Lecture / Ecriture
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La tentation de Luc Lang

Luc Lang
  Mille six cents ventres
  Au commencement du septième jour
  La tentation

Luc Lang est un écrivain français né en 1956.

La tentation - Luc Lang

Week-end de chasse en Vanoise
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   Prix Médicis 2019
   
   Où?
   Le roman se déroule principalement en France, à Lyon, Annecy, du côté de Lanslebourg. On y évoque aussi Genève, Paris, Londres et New York.
   
   Quand?

   L’action se situe de nos jours.
   
   En deux mots:

   François chasse le cerf dans les Alpes, près de sa résidence secondaire. L’occasion d’une introspection, d’essayer de comprendre pourquoi son épouse multiplie les séjours dans un carmel, pourquoi son fils a abandonné ses études de médecine pour partir à New York où il a réussi dans la finance internationale et pourquoi sa fille a des fréquentations douteuses. Le drame couve…
   
   Ma chronique:

   Le nouveau roman de Luc Lang met en scène un chirurgien confronté à épouse prise de crise mystique, un fils qui a refusé de suivre sa trace pour devenir financier et une fille qui s’est acoquinée à un malfrat. Un drame d’une précision chirurgicale.
   
   Un léger trouble au moment de tirer et François voit s’échapper le grand cerf qu’il avait en joue. Le chasseur aguerri s’est soudain rendu compte que le combat était inégal, que l’animal n’avait aucune chance. Les gouttes de sang à l’endroit où le cervidé a pris la fuite semblent le confirmer. Rattrapé et chargé dans son pick-up, il va démontrer qu’il n’a rien perdu de ses qualités de chirurgien en décidant d’opérer la cuisse du cerf et d’en extraire les éclats de la balle qui l’a atteint.
   Son fils Mathieu, qui l’a rejoint dans le relais de chasse familial, ne comprend pas cette décision bizarre.
   
   La suite du nouveau roman de Luc Lang va se poursuivre sur ce même registre, l’incompréhension. François n’a pas compris que son fils interrompe ses études de médecine et un avenir tout tracé dans sa clinique pour se lancer dans la finance et devenir en quelques années un as de la finance à New York. C’est aussi outre-Atlantique qu’il a épousé le mannequin Jennifer Lilianson avec laquelle il est venu passer quelques jours de vacances.
   
   François ne comprend pas non plus comment sa fille Mathilde, pourtant restée fidèle à la tradition en enchaînant les années de médecine, fréquente un homme aussi détestable qu’arrogant. Celui qui l’a "révélée à elle-même" nage dans des eaux troubles et fait de Mathilde la complice de ses trafics.
   François enfin, ne comprend pas que son épouse soit prise d’une crise mystique et effectue des séjours de plus en plus prolongés au carmel. Quand il va la chercher pour la ramener dans leur appartement lyonnais, on lui annonce qu’elle a déjà quitté l’établissement.
   
   Avec un sens aigu de la tension dramatique qui avait déjà fait merveille dans Au commencement du septième jour , Luc Lang va nous conduire crescendo vers une scène de carnage autour de ce relais de chasse enneigé.
   
   On y retrouve le grand cerf, le chirurgien qui va à nouveau devoir agir, les trahisons de ses enfants, une femme tout à la fois présente et absente, des gendarmes, un ami naturaliste et quelques cadavres…
   
   N’est-ce pas quand on a tout, lorsqu’on a assuré son aisance financière et celle de ses enfants que tout se dérègle? Que l’envie de sortir du parcours tracé se fait de plus en plus pressante? Avec maestria, le romancier nous entraîne dans ces remises en cause parallèles qui vont virer au drame.
    Un livre à l’unisson de la météo ambiante du côté de la Vanoise: froid, âpre, traître.
    ↓

critique par Le Collectionneur de livres




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Une construction époustouflante
Note :

   Une construction époustouflante pour ce roman qui nous fera vivre plusieurs fois certains moments (à commencer par le début) créant un arrêt brutal, ruinant les certitudes et autorisant tous les doutes.
   
   On pourrait dire que ce roman est un thriller, mais un de la meilleure espèce, un de ceux qui nous offrent une peinture extraordinaire de la société, un de ceux qui s'appuient sur une qualité littéraire remarquable, un de ceux qui nous captivent, nous bluffent, nous enrichissent.
   
   Ce qui frappe, autant que l'histoire elle-même, c'est la richesse sémantique, que dis-je richesse ? opulence ; un vocabulaire d'une précision quasi technique, offrant un récit objectif, voire scientifique de cette histoire de passion et de fureur...
   
   Nous suivons François, cinquante cinq ans, chirurgien, vieille famille de notables bien établie dans un pays de chasse. La scène initiale frappante révèle une fêlure dans la stabilité de François, pour autant, cela n'a pas de lien direct avec ce qui va se passer, si ce n'est que ce sera peut-être un François un peu différent de ce que ses proches savent de lui, qui va s'y trouver confronté. Nous observons ses relations étranges avec sa famille proche, femme, fille, fils. A sa grande tristesse, cette longue lignée de médecins et chirurgiens va s’arrêter avec lui. Son fils ne sera pas médecin et si sa fille continue ses études dans ce domaine, on n'arrive pas vraiment à l'envisager comme praticienne... Il ne peut par ailleurs, être satisfait d'aucune de ses relations avec eux, bien qu'il ne les remette pas en cause. C'est sa famille, il les aime, il ne les rejette jamais. Pourtant, il lui en font de belles ! Et le lecteur peut s'étonner parfois de son extrême patience. En cette période troublée, François fait beaucoup de rêves perturbants, et nous y entraine...
   
   Parallèlement, son fils étant dans la finance internationale la plus pointue, nous découvrons un monde qui nous gouverne alors que nous en ignorons tout. Un monde où la richesse ne s'appuie plus sur la propriété immobilière ou autre, mais où elle est devenue entièrement virtuelle. François réalise que sa confortable aisance familiale de notable est bien fragile au fond, face à cette nouvelle finance. Et la nôtre (éventuelle) aussi.
   "... être riche aujourd'hui consistait avant tout à ne rien posséder nominalement. Il fallait en outre que l'argent demeure impalpable et circule à la vitesse des flux financiers internationaux. Non ! Pas seulement les paradis fiscaux, mais des investissements dans des compagnies avec une croissance à deux chiffres, ou encore dans des états en faillite dont on se sert comme leviers pour acquérir des monopoles, des terres, des zones côtières, sans parler des spéculations sur les stocks, les matières premières, bref une mobilité constante de ton argent sans aucun ancrage géographique et qui échappe en grande partie à toute législation fiscale."

   
   Femme, enfant, stabilité sociale, richesse, et même ses goûts de toujours (chasse), François a cinquante cinq ans et il sent tout s'ébranler. Ses certitudes disparaissent, et même la sécurité, jusqu'à la plus vitale...
   
   Mais ce n'est pas un roman introspectif et pesant que nous avons-là, même pas une réflexion existentielle, c'est un thriller vous disais-je, et je peux vous assurer que vous n'oublierez jamais cela.
   
   Un excellentissime Prix Medicis !
   ↓

critique par Sibylline




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Une écriture brillante
Note :

   François, chirurgien orthopédiste renommé, va dans le massif des Bauges, chasser le cerf. Au moment de tirer sur la bête, il aperçoit une voiture dans laquelle il croit reconnaître sa fille, et cette voiture est poursuivie par un gros scooter conduit par deux personnes encapuchonnées. Inquiet, il va rater le cerf et ramener la bête blessée à son relais de chasse pour la soigner.
   
   Il y rencontre son fils, Mathieu (qui, comme son nom l’indique) est dans la finance, et lui raconte ses histoires de trader auxquelles François ne comprend rien (le lecteur non plus) sauf que sa sœur est impliquée dans ce trafic complexe, avec son copain. François saisit que la fille dans la voiture était bien la sienne ! Elle a vraiment des ennuis. Va-t-il pouvoir la sauver ? Ce ne serait pas la première fois. lorsqu’elle était petite il l’a protégée d'un environnement hostile.
   
   Sa femme, italienne d’origine, il a compris qu’elle avait un gros problème de pathologie mentale, mais au lieu de recevoir des soins psychiatriques, elle est allée dans divers couvents faire des «retraites" et la façon délirante dont ses enfants appréhendent le monde, ils le tiennent d’elle… en fait, ses enfants n’ont pas de projets de vie, ils ne veulent qu’amasser de l’argent, et curieusement ils croient à l'amour...
   
    Ils ont choisi des partenaires de vie complètement toxiques (elle, un délinquant notoire, lui un mannequin snob et fragile) à l’image de leur père !
   
   On s’interroge sur le titre … quelle est cette tentation ? La tentation de réécrire l’Apocalypse à l’échelle d’une famille perturbée qui explose ?
   
   Reste l’écriture qui est très brillante, à la fois sublime dans son verbe, et d’une grande exactitude technique, que ce soit pour décrire la beauté des paysages de montagne enneigés, l’énigme et le désespoir des êtres, la magnificence de la tragédie.

critique par Jehanne




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