Lecture / Ecriture
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Girl de Edna O'Brien

Edna O'Brien
  Nuit
  Tu ne tueras point
  Saints et pécheurs
  Lanterne magique
  Les païens d'Irlande
  Crépuscule irlandais
  Fille de la campagne
  Girl

Edna O'Brien est une romancière Irlandaise née en 1930.

Girl - Edna O'Brien

Le roman d'une victime
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   Prix Femina Spécial 2019
   
   Edna O’Brien s’est rendue plusieurs fois au Nigéria où elle a rencontré certaines des jeunes filles enlevées par Boko Haram en 2014. Elle a par ailleurs multiplié les interviews des acteurs de terrain afin de documenter son récit dont elle justifie le choix narratif : "faire entendre l’imagination et la voix de ces captives par le truchement d’une seule fille particulièrement visionnaire" : Maryam. Les médias ont beaucoup communiqué sur la tragédie mais peu sur le ressenti de ces "écolières" ; c’est l’intérêt de ce récit.
   
   L’auteur bouscule la temporalité, entre réminiscences, rêves et hallucinations, signe évident du grave traumatisme de sa narratrice. Son long monologue s’interrompt parfois pour laisser la voix à d’autres personnages ; tous disent leur passé heureux et l’horreur des tragédies subies. O’Brien restitue bien le climat de violence et de souffrance. Toutefois le style demeure souvent pesant, comme alourdi par l’accumulation de toutes les sources documentaires.
   
   En ce "jour noir" de 2014, Maryam et onze autres jeunes filles ont été enlevées de nuit dans leur école, puis transportées en camion jusqu’à un camp où elles ont subi diverses humiliations et viols collectifs. Mariée de force, Maryam s’est retrouvée "esseulée, indésirable et enceinte". Grâce à l’intervention de l’armée nigériane elle a pu s’enfuir avec sa fille Babby et entamer une longue errance dans la forêt, sans cesse en quête de nourriture. Happée par le désespoir, — "Dieu nous avait désertées ...je voulais mourir" — elle tenta de noyer sa fille, lui avouant : "ne suis pas assez grande pour être ta mère".
   
   Sauvées par des nomades, elle reprit espoir mais ceux-ci ne pouvaient garder "l’épouse d’un insurgé et son enfant" qui les mettaient en danger. Enfin recueillie par les militaires, "vaillante et résiliente", Maryam finit par retrouver sa mère et récupéra Babby qui lui avait été ravie. Belle happy end où dans la maison familiale, la jeune femme veut croire en l’avenir.
   Courageuse, déterminée à survivre, le personnage de Maryam force l’admiration. L’auteur insiste sur sa déchéance physique, son "corps couvert de cicatrices et de croûtes", et son traumatisme psychique, sa sensibilité tant ébranlée qu’elle "ne sait plus ce qu’est la haine, ni la peur, ni l’amour" et peine à aimer son enfant.
   
   Le plus douloureux, c’est le rejet méprisant que Maryam a subi, de la part des voisins et de ses proches. Devenue "une femme du bush", elle avait à leurs yeux, souillé le sang de sa race ; sa fille était donc "de mauvais sang" et , d’après sa propre mère, "quand elle sera grande elle sera des leurs". On comprend les machinations familiales pour faire disparaître l’enfant. On note, par ailleurs, que la violence n’est pas le seul fait des djihadistes "rapaces et intolérants" ; et tous ne sont pas des monstres, témoin l’époux de Myriam qui a rejoint les rangs de Boko Haram pour sauver sa mère de la faim.
   
   O’Brien donne sa pleine dimension à la cruelle tragédie vécue par ces jeunes filles. En faisant de Maryam leur porte-parole "visionnaire" c’est toute leur foi en la vie qui prend souffle. Mais l’auteur nous rappelle aussi qu’en situation de guerre le bien et le mal habitent autant les victimes que les agresseurs car, comme le déplore la narratrice, "la nature humaine était devenue diabolique".
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critique par Kate




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Boko Haram et les femmes
Note :

   "J'étais une fille autrefois, c'est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier."
   

    C'est phrase qui sert d'ouverture au récit bouleversant d'Edna O'Biren place le lecteur dans la tête d'une jeune lycéenne, rare rescapée de la secte islamiste Boko Haram au Nigéria où elle avait été enlevée.
   
    Les habitants de son village vivent dans la peur des actes tuerie et d'enlèvements de ces fanatiques religieux et hallucinés.
   
    Avec d'autres lycéennes, elle va vivre l'enfer quand elle se retrouve dans le camp de la secte où toute humanité n'existe plus pour les femmes.
   
    Edana O'Brien s'empare ici avec douleur d'un fait divers malheureusement connu et infâme. Des hommes parlent et agissent au nom de la religion pour réaliser les pires crimes de barbarie.
   
    Nous mettons les pas dans ceux de Maryam et des autres qui comme elle subissent. L'auteur n'épargne pas, viols collectifs, tabassages, punitions pour rien ou rien. Femmes, elles sont impures et au nom d'Hallah les hommes du groupe abusent d'elles.
   
    Maryam devient l'épouse trophée d'un de ses bourreaux, combattant dans la secte, il n'est pas religieux comme les autres. La misère dans le pays l'a contraint à adhérer au groupe.
   
    De cette union forcée naît Babby, un poids immense pour Maryam mais aussi son échappatoire.
   
    Après sa fuite, alors qu'elle retrouve son pays et sa famille, Maryam devient une "femme du bush", une de Boko Haram. Avec son enfant elle représente une menace pour le village.
   
    Dans un pays qui traite les femmes comme rien, où elles subissent enlèvements et viols, où la famille leur laisse peu de place où les hommes restent tout puissants, Maryam et son enfant représentent la malédiction et la culpabilité.
   
    Femme voilée, violée, fantôme, impure, cloîtrée, Maryam est toutes ces femmes victimes au nom d'Hallah, au nom de l'homme.
   
    Le roman va loin dans l'horreur, nous pensons à toutes les dictatures, à tous les abus où le fait d'être femme représente déjà une douleur et un malheur.
   
    Edna O'Brien fait un état des lieux d'un pays qui succombe et donne la parole à toutes les Maryam, à toutes celles qui ne seront plus jamais pour avoir vécu l'enfer et qui ne connaîtront jamais la liberté.
   
    Un livre d'une grande actualité, malheureusement.
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critique par Marie de La page déchirée




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Nul n'est sorti indemne
Note :

   L’auteur s’est inspirée de l’histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en avril 2014 à Chibok dans le nord ouest du Nigéria ; elle s’est documentée, sur place, a interviewé des rescapées. En est sorti un récit déchirant et fort bien conduit.
   
   Maryam a environ 16 ans, est enlevée dans le dortoir où elle dormait avec ses congénères. Elles sont conduites dans le repaire des jihadistes dans une immense forêt réduites en esclavage, malnutries, et violées régulièrement par les soldats.
   
   Lorsqu’on la marie avec Mahmoud, soldat pour le compte de la secte, elle ne sera plus violée : Lui aussi s’est fait avoir : on lui a promis de l’argent pour aider sa mère miséreuse s’il s’engageait. Ensuite, il n’a pu fausser compagnie au groupe de criminels. Le couple engendre un enfant, et Maryam donne naissance à Babby une petite fille qu’elle peine à nourrir. Mahmoud revient d’un combat, blessé, et au lieu de le soigner on l’ampute, et on lui donne le rôle de sentinelle. Lorsqu’un groupe armé attaque le campement de Boko Haram, il aidera Maryam à s’enfuir.
   
   Dans la forêt, avec son bébé et Buki une compagne d’infortune, elles sont perdues affamées altérées, mangent et boivent ce qu’elles trouvent sur leur chemin, se cachent…
   
   Nous suivons cette éprouvante errance. Car Maryam n’en est pas à la fin de ses malheurs. Si, plus tard elle parvient à retrouver sa mère, elle est très mal accueillie : quoique chrétienne, sa famille est très influencée par des croyances archaïques : on la rejette, on ne veut pas du bébé « car il est de leur sang » et on veut « exorciser » l’adolescente encore choquée ! La mère de Maryam est sous la coupe d’un oncle et les agissements de ces villageois arriérés est à peine plus supportable que ceux du groupe de criminels tortionnaires. Le sort d’autres jeunes filles est évoqué : certaines ont été vendues à des hommes riches, une s’est sauvée du camion où on les emportait mais a perdu la raison. Nulle n'est sortie indemne de l'histoire.

critique par Jehanne




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