Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Hollywood. La Mecque du Cinéma de Blaise Cendrars

Blaise Cendrars
  L'or
  La main coupée
  Bourlinguer
  La Vie dangereuse
  Hollywood. La Mecque du Cinéma
  Moravagine
  Faire un prisonnier
  La banlieue de Paris
  Du monde entier. Poésies complètes 1912 – 1924
  Les confessions de Dan Yack

Blaise Cendrars est le nom de plume de Frédéric Louis Sauser, écrivain français d'origine suisse, né en 1887 et mort en 1961.

Hollywood. La Mecque du Cinéma - Blaise Cendrars

Reportage éclair
Note :

   Déjà assistant d'Abel Gance en 1919, Blaise Cendrars avait eu une expérience malheureuse de réalisateur dans les années 1920. Sa Vénus noire tournée à Rome n'avait eu aucun succès commercial et l'aventure avait viré à la tragédie pour la "danseuse hindoue » du rôle-titre comme pour Pompon blessée au visage dans une agression fasciste — si l'on en croit ce que Cendrars raconte dans Une nuit dans la forêt – d'abord publié en 1929 – et que l'éditeur Denoël a ajouté au tome 3 des œuvres complètes où figure ici essentiellement Hollywood – La Mecque du Cinéma.
   
   Ce titre regroupe les articles écrits en 1936 par Cendrars, alors envoyé spécial à Los Angeles du journal Paris Soir que dirigeait son ami Pierre Lazareff. Il faut donc du détail croustillant pour la presse parisienne. Par exemple, traversant une gare du Nouveau Mexique, il note "un péteux costumé en cow-boy et tenant des prospectus à la main ». Venu en trois jours de train de luxe depuis Chicago, Blaise Cendrars dresse le portrait d'une ville en expansion rapide, où des chômeurs de l'intérieur convergent par des trains de marchandises, des hoboes que par une coquille réjouissante le texte de la page 39 qualifie de bobos.
   
   Mais ce qui importe, ce sont les studios. Tous enclos d'une muraille de Chine pour se protéger des curieux. Tous résistant à la curiosité passe-muraille de Cendrars. Ses contacts ne sont pas bons. Un Tel a été viré. Une Telle est partie. Ça ne l'empêche pas de faire du name dropping comme on ne disait pas encore en franglais à l'époque du Front populaire : Mary Pickford, Marlène Dietrich, Charles Boyer, Ernst Lubitsch (joint par téléphone)… Il passe en revue les Majors : la Columbia, la Fox XXth Century, la M.G.M., la Paramount, la Warner Brothers… Sans oublier ni United Artists ni Universal qui tournait alors une adaptation d'un de ses livres, L'Or, mais il s'en désintéresse.
   
   Faute de véritable enquête à l'intérieur de ces bastilles, il se replie sur l'énumération – il aime çà ! – des métiers du cinéma, qu'il évalue à plus d'une cinquantaine, en insistant particulièrement sur le capharnaüm des magasins d'accessoires et les garde-robe, et, – peut-être bien le passage le plus digne d'intérêt – sur les agents des artistes, toujours à l'affût des rumeurs pour placer leurs protégées dont il note que la plupart avaient percé sur les planches à Broadway dans les Ziegfeld Follies. Déterminants pour le sex-appeal des starlettes, il souligne l'importance des maquilleurs des studios : il signale celui de la Paramount, Wally Westmore, et cite aussi Max Factor dont on connaît l'avenir commercial du nom. Cendrars, qu'on n'aurait pas imaginé aussi coincé, lui qui a tant apprécié la vie au Brésil, se gausse ici de "négresses blondes ». Il tend à dénigrer les studios de Hollywood pour leur côté horriblement bureaucratique et l'inculture des producteurs.
   
   Comble de l'horreur, assistant à un spectacle de "caf' conc' », il croit y reconnaître la page 89 de son roman Le Plan de l'Aiguille : mais son Prométhée s'était transformé pour ce spectacle en "une adorable brunette » et c'est en vain que Cendrars essaie de partager son émotion pour ce "plagiat » avec une script girl qui avait visiblement d'autres soucis.
   
   Comme l'Amérique, la Californie est en crise depuis 1930. Cendrars, faute de rencontres satisfaisantes avec les artistes de la capitale du cinéma nous explique que Los Angeles bat le record des suicides parmi toutes les métropoles américaines (35 suicides pour 100 000 habitants en 1930, presque le double de New York, et pour la période courant de juin 1932 à juin 1933, 72 % d'hommes). Ces précisions statistiques viennent complètement contredire ce que Cendrars écrit quelques pages auparavant : "Je ne prends jamais de notes en voyage. Je ne veux pas m'encombrer l'esprit d'une multitude de détails contradictoires. Je ne veux pouvoir rapporter que l'essentiel des choses vues. »
   
   Finalement, plus que la ville du cinéma, c'est Main street qui lui a plu : "c'est une rue pleine de cafeterias à un sou, de chambre de passe à dix sous, de tirs aux pipes, de boutiques d'automates, d'académies de billard, de jeux de boule, de golfs miniatures, de Burlesques et de dancings de dernière catégorie, des monts-de-piété ouverts toute la nuit, Main Street qui est la promenade habituelle des prostituée et des proxénètes femelles, des marlous philippins, mexicains, orientaux, nègres, des permissionnaires de la flotte stationnée à San Pedro qui viennent y faire la ribouldingue et des soldats en vadrouille, aucune vedette de Hollywood, aucune débutante n'oserait s'y aventurer aujourd'hui… »
   
   C'est ici enfin qu'on retrouve l'auteur de Bourlinguer. Il n'est resté que deux semaines à Los Angeles et après un périple en Amérique centrale est rentré en Europe pour couvrir la guerre qui commençait en Espagne.

critique par Mapero




* * *