Lecture / Ecriture
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Moravagine de Blaise Cendrars

Blaise Cendrars
  L'or
  La main coupée
  Bourlinguer
  La Vie dangereuse
  Hollywood. La Mecque du Cinéma
  Moravagine
  Faire un prisonnier
  La banlieue de Paris
  Du monde entier. Poésies complètes 1912 – 1924
  Les confessions de Dan Yack

Blaise Cendrars est le nom de plume de Frédéric Louis Sauser, écrivain français d'origine suisse, né en 1887 et mort en 1961.

Moravagine - Blaise Cendrars

Exubérant et baroque
Note :

   Etrange roman que ce Moravagine. Roman ? Exorcisme ? (la quatrième de couverture évoque Moravagine comme "le double, l’ombre maudite qu’il (Blaise Cendrars) cherche à exorciser …) Essai sur le Mal ou la folie ? C’est un roman pourtant.
   
   Moravagine est interné dans une clinique psychiatrique en Suisse, au Sanatorium de Waldensee, près de Berne, quand le narrateur, Raymond (Raymond la Science), en 1900 frais émoulu de ses études de médecine se rend là-bas pour travailler avec le Docteur Stein, sommité avant-gardiste de la psychiatrie.
   Il se rend compte là-bas qu’il y a un cas tout à fait à part, séparé des autres patients, isolé : Moravagine. Dès le premier contact, Moravagine est déroutant :
   "C’est un petit homme noir, maigre, noué, sec comme un cep et comme brûlé par la flamme qui brille au fond de ses yeux agrandis. Le front est bas. Les orbites profondes. Les cernes rejoignent les plis de la bouche. La jambe droite en équerre, il a le genou ankylosé et boite terriblement. Il est un peu voûté. Ses mains dandinent au bout de bras longs comme ceux d’un singe.
   Et, tout à coup, il se met à parler, sans volubilité aucune, lentement, posément. Sa voix chaude, grave, d’alto féminin me stupéfie.
   …/…
   J’éprouvai immédiatement une sympathie irrésistible pour ce petit bonhomme singulier et tragique qui se traînait dans sa voix chatoyante comme une chenille dans sa peau.

   
   Et ce n’est pas son dossier que Raymond va trouver beaucoup d’éléments de compréhension :
   "Fiche 1731. MORAVAGINE. Professeur de tennis. Entré le 12 juin 1894. A fait construire à ses frais le pavillon-annexe de la Ferme anglaise. Signalement : cheveux, noirs ; yeux, noirs ; front, bas ; nez, régulier ; visage, allongé ; taille, 1m48 ; marques particulières, ankylose du genou droit, raccourcissement de 8 cm de la jambe droite. Pour état-civil et diagnostic consulter le dossier secret 110 au nom de G … y.
   Le dossier secret 110 n’existait pas en tant que dossier. Une simple feuille de papier bleu portait cette mention manuscrite :
   1731. G … y. En cas de décès, télégraphier à l’ambassade d’Autriche."

   
   Qu’à cela ne tienne Raymond le jeune médecin est tombé comme sous l’emprise de Moravagine et, mi pour mener une expérience en grandeur réelle, mi par sympathie, il prend la décision de faire s’évader Moravagine et de partir avec lui.
   
   Ca, c’est le début du roman et ça reste rationnel ( !). Très vite, la suite s’avère beaucoup plus flamboyante, exubérante, fantastique puisque, en compagnie de Moravagine, Raymond va parcourir le monde, flirter avec la Révolution à venir en Russie, jouer les aventuriers exploitants de mines en Amérique du Nord, l’illuminé suicidaire sur les bords de l’Orénoque… et accessoirement couvrir Moravagine qui se révèle un dangereux psychopathe n’aimant rien tant qu’éventrer, ou à défaut tuer, des femmes et semer le Mal un peu partout.
   
   Le roman part très vite dans toutes les directions et le lecteur est rapidement étouffé, dépassé, par l’énormité des situations dans lesquelles nos deux fuyards se retrouvent, par la monstruosité de certains actes de Moravagine. Concernant Raymond la Science, "Docteur Folamour" pas loin !
   D’ailleurs ce roman foisonnant pourrait être un mélange hybride de "Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad, de "L’or" du même Cendrars et du "Cuirassé Potemkine", le tout en vitesse accélérée et mené par un fou !

critique par Tistou




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