Lecture / Ecriture
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Etoiles Cannibales de Claude Amoz

Claude Amoz
  Le caveau
  Dans la tourbe
  Etoiles Cannibales

Claude Amoz est le nom de plume d'Anne-Marie Ozanam, romancière, nouvelliste, professeur de chaire supérieure et traductrice française, née en 1955 à Lyon.

Etoiles Cannibales - Claude Amoz

Mais la belle étoile
Note :

   Nul ne sait pourquoi il s’était surnommé Gégène. A cause de la guerre d’Algérie, par réminiscence d’un incident électrique lorsqu’il était jeune ? Ni comment il a atterri à Viatre, petite commune au bord du Rhône.
   
   Gégène a été retrouvé mort sous la passerelle où il dormait, arrosé d’essence, brûlé. Jonas qui couchait près de lui n’a rien entendu, rien vu, trop abruti par son absorption de Baleine rose, mélange de sirop à la framboise et de vin blanc.
   
   Gégène et Jonas se rendaient quotidiennement au Foyer, afin de trouver une pitance préparée par Habiba, la cuisinière. Mais ils ne voulaient plus faire partie des Apprentis, obligés d’effectuer de petits travaux d’entretien. Quelques jours plus tard, Nakusha, une jeune fille malingre, atteinte d’anorexie mentale, et qui a vécu elle aussi au foyer, est retrouvée défenestrée, gisant au pied d’un immeuble laissé à l’abandon. Un suicide ?
   
   Jonas recueille une chienne éclopée, à qui il ne subsiste qu’un moignon à la patte antérieure gauche. L’animal avait été attaché à la passerelle et Jonas a coupé le lien qui le retenait prisonnier, presque malgré lui, un reste d’humanisme. La chienne est mal en point, et lorsque Jonas confie la bête à Odile, vétérinaire et sœur de Jef, l’animateur du foyer, c’est pour apprendre que l’espèce de cicatrice qu’elle porte au cou est une plaie de brûlure.
   
   D’autres disparitions surviennent et entre Odile et Habiba s’établit une complicité qui les amène à penser que le directeur du Foyer, le Chameau, est le coupable de ces meurtres. Le Taleb, un sorcier qui prodigue conseils et médecines imaginaires, la plupart du temps à des femmes recherchant l’âme sœur, déstabilisées dans leurs relations affectives, contre trois billets de valeur différente, cherche lui aussi à comprendre les évènements.
   
   Chacun des protagonistes de ce roman, qu’il soit d’un côté ou l’autre de la barrière sociale, recèle en lui une profonde meurtrissure issue presque toujours de l’enfance ou de l’adolescence. Ce qui explique souvent leur comportement de marginaux ou d’êtres qui s’apitoient, plus ou moins ouvertement, sur les autres.
   
   Mais ce livre nous oblige aussi à porter un regard différent sur les sans abris, les exclus, les marginaux que nous rencontrons aux portes des magasins ou établissements financiers.
   
   Il nous apprend la compassion et à réfléchir sur ces êtres dont nous ne pouvons croiser le regard, par la faute d’a priori, de colportage de ragots, comme quoi ce ne sont que des ivrognes et des feignants.
   
   Nous ne savons pas pourquoi ils sont ainsi en marge, leur refusant le plus souvent l’aumône d’une pièce, d’un sourire, d’un bonjour.
   
    Une œuvre forte, dense, poignante, réaliste, qui met le doigt où ça fait mal, mais qui se refuse à toute démagogie.

critique par Oncle Paul




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