Lecture / Ecriture
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Lettres I et II de Arthur Schopenhauer

Arthur Schopenhauer
  L'art d'avoir toujours raison
  Métaphysique de l'amour - Métaphysique de la mort
  Lettres I et II

Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand, né en 1788 à Dantzig et décédé en 1860 à Francfort-sur-le-Main.

Lettres I et II - Arthur Schopenhauer

Tentative pour comprendre une question de philosophie
Note :

   Les deux volumes (Lettres I et Lettres II) étaient bradés en décembre 2017 chez Gilbert Jeune, à Paris [on se demande pourquoi, tous deux semblaient neufs et ils venaient de paraître] et je me demandais déjà ce que je lirais de ces 1500 pages et 503 lettres d'Arthur Schopenhauer.
   
   Arthur Hübscher a établi et annoté cette édition "Folio Essais". Il indique dans sa présentation qu'on trouve dans ces documents un Schopenhauer "plus naturel et ouvert que ce que l'opinion courante lui prête". Quant à l'importance philosophique de ces lettres, rien de nouveau ; toutefois, dans les échanges avec les disciples, "de multiples traditions intellectuelles et spirituelles les plus diverses sont abordées, les courants de pensée les plus variés apparaissent et sont soumis à une critique sévère sans complaisance". Les lettres les plus importantes au plan philosophique ont été écrites dans la dernière décennie, soit à partir de 1850, excepté celles à J. A. Becker, correspondance entamée en 1844.
   
   Au terme de cette introduction, Hübscher mentionne l'esprit communicatif et patient du philosophe avec les élèves qui lui adressent des questions. Telle celle-ci, déjà débattue auparavant avec ses disciples, formulée par deux élèves militaires autrichiens : puisque la Volonté est une et indivisible, lorsqu'elle s'abolit chez tel individu (par toute forme de négation du vouloir-vivre), comment se fait-il que le monde perdure malgré tout ? (cf Clément Rosset)
   [Moins taraudé par l'objection formulée que par le fait de ne pas se poser ce genre de questions, l'on se suspecte de n'avoir pas compris grand-chose à Schopenhauer et à ce fameux "Vouloir"...]
   
   Le philosophe répond aux deux élèves dans la dernière lettre (n°503) du 1er septembre 1860, peu avant sa mort. En note [p 1443], on trouve l'énoncé entier de la question litigieuse ainsi que l'ébauche de la réponse de Schopenhauer. Quelques phrases sont supprimées dans la lettre définitive, ce qui traduit certaines hésitations.
   
   Il voit une amphibologie [ambiguïté] dans la formulation du problème. La volonté chez tel homme est considérée comme phénomène individuel tandis que le Vouloir doit être vu dans le sens de chose en soi, c'est-à-dire objet transcendant qui dépasse les possibilités de notre compréhension, car il est au-delà de l'expérience possible, où intellect, espace, temps et causalité ne s'appliquent plus.
   
   Or les élèves avancent une notion quantitative d'espace à propos de la Volonté : "Comme la volonté est présente tout entière dans chaque individu, la suppression de la volonté dans l'individu implique la suppression du monde dans sa totalité. Schopenhauer explique que jamais la volonté totale et indivisible ne saurait se trouver "tout entière dans chacun des innombrables individus".
   De même, la question de savoir ce qu'entraîne la négation de la volonté implique les notions de chronologie et de causalité. Or celles-ci, pas plus que l'espace, ne sont applicables au Vouloir, objet transcendant.
   
   Schopenhauer conclut: "Toute cette amphibologie provient du fait que votre argumentation s'est installée à la limite de ce qui est accessible à notre connaissance et de ce qui lui est inaccessible, le transcendant, et qu'ainsi elle jette les concepts d'un côté à l'autre de cette limite" .
   
   
Il me semble que deux phrases supprimées de l'ébauche apportent des éléments de réflexion intéressants : "On peut également répliquer à votre objection : si le monde disparaît par quelqu'un qui nie la volonté, alors en vertu de quelqu'un qui l'affirme, il est reconstruit. La vérité, c'est : le monde est toujours là pour celui qui le veut, pour celui qui ne le veut, il n'est pas." [Les curieux iront (re)voir le nouveau réalisme de Markus Gabriel].

critique par Christw




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