Lecture / Ecriture
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La banlieue de Paris de Blaise Cendrars

Blaise Cendrars
  L'or
  La main coupée
  Bourlinguer
  La Vie dangereuse
  Hollywood. La Mecque du Cinéma
  Moravagine
  Faire un prisonnier
  La banlieue de Paris
  Du monde entier. Poésies complètes 1912 – 1924
  Les confessions de Dan Yack

Blaise Cendrars est le nom de plume de Frédéric Louis Sauser, écrivain français d'origine suisse, né en 1887 et mort en 1961.

La banlieue de Paris - Blaise Cendrars

Photographies de Robert Doisneau
Note :

   Nous avons ici un livre de 106 pages de photos de Robert Doisneau, en format 21X28 et qui a été publié en 1983. Des photos aussi, il y en a 106, mais pas une par page, ne courons pas aux conclusions hâtives. Elles sont en noir et blanc. Il y en a une ou deux par page et elles ont été prises juste après la 2ème guerre mondiale. Ce fut le premier livre de Robert Doisneau, alors que Cendrars, lui, était déjà célèbre. Le baroudeur-voyageur qu'il est, ne va pas cette fois parcourir des milliers de kilomètres, et s'il crapahutera pas mal, ce sera dans une zone qu'il connait déjà fort bien pour en être issu : la banlieue parisienne où naissent justement les HLM, alors HBM (habitations bon marché).
   
   L'ouvrage est divisé en deux parties égales : 54 pages de texte, autant de photos. Les deux ne sont pas mélangés, ce qui fait un peu bizarre et d'ailleurs, il n'est pas facile de les raccorder, voire parfois impossible, ainsi quand Cendrars évoque une photo de classe et que l'ouvrage n'en contient aucune... Encore un des grands mystères (non pas de la nature) mais de l'édition. D'ailleurs, l'écrivain a divisé son texte en quatre chapitres axés sur la géographie (Sud, Ouest, Est, Nord – même pas une rotation logique), tandis que le photographe a partagé ses œuvres en huit groupes, selon les thèmes (enfants, habitations, travail, loisirs etc.) Il est clair que ces deux-là n'ont pas travaillé ensemble. Peut-être ne s'entendaient-ils pas ? Il m'a semblé (mais le propos était flouté) que Cendrars évoquait une divergence politique... mais il rend toutefois hommage à la qualité du travail du photographe.
   
   Et en effet, les photos de Robert Doisneau méritent les louanges. Elles nous font pénétrer dans l’intimité de ces gens qui en ont tant vu, qui connaissent des conditions d'existence si rudes, et qui pourtant, semblent encore animés de beaucoup de gaité et d'un sacré appétit de vivre. Mais écoutons Cendrars à ce sujet justement :
   "Comme tous les arts mécaniques, la photographie a tendance à fixer une image conventionnelle de bonheur facile (…) alors que la plume est à l'aise dans l'encre corrosive de la nuit d'où l'écart entre ma vision personnelle et souvent désenchantée et cette gentillesse attendrissante pour les visages qu'a le photographe enthousiaste, porté vers sa machine vers l'optimisme subjectif et dirais-je politique."

   
   Je crois que Cendrars a sans doute mis là, le doigt sur un point important de ce qui a fait le succès de Doisneau et fait encore qu'on l'aime tant. Il nous présente un monde sans arrières pensées, rude, certes, mais pas méchant. Or Cendrars dit lui, qu'il l'est, méchant.
   
   Robert Doisneau nous donne des scènes, Blaise Cendrars, des histoires, même si elles ne s'apparient pas. Il nous raconte des souvenirs, des anecdotes, des choses vues, entendues, sues, des dessous de certains quartiers... Il embellit, il exagère, mais il ne faut pas le dire. Il faut se laisser emporter par le récit. Se laisser par exemple fasciner et dégoûter, par l'homme à la tête dans la cage de rats... avant de se dire que ce n'est pas possible. Grand voyageur, grand menteur ! Mais que seraient sinon, les récits de voyage ? Cendrars est un poète. Son explication inédite à ma connaissance de l'étymologie du mot "Poilu" (de 14-18) m'a semblé extraordinaire. Un poète, je vous dis. Et pince sans rire.

critique par Sibylline




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