Lecture / Ecriture
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Une partie de badminton de Olivier Adam

Olivier Adam
  Passer l'hiver
  Je vais bien, ne t’en fais pas
  A l'abri de rien
  Des vents contraires
  Poids Léger
  Le cœur régulier
  Dès 09 ans: Personne ne bouge
  Les lisières
  Peine perdue
  La renverse
  Chanson de la ville silencieuse
  Ados: La tête sous l'eau
  Une partie de badminton

Olivier Adam est né en 1974 et a publié son premier roman ("Je vais bien, ne t’en fais pas") à 26 ans. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

Il vit actuellement près de Saint Malo.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une partie de badminton - Olivier Adam

Marée basse
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
   Au moins, celui-là ne concourra pas pour les prix ! Pouvez vous vous exclamer en refermant cet ouvrage, tout comme vous aviez passé les pages précédentes à vous réjouir qu'on vous l'ait prêté et que vous n'ayez pas payé pour ça. Mais ne soyons pas amère, de quoi s'agit-il ?
   
   Paul Lerner (cette fois), double littéraire de l'auteur, est un écrivain (je reprends le début de mon commentaires des "Lisières", il n'y avait que trois lettres à changer) qui a connu le succès, mais l'a vu fuir. Avec lui, se sont enfuis les revenus grandioses et il a fallu renoncer au luxe, aux beaux voyages, et finalement à l'appartement à Paris. Voilà toute la famille de retour à son point de départ en Bretagne. Femme et fils pré-ado, le prennent très bien. Lerner pourrait s'y faire, même s'il a des regrets et aussi des problèmes d'argent (mais que faire quand l'inspiration vous abandonne ?) . La fille ado elle, est en révolte, elle a perdu son lycée, ses amis, son amoureux... L'ambiance familiale est tendue.
   
   Maintenant qu'il est ici, Lerner a décroché -difficilement et avec soulagement- un emploi au journal régional. Il est amené à écrire sur tout... sauf des sujets passionnants, mais il ne se plaint pas et pourrait s’accommoder de cette existence au cas où la muse ne reviendrait jamais le chatouiller.
   
   Voilà. Vous avez bien la situation, je n'en doute pas, d'autant qu'elle n'est pas plus complexe qu'originale.
   
   Et ça ne bouge pas ! Ça n'avance pas. Ça piétine comme ça à rabâcher les mêmes choses pendant tout le premier tiers du roman, et vous, vous commencez à vous ennuyer ferme... Il y a même des redites. (Par exemple, on ne peut pas écrire "Paris" sans ajouter "ses cafés, ses cinés, ses théâtres".) On essaie de titiller notre curiosité avec un Aurélien, perdu de vue et maintenant mort, mais ça ne va pas chercher bien loin. Et enfin, la fille fait une fugue vers Paris et Lerner la suit dare-dare. De l'action ! Mais non. On arrive alors page 115 et le lecteur désespéré le voit reprendre par le menu son passé parisien et manque de fort peu de jeter le bouquin par la fenêtre.
   
   Après avoir boudé deux jours dans d'autres pages, ce lecteur, qui d'ailleurs est une lectrice, reprend sa lecture, par pure rigidité morale qui veut qu'on laisse sa chance au produit. Elle a presque bien fait car survient alors une deuxième détente qui corse (un peu) le récit. On progresse. Malheureusement, en même temps, l'alcoolisme de Lerner se dissimule de moins en moins (pauvres femmes de ménage !! lui qui prétend se soucier des petites gens...) et commence à bien braquer la lectrice. Il ne doit pas y avoir un seul jour du récit sans qu'il ait trop bu et il continue à voir ça comme un défaut anodin... et on se demande où il va chercher un tel aveuglement. Ce n'est même pas un jugement moral, bien d'autres auteurs ont bu. Là, ce qui dérange, c'est le manque de lucidité, le non-assumé, la complaisance. On espérait plus de clairvoyance dans la gestion de situations psychologiques.
   
   Le dernier tiers s'enrichit d'un dernier élément de suspens, pas mal trouvé, mais pas trop bien exploité (si je peux me permettre). Dommage.
   
   Lerner répète plusieurs fois que ses lecteurs ont tous préféré ses premiers romans. Mais il ne fait que le répéter sans comprendre ni chercher à comprendre. Il y a un moment où il faudrait qu'il se demande ce qu'avaient ses premiers romans que n'ont plus les suivants. Si j'avais la hardiesse de transposer Lerner en Adam, je dirais que les premiers illustraient tous un problème de société majeur, et que là... ce n'est plus le cas. Pour Lerner, je ne sais pas.
   
   Et Lerner n'est pas Adam, dont heureusement pour lui, les livres se vendent encore bien et je ne pense pas que ses finances soient aussi basses.
    ↓

critique par Sibylline




* * *



Presque réconciliée
Note :

    Olivier Adam faisait partie des auteurs dont je lisais systématiquement (ou presque) ses romans. "Lisais" à l’imparfait car oui il y a eu un désamour ou plutôt une overdose de ses thèmes de prédilection. Les lisières ayant été de trop, je le boudais. Une partie de badminton m’a intriguée par son titre et sans lire la quatrième de couverture, je me suis lancée (je vis dangereusement) à le lire.
   
    Alors me direz-vous ? Si Olivier Adam ne s’est toujours pas converti au roman léger et bien il fait preuve d’une jolie auto-dérision avec son personnage de Paul Lerner. Cet écrivain revenu en Bretagne près de Saint-Malo a connu le succès et à quarante-cinq ans, il croyait que ses livres allaient lui assurer un bel avenir. Lui qui avait embarqué sa femme et ses deux enfants en Bretagne a eu envie de retourner vivre à Paris. Sauf que l’argent s’est tari comme la vente de ses livres : adieu la vie parisienne et re-bonjour les terres bretonnes. Parce qu’il faut faire faire bouillir la marmite, il travaille comme journaliste local, sa femme souvent absente jongle entre ses cours de prof et un centre d’accueil aux migrants. Leur fille Manon adolescente regrette amèrement Paris et l’exprime à sa façon tandis que son frère âgé de dix ans s’est très bien adapté. Pour Paul, sa vie d’écrivain est du passé et il se questionne. A-t-il fait les bons choix pour lui et pour sa famille ?
   
    Il y a du piquant, des réflexions joliment menées et d'autres beaucoup moins. Et selon moi, la fin tombe dans des clichés rocambolesques. Mais j’ai aimé ce Paul Lerner avec ses interrogations sur sa vie, sur son rôle de père et celui d’époux mais aussi avec toutes ses ambiguïtés. Dans ce portrait d'un homme et de notre société, l'auteur m'a surprise par l'humour dont il fait preuve. Malgré des défauts, ce roman m'a presque réconciliée avec Olivier Adam.
   "S'était ensuivie une plongée rapide dans les eaux saumâtres de la dépression. C'était la combientième au fait ? La cinquième? dépression n°5. By Lerner. Paris."
   ↓

critique par Clara et les mots




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En ces temps difficiles
Note :

   "Les lecteurs de roman n'ont pas tous disparu. Ils ne te lisent plus toi, mais ils lisent d'autres auteurs, non?"
   

   Paul Lerner a quitté Paris pour revenir s'installer en Bretagne, avec sa femme Sarah, et ses deux enfants, Clément et Manon. Ce retour est plutôt mal vécu par cette dernière, qui laisse derrière elle ses amis et son amoureux et elle le fait savoir...
   
   Mais la famille Lerner n'a guère le choix. Paul, qui fut dans le temps un écrivain jouissant d'un certain succès, ne vend plus beaucoup de romans et il faut bien faire bouillir la marmite. Il est embauché comme journaliste local tandis que Sarah, enseignante, donne aussi des cours de français aux réfugiés et s'investit pleinement dans cette mission (et dans autre chose, on ne dira pas quoi).
   
   La famille Lerner ne va pas bien du tout : Sarah devient de plus en plus distante, Manon est furieuse et prête à faire des conneries, Clément, trop jeune, ne comprend pas vraiment que tout part sournoisement en vrille, quant à Paul... il boit beaucoup, il a mal partout, et une femme étrange semble sur ses traces. Sa vie ressemble à tout sauf à une partie de badminton (vu son délabrement physique, il aurait de toute façon du mal à en faire, du badminton...)
   
   Incroyable. Ce livre aux allures de total "feel bad" à contre-courant des romans doudous, réconfortants, optimistes dont on raffole en cette période morose, m'a fait un bien fou. Je ne comprends pas bien pourquoi je l'ai autant aimé, alors je ne vais pas chercher à vous l'expliquer. Paul, l'alter ego d'Olivier Adam, est tout sauf un gai luron, il a de sérieux problèmes conjugaux, il n'écrit plus, à part des pauvres news que lui fournit Pedretti, un ami policier. C'est la lose. La sinistrose. En ces temps difficiles, ce n'est pas forcément ce qu'on a envie de lire, le récit des emmerdements puissance 10 d'un gars dépressif qui souffre du dos...
   
   J'ai été totalement attrapée. Ce livre avec son Paul tout cabossé a déclenché en moi de grosses bouffées de tendresse. J'ai adoré le mordant, le tendre, le triste, le doux de chacune de ces pages. J'ai aimé la Bretagne, les embruns, les grosses vagues, le ciel chargé... J'ai aimé deviner Olivier derrière Paul, j'ai aimé sa lose, j'ai aimé le tournant dramatique que prend l'histoire (inattendu et diablement efficace), j'ai aimé l'écriture et ses fulgurances (du Olivier Adam pur jus : des idées, des formules canon qui vrillent le cœur, au milieu de quelques grossièretés bien senties). Je pardonne les poncifs, les clichés et tout ce qu'on veut. J'ai aimé Paul, sa femme et ses enfants, j'ai eu envie de les serrer dans mes bras, presque tout le temps. Ils sont tellement vrais, tellement humains. Ils ont tellement mal et puis parfois, ça va mieux. La vie, quoi :
   "Pour ce soir, comme pour les années qui suivraient, on verrait bien, songea-t-il. Oui, on verrait bien"

   
   Un vrai coup de cœur que ce livre. C'est rigolo. Il m'attendait depuis septembre. Je le lis enfin. Et voilà.
   
   "L'adolescence était un cimetière. Les dépouilles d'enfants joyeux y reposaient comme la peau d'une mue".
   
   "L'enfance avait la peau dure. Enchantée ou douloureuse, on ne s'en remettait jamais vraiment"
   

   Des phrases comme celles-ci me renversent...

critique par Une Comète




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