du monde qui ne vient pas...
   
   Je poursuis ma découverte de Laurent Mauvignier avec ce roman qui fait bien mal : sujet dérangeant, écriture sinueuse et chaotique comme l'âme des êtres qu'il décrit... grâce au monologue dont l'auteur est familier et qu'il maîtrise à la perfection, le récit nous plonge dans la tête de deux êtres en souffrance, malades de solitude, suintant le mal-être, nous fait partager leurs sentiments les plus intimes et les moins reluisants : être jalouse du drame vécu par "celle d'à côté", parce qu'à soi-même il n'arrive rien, ce n'est pas glorieux, mais c'est humain, c'est minable et humain...
   
    Lire Laurent Mauvignier, c'est devoir regarder bien en face ce que l'on tente de refouler et qui pourtant se trouve là, tapi en chacun de nous : le mal, le laid, le honteux. Un vrai tour de force que ce livre qui met en lumière, dans la douleur, avec une justesse implacable, ce qu'on voudrait ne pas voir.
   
   On a lu plus gai, on a rarement lu plus fort et plus vrai.
   
   "Moi, je montais derrière, sans rien demander, parce que les gens qui sont tout seuls, ils montent derrière et ils sont déjà bien contents de ne pas passer un dimanche de plus à se dire, qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui, bon, il ne fait pas beau, je vais me lever tard, parce que, pour ça, je m'arrangeais toujours pour me coucher à n'importe quelle heure, encore plus tard, le plus tard possible, le samedi, soûle, pour me réveiller le dimanche vers une heure, histoire d'avoir réglé son sort au matin, de pouvoir traîner longtemps avec ma fatigue devant le café, en attendant d'appeler ma mère qui me dirait comme tous les dimanches, tu viens de te lever, toi, dis, tu as fumé, la voix que ça te fait, dis donc, pour chanter, comment tu veux, si tu fumes"
   

   
   NB : Tourneboulée par ce récit d'une tristesse absolue, j'ai eu envie de faire le tour de mes lectures récentes et moins récentes. Le constat est le suivant : les livres amusants, tordants, ou simplement souriants se comptent sur les doigts d'une seule main. Pfiouuu...
   
   Lire ne fait pas rire, ni sourire. On pleure, on se lamente, on souffre mais on ne rit plus.
   
   Je prend cette affaire en main et décide qu'au moins une fois par mois, je ferai une lecture amusante, funny, légère, pas sérieuse, coincée entre Mauvignier et d'autres écrivains de la "sombritude", auxquels je ne renonce pas, bien entendu. C'est juste que j'aimerais rire un peu plus quand je lis...

critique par Une Comète




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